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Greffe de l’utérus "réussie" en Turquie, une première mondiale

En Turquie, le chirurgien Omer Ozkan a réalisé, le 9 août 2011, la première transplantation mondiale d'un utérus sur Derya Sert, 21 ans, née sans  utérus comme environ un femme sur 5.000 dans le monde.
En Turquie, le chirurgien Omer Ozkan a réalisé, le 9 août 2011, la première transplantation mondiale d'un utérus sur Derya Sert, 21 ans, née sans utérus comme environ un femme sur 5.000 dans le monde. AFP/Stringer

Derya Sert est la première femme au monde à avoir reçu une greffe d'utérus d'une donneuse décédée, une opération qui pourrait redonner espoir à des milliers de femmes incapables de porter un enfant. Les médecins de l'hôpital universitaire Akdeniz -situé près d'Antalya (sud de la Turquie)- sont confiants sur le succès de cette transplantation réalisée le 9 août dernier sur la jeune femme de 21 ans -née sans utérus comme environ une femme sur 5.000 dans le monde.

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Du côté de la patiente, le bonheur :« C'est la joie, l'excitation, tout se mélange », a déclaré la patiente, épouse d'un mécanicien de la région, et qui est hospitalisée depuis environ six mois. « Si Dieu le veut, nous tiendrons bientôt notre bébé dans nos bras (…). Je n'ai jamais eu peur de l'opération, et je ne me suis jamais inquiétée des douleurs par lesquelles il faudrait passer... Cet utérus, c'est déjà un de mes propres organes. Il y a longtemps que nous attendions pour en arriver là », dit-elle, expliquant que sa famille l'a beaucoup aidée.

Du côté des médecins, l’heure est encore à la réserve. Certes, la jeune femme a déjà commencé à avoir ses règles, un signe important que son utérus fonctionne, et les examens échographiques sont bons mais, précisent les médecins, si « l'opération s'est bien déroulée... nous pourrons parler de ‘succès’ lorsqu'elle aura son enfant ». Le chirurgien Ömer Özkan, qui fait partie de l'équipe des huit médecins et sept autres soignants en charge de l’intervention, a déclaré : « Pour le moment, nous sommes satisfaits de constater que le tissu est vivant et qu'il n'y a pas de rejet. »

Pr Dominique Luton, Chef de service gynécologie obstétrique à l'hôpital Beaujon (Clichy)

Echec d'une 1ère tentative en Arabie Saoudite en 2000

Il s'agit de la deuxième transplantation d'utérus au monde, après une première tentative en Arabie saoudite, en 2000, menée à partir d'une donneuse vivante, mais qui avait échoué après 99 jours : « C'était un handicap d'avoir affaire à une donneuse vivante », a expliqué le chirurgien Ömer Özkan ; « la veine était trop courte pour l'anastomose (jonction) et l'utérus n'était pas très bien assisté », a précisé la gynécologue Münire Erman Akar, de la même équipe. Au final, les médecins avaient donc dû retirer la greffe.

Les médecins turcs pensent qu'ils ont réussi à résoudre ce type de problème : en travaillant sur une donneuse décédée, ils ont pu prélever plus de tissus autour de l' utérus ainsi que des vaisseaux plus longs. « Les médicaments immunosuppresseurs administrés pour prévenir un rejet ont par ailleurs évolué ces dernières années », ont précisé les médecins.

Désormais une grossesse possible ?…

Selon les médecins, il faudra attendre six mois au moins avant de confier la patiente aux médecins qui implanteront des embryons appartenant à la jeune femme et à son mari. Ensuite, la patiente sera suivie pour grossesse à risques. Ils peuvent être nombreux tels que : « Formation d'anomalies congénitales à cause des immunosuppresseurs, et aussi des risques de travail avant terme, ou de retard de croissance intra utérine », selon le Dr Erman Akar. Cette dernière a expliqué qu’il faudra « réduire les doses de médicaments, pour garantir la bonne santé de l'enfant tout au long de la grossesse. »

Peu d’équipes dans le monde travaillent sur ce type d’implantation

A supposer enfin que la jeune femme puisse mener à terme sa grossesse, les médecins envisagent ensuite de lui retirer la greffe afin de prévenir un rejet : « En fait cela dépend[ra] de la patiente, mais je préfèrerais retirer la greffe, a déclaré le chirurgien Özkan, sauf si la famille souhaite un deuxième enfant, ce qui serait possible en conservant l' utérus qui a été implanté. »

Une femme peut vivre sans utérus, mais seule une greffe peut lui permettre d'avoir une grossesse. Cette greffe devrait pouvoir redonner de l’espoir aux jeunes patientes nées avec le même type d’anomalie, dont « les ovaires sont normaux. Donc elles peuvent tenter la chance d'avoir un enfant », s’est félicitée la gynécologue.

Rares toutefois sont les équipes médicales qui travaillent sur l'implantation d'utérus à travers le monde. A part la Turquie, c'est notamment le cas en Suède et aux Etats-Unis.

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