Revue de presse internationale

À la Une : Guerre ouverte entre Facebook et l'Australie

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Une page de l'Australian Broadcasting Corporation sur Facebook est affichée sans publication à Sydney, le jeudi 18 février 2021. Facebook s'engage à restreindre le partage de nouvelles alors que les législateurs australiens envisagent de forcer les géants du numérique à conclure des accords de paiement.
Une page de l'Australian Broadcasting Corporation sur Facebook est affichée sans publication à Sydney, le jeudi 18 février 2021. Facebook s'engage à restreindre le partage de nouvelles alors que les législateurs australiens envisagent de forcer les géants du numérique à conclure des accords de paiement. AP - Rick Rycroft
Par : Sébastien Duhamel
12 mn

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« Comment Facebook a échoué en Australie – message à nos lecteurs ». Voilà ce qu'on trouve aujourd'hui sur le site du Canberra Times, le plus grand journal de la capitale australienne. Un message qui rappelle les appels à mobilisation. Il invite ici à boycotter Facebook, car ce « Facebook de Mark Zuckerberg a choisi l'option nucléaire », alerte le Canberra Times. « À partir d'aujourd'hui, lit-on, les Australiens ne verront plus les nouvelles nationales ou internationales dans leur soi-disant fil d'actualité. C'est une insulte pour tous les utilisateurs de la plate-forme, écrit le journal canberrien. C'est une tentative honteuse de la part d'un géant mondial d'intimider l'Australie pour qu'elle accède à ses demandes. »

Le décor est planté. La pomme de discorde : depuis des mois, Google et Facebook rejettent un projet de loi prévoyant de rémunérer les contenus journalistiques. Et si Google a discuté, oui, « Facebook a finalement choisi l'option nucléaire », le terme est également dans The Australian, le plus grand journal national. « Mark Zuckerberg agit comme le dictateur nord-coréen Kim-Jong Un », abonde The West Australian en citant les mots du Premier ministre d'Australie Occidentale, Mark McGowan. Il invite les États-Unis à intervenir.

De nombreuses entités visés par ce « Facebook Ban »

Le problème, c'est que les médias ne sont visiblement pas les seuls concernés par ce ban Facebook. Il est temps de se « détacher » du géant numérique, estime un ancien journaliste aujourd'hui responsable d'un centre de réflexion sur la responsabilité technologique. Le problème, rapporte-t-il dans The Sydney Morning Herald, le problème c'est que « les services d'incendie et de secours de la Nouvelle-Galles du Sud, le Bureau de météo, l'institut de recherches australien qui travaille sur le Covid, les services de santé des États et de nombreuses associations comme Médecins sans frontières sont parmi les nombreux à avoir été placés sur la liste noire, ce qui montre la portée de l'édit de Mark Zuckerberg ».

« Il s'agit d'un geste arrogant et imprudent », surtout en temps de coronavirus, poursuit The Sydney Morning Herald. Ce geste, « il sera dangereux pour tous les Australiens qui s'appuient sur une réponse fondée sur des preuves à une pandémie mondiale ». Mais « Facebook ignore l'intérêt public tout en agissant dans son propre intérêt », peut-on lire. Et le Sydney Morning Herald conclut : « Pour Facebook, nous ne sommes tous que des données à observer, à exploiter et à monétiser. En tant que citoyens, nous ne valons rien. »

Un débat qui dépasse les frontières australiennes

« Le Black-out Facebook pourrait arriver en Nouvelle-Zélande », prévient le voisin Stuff. Les médias néo-zélandais, dont Stuff fait justement partie, mènent ce même combat pour voir leurs productions rémunérées à leur juste valeur. De toute façon, souligne l'article en citant le créateur d'un autre média, « Les restrictions australiennes affectent déjà les éditeurs néo-zélandais car les quelque 600 000 Néo-Zélandais vivant en Australie ne peuvent pas accéder aux nouvelles » de leur pays sur Facebook. Plus largement, précise une chercheuse de l'université d'Auckland, d'autres pays pourraient être à leur tour concernés : « cela pourrait arriver n'importe où, vous ne pouvez pas faire confiance à Facebook », nous dit-elle.

La liberté d'expression, au cœur de l'actualité espagnole

Un autre débat qui dépasse largement les frontières… « Deuxième nuit de troubles pour le cas Hasel », titre La Vanguardia. Le journal espagnol affiche la même photo que ses confrères et compatriotes d'El País. En pleine nuit, dans une rue de Barcelone, des jeunes, sac sur le dos, capuche sur la tête. Ces jeunes font face à un camion de police et lui jettent des objets. Ils réclament ainsi la libération d'un rappeur, Pablo Hasel, arrêté mardi afin de purger une peine de 9 mois de prison, il a été condamné pour des tweets jugés offensants contre la monarchie et les forces de l'ordre. C'est « sa quatrième condamnation en cinq ans », rapporte El País. Alors, en soutien, « des centaines de jeunes sont descendus pour la deuxième nuit consécutive dans les rues des grandes villes », explique le journal. Barcelone donc, mais aussi Madrid, Gérone, Valence, Grenade…

Des manifestations qui tournent en émeute

Les affrontements avec la police sont violents. En plus de nombreux blessés à Barcelone, « une femme a perdu un oeil dans la nuit de mardi à mercredi », constate El País. Et, « au plus fort de la violence » justement, le parti Podemos « encourage les protestations » déplore pour sa part El Mundo. La scène politique s'est évidemment emparée de cette actualité et El Mundo dénonce ici la position du porte-parole de Podemos, Pablo Echenique, qui a apporté son « soutien aux jeunes anti-fascistes demandant la justice et la liberté d'expression », ce sont mots.

Un débat qui pourrait rappeler des souvenirs, en France par exemple. Un débat qui intéresse jusqu'au Pérou, où El Comercio décortique le Code pénal espagnol, que le gouvernement de Madrid a promis de modifier sans donner de date. Le quotidien péruvien est formel : pour certains, les articles condamnant les offenses religieuses ou les offenses à la monarchie peuvent être lus comme « des atteintes à la liberté d'expression ». El Comercio souligne d'ailleurs, que plus de 200 artistes ont signé une tribune pour défendre le rappeur Pablo Hasel. Parmi les signataires, des noms comme Pedro Almodovar et Javier Bardem.

En Inde, une bataille gagnée pour la liberté d’expression

En Inde, une femme a justement gagné sa bataille pour la liberté d'expression. Son visage est en Une de The Hindustan Times, premier quotidien anglophone du monde. En Une de The Hindu également ou bien du Times of India. La BBC en parle aussi sur son site. Elle s'appelle Prya Ramani. Journaliste, auteure et surtout porte-voix du mouvement #MeToo en Inde, elle était poursuivie en diffamation par un ancien ministre, MJ Akbar. Un puissant qu'elle avait fait démissionner en révélant des abus sexuels, mais une cour de New Delhi a finalement acquitté la jeune femme, nous dit le Times of India et les autres. Le Times affiche d'ailleurs en Une l'explication du juge ayant pris cette décision. Une fois n'est pas coutume, il aura le mot de la fin : « Une femme ne peut être punie pour avoir élevé la voix contre les abus sexuels. »

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