Balade féministe à Paris: à la recherche des femmes

Audio 48:30
Collages sur les murs de Paris de la femme politique Simone Veil et de la pionnière féministe Olympe de Gouges, par les artistes de rue Carole B et Me-Paris.
Collages sur les murs de Paris de la femme politique Simone Veil et de la pionnière féministe Olympe de Gouges, par les artistes de rue Carole B et Me-Paris. © Wikimedia commons / Yamen

L'histoire se lit sur les noms de rue, les murs et les monuments de nos villes. C'est ce qui fait mémoire et patrimoine, ce qu'on découvre en voyage. Or à Paris, comme ailleurs, force est de constater que les femmes sont encore largement absentes de ce récit à ciel ouvert.

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C’est en voyage que Charlotte Soulary, trentenaire baroudeuse et ancienne porte-parole de l’association française «Osez le féminisme», a fait ce constat. Une fois de retour à Paris, elle décide en 2018 de créer une plateforme collaborative et un guide auto-édité «La guide de voyage» qui revisite Paris en mettant les femmes au centre. Parmi elles, on trouve Marie Laurencin, grande peintre méconnue de la première partie du XXème siècle, Olympe de Gouges féministe pionnière de la Révolution française, Simone de Beauvoir autrice du «Deuxième sexe», Marguerite Durand et Hubertine Auclert, deux grandes suffragettes françaises qui ont milité pour le droit de vote, finalement acquis de haute lutte en France en 1944, ou encore Louise Michel, figure fondatrice de la Commune de Paris et enseignante militante féministe.

Se lancer sur les traces de ces femmes, célèbres ou anonymes, qui ont fait la capitale, relève souvent du jeu de pistes. Mais au bout, il y a la promesse de découvrir des destins inspirants, souvent méconnus. Chemin faisant, on renouvelle aussi son regard, en relisant l'histoire de France à travers celle des luttes féministes qu'on enseigne peu. On interroge enfin ce phénomène dit «d'invisibilisation» qui a longtemps consisté à marginaliser ou silencier dans l'espace public, le vécu des femmes, leur parole ou leur contribution...

Si les mécanismes d'invisibilisation sont complexes, nichés entre inconscient collectif, auto-censure des femmes elles-mêmes et évidence que l'histoire a surtout permis aux grands hommes d'émerger, les chiffres, eux, sont parlants. En France, 2% des rues portent des noms de femmes. À Paris, on arrive à plus de 10% après un effort récent de la municipalité et sous l'impulsion de collectifs féministes militants. Le Panthéon n'a accueilli que récemment des grandes femmes: Marie Curie en 1995, Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle-Anthonioz en 2015 et Simone Veil en 2018. Avant cela, c'est uniquement en tant qu'épouse qu'une femme y avait été admise. Enfin, sur 110 stations, le métro parisien en compte seulement 4 voire 6 qui portent le nom d'une femme.

Dans l'Est parisien, entre le cimetière du Père Lachaise et la place de la République, suivez-nous avec Charlotte Soulary, pour une balade féministe qui donne de l'élan et fait rimer voyage avec engagement.

Parce que «le féminisme ne se résume pas à une revendication de justice, parfois rageuse, ni à telle ou telle manifestation scandaleuse ; c'est aussi à la promesse, ou du moins l'espoir, d'un monde différent et qui pourrait être meilleur.» Benoîte Groult.

Un reportage de Céline Develay-Mazurelle et Laure Allary initialement diffusé le 07/02/2021.

 

 

Playlist musicale spéciale Balade féministe à Paris: retrouvez ICI ou LA les musiques de l'émission et d'autres chansons féministes  

En savoir plus:

- Sur La guide de voyage, plateforme collaborative qui place les femmes au cœur du voyage. Le guide papier de Paris, auto-édité, est en vente en ligne sur ce site. Dépêchez-vous, il en reste peu en stock ! Des visites guidées sont aussi ponctuellement proposées. 

- Sur la librairie Violette and Co, une des très rares librairies féministes et LGBT (Lesbiennes, gay, bi et transsexuelles) de Paris voire de France. Située au 102 rue de Charonne, Paris 11ème, cette adresse incontournable a été ouverte en 2004 par Catherine Florian et Christine Lemoine. C'est un repère qui accueille aussi expositions, ateliers d'écriture et résidences.

- Sur la Bibliothèque Marguerite Durand située dans le 13e arrondissement de Paris. Ce lieu, première bibliothèque officielle de documentation féministe, concentre des archives inestimables du féminisme en France, dont plus de 60 000 documents légués par Marguerite Durand (1864-1936) fondatrice du journal féministe La Fronde et suffragette militante.

- Sur la Féministhèque, une initiative récente portée par l’association «Humans for Wome» de bibliothèque de prêt d’ouvrages exclusivement centrés sur les questions de féminisme, de genres et de la libération de la parole des femmes. Elle est située dans le quartier de Bastille à Paris (voir sur le site pour les horaires, fonctionnement et adresse).

- Sur le Collectif Georgette Sand, auteur de «Ni vues, ni connues. Panthéon, histoire, mémoire: où sont les femmes ?», Éditions Pocket. Cet ouvrage choral cherche à redonner aux femmes leur place dans l'histoire, à travers le récit du destin de 80 femmes qui ont œuvré dans les sciences, les arts ou encore la politique.

- Sur la carte interactive du Matrimoine parisien initié par des étudiantes de l'école du Louvre, qui recense les créations féminines de Paris.

- Sur le projet Les MonumentalEs, lancé par la Ville de Paris en 2018 pour rendre hommage aux femmes célèbres oubliées ou méconnues. Il a été porté par des spécialistes de l'histoire des femmes, du féminisme et de l'histoire de l'Art telles que Genre et Ville, Femmes et Sciences, HF, Black Queer Art, Collectif Georgette Sand.

 

Couverture de «La guide de voyage» qui replace les femmes au centre de la découverte de Paris.
Couverture de «La guide de voyage» qui replace les femmes au centre de la découverte de Paris. © La guide de voyage/Anaïs Bourdet

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