Recherche

Les chauves-souris, réservoir de virus réémergents

Toutes les espèces de chauve-souris du monde sont porteuses de paramyxovirus (ici Coleura afra). Elles sont à l’origine de cette famille de pathogènes et constituent aujourd’hui un réservoir infectieux.
Toutes les espèces de chauve-souris du monde sont porteuses de paramyxovirus (ici Coleura afra). Elles sont à l’origine de cette famille de pathogènes et constituent aujourd’hui un réservoir infectieux. Cimf/ G.Maganga

Une étude, réalisée en collaboration avec des chercheurs de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et publiée dans Nature communications révèle la menace planétaire que représentent les chauves-souris. Porteuses de nombreuses maladies potentiellement réémergentes chez l’homme et les autres animaux, les chiroptères -ainsi baptisé l'ordre qui regroupe les mammifères volants- s’avèrent en effet à l’origine de virus responsables entre autres de la rougeole, des oreillons et de nombreuses infections respiratoires, parmi les premières causes de mortalité infantile dans le monde.

Publicité

D’ores et déjà bien connues pour véhiculer des maladies telles qu’Ebola ou la rage, voici qu'on vient de découvrir que ces petits mammifères volants sont des réservoirs potentiels d’une multitude d'infections qui touchent l’homme et les animaux dans le monde entier. Pire, ils auraient même transmis ces agents infectieux à l’ensemble du règne animal !

La rougeole est une maladie très contagieuse. Pour stopper la circulation du virus, il faut que 75% de la population soit vaccinée.

Rougeole : Isabelle Parent , médecin épidémiologiste à l’Institut national de veille sanitaire

Rougeole, oreillons, pneumonie, grippe ou encore encéphalites chez l’homme, maladie de Carré chez le chien, peste des petits ruminants… Les chercheurs ont découvert 60 nouvelles espèces d'agents pathogènes appelés paramyxovirus et ils viennent surtout d’observer, chez les chauves-souris, des formes génétiquement très proches de ces virus que l’on pensait spécifiques à l’homme. Dès lors, l’existence d’un tel réservoir animal compromet les espoirs d’éradication de certaines maladies humaines comme par exemple la rougeole.

Une répartition planétaire ...

Les virologues ont réuni près de 10 000 échantillons d’animaux, dont près de 90 espèces de chiroptères provenant d’Afrique, d’Amérique latine, d’Asie et d’Europe. Et, grâce à des analyses de sang et d’organes, les scientifiques ont pu observer la grande diversité génétique des fameux paramyxovirus chez ces petits mammifères -une observation qui suggère que ces agents infectieux ont eu le temps de beaucoup évoluer chez les chauves-souris au cours de l’Histoire.

Une chauve-souris mégachiroptère frugivore (hypsignathus monstrosus).
Une chauve-souris mégachiroptère frugivore (hypsignathus monstrosus). IRD/ Jean-Jacques Lemasson

« Cette répartition planétaire signifie qu’il s’est produit une diffusion de continent à continent à partir d’un ancêtre commun et que ces hôtes volants sont porteurs depuis des millénaires. Enfin, les biologistes ont trouvé dans les organes des chauves-souris quasiment tous les genres de la famille des paramyxovirus, ce qui n’est pas le cas chez les autres animaux. (...) Cette répartition planétaire signifie qu’il s’est produit une diffusion de continent à continent à partir d’un ancêtre commun et que ces hôtes volants sont porteurs depuis des millénaires. », soulignent les chercheurs de l'IRD.

Autre conclusion alarmante de cette étude : certains virus extrêmement dangereux ont été découverts dans des régions du monde où on ne les soupçonnait pas.

Pour en savoir plus :

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail