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Recherche/ Biologie

D'ici 20 à 30 ans il ne devrait plus rien rester de l'épave du Titanic

O Titanic durante sua saída do porto de Southampton.
O Titanic durante sua saída do porto de Southampton. UIG/LEEMAGE
Texte par : Dominique Raizon
3 mn

Selon une scientifique canadienne, Henrietta Mann, qui a consacré quatre années de recherche à la question, des milliards de bactéries d'une vingtaine d'espèces s'attaquent à l'épave du Titanic qui repose par 3.800 mètres de fond. D'ici vingt à trente ans, il ne devrait plus rien rester du bateau, si ce n'est un tas de rouille.

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Biologiste et géologue travaillant pour l'université Dalhousie d'Halifax (est), Henrietta Mann a obtenu des « rusticles *» -entendons "d'étranges excroissances en forme de glaçons"- qui ont poussé sur la coque du Titanic. Certains d'entre-eux atteignent la taille d'un homme!

Ces échantillons récupérés lors d'une grande expédition scientifique sous-marine en 1991 avaient été conservés à l'Institut Bedford d'océanologie, qui en a confiés quelques specimens à Henrietta Mann, pour une étude sous microscope électronique. Et là, surprise : ces mélanges de rouille et de glace ne correspondent pas une dégradation résultant d'un processus chimique, qui fait rouiller le fer même si le produit final ressemble un peu à la rouille classique! Il s'agit en fait de milliards de bactéries d'une vingtaine d'espèces -dont la chercheuse en a découvert une nouvelle, la Halomonas Titanicae, qui « mâchent » l'acier et le transforment en cristaux de fer, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de leur organisme.

Un espoir pour toute la ferraille que l'homme rejette à la mer !

Invisibles à l'oeil nu, ces bactéries mesurent 1,6 micromètre, se multiplient et vont vite en besogne : certes, reconnaît Henrietta Mann, « le Titanic c'est près de 50.000 tonnes d'acier, et je ne connais pas exactement la vitesse du processus », mais selon la scientifique qui dit comparer attentivement les images tournées par les chercheurs descendus à l'endroit où le bateau repose par 3.800 mètres de fond, la progression est spectaculaire puisque, déclare-telle, « dans vingt ou trente ans, il n'en restera qu'un tas de rouille ».

La disparition future du Titanic marquera, certes, une perte pour le patrimoine matériel de l'humanité, pense Henrietta Mann. Mais en même temps elle apporte un espoir : toute la ferraille que l'homme rejette à la mer, des anciennes plate-formes d'exploration pétrolière aux cargos pourris, ne deviendra pas une immense décharge pour l'éternité. Les bactéries mangeuses d'acier s'en chargeront.

Rusticles * : terme forgé par le chercheur américain Robert Ballard, par analogie avec rust et icicle qui signifient respectivement « rouille » et « glaçon » en anglais. Il est le premier à les avoir repérés.

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