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Point besoin de savoir parler pour apprendre l’orthographe

Giorgio Cosulich Getty Images News
Texte par : Dominique Raizon
4 mn

Des chercheurs marseillais ont appris à des babouins à lire et repérer des mots correctement écrits parmi 8.000 présentés pendant un mois et demi. Dan, le meilleur élève des six singes ayant participé à l'exercice, âgé de trois ans au moment du test, a appris à distinguer 308 mots correctement ! Une expérience conduite au sein d'une station de primatologie du CNRS installée près d'Aix-en-Provence (sud-est de la France) ...

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Avis aux amateurs de "fôtes" d'orthographe ... Même les singes peuvent apprendre un mot correctement orthographié d'un autre mal écrit ! Dans un enclos de quelque 700 m², six élèves babouins originaires de Guinée (Papio papio) ont eu un accès, libre et permanent, à de petits bungalows ouverts par une trappe, derrière laquelle ils trouvaient un écran tactile faisant apparaître, dans une succession très rapide, des mots anglais de quatre lettres. « L'expérience a duré six semaines et il aura fallu effectuer entre 43.000 à plus de 52.000 essais pour chaque singe », a expliqué le chercheur Joël Fagot à Agnès Rougier (RFI) : les primates devaient appuyer sur une forme ovale si le mot était correctement orthographié et sur une croix dans le cas contraire, recevant une récompense -un grain de céréale tombant automatiquement d'un distributeur- après chaque bonne réponse !

Lors d'une première phase d'entraînement, les bons mots étaient présentés plus fréquemment que les mauvais et, « en quelques jours, les babouins sont parvenus à distinguer des orthographes pourtant très similaires », soulignent Jonathan Grainger et Joël Fagot, deux des chercheurs du laboratoire de psychologie cognitive à Marseille (Vidéo- CNRS et université d'Aix-Marseille) qui ont participé à ce travail, dont les résultats ont été publiés le 12 avril 2012 par la revue américaine Science.

Distinction entre les bons et les mauvais mots dès leurs 1ères présentations

Résultat tout à fait étonnant, après avoir mémorisé l'orthographe de plusieurs dizaines d'entre eux, les singes se sont mis à faire la différence entre les bons et les mauvais mots dès leurs premières présentations, alors que le critère de la fréquence d'apparition aurait dû les induire en erreur. « Ce qui prouve, affirment les chercheurs, qu'ils ont acquis autre chose que la forme globale des mots : en l'occurrence les bonnes combinaisons de lettres. Les singes sont capables de repérer et de mémoriser des régularités dans l'organisation des mots et de détecter des anomalies ».

A l'appui de leur démonstration, les scientifiques ont mesuré la "distance orthographique" entre les bons et les mauvais mots qu'ils soumettaient aux singes, c'est-à-dire le nombre de changements ou de permutations de lettres nécessaires pour passer, par exemple, de Bank à Jank ou de Bank à Znak. Ils se sont aperçus que plus il s'éloignait orthographiquement d'un bon mot, plus le singe le catégorisait comme mauvais, selon une courbe comparable à celle de l'homme, « ce qui prouve qu'il [l'animal] en traite la structure », ont conclu les chercheurs, pour lesquels la lecture relève autant, sinon davantage, de la décomposition visuelle que d'un traitement syllabique basé sur le langage.

Conclusion des chercheurs : « Rapportés à notre espèce, ces résultats suggèrent que la lecture se base, au moins en partie, sur notre capacité à percevoir et mémoriser les régularités entre les éléments (les lettres) qui composent un objet (le mot écrit) ».

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