Exploration spatiale

Que sait-on de l'atterrissage du module Schiaparelli sur Mars?

Photo synthese exomars, la sonde TGO et module Schiaparelli se séparent
Photo synthese exomars, la sonde TGO et module Schiaparelli se séparent ©AFP

Mercredi 19 octobre, l’Agence spatiale européenne a tenté de poser un engin à la surface de Mars, le module Schiaparelli. Ce dernier a cependant cessé d’émettre durant sa descente. On ne sait toujours pas dans quel état il se trouve.

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De notre envoyé spécial à Darmstadt (Allemagne)

« Cela va nous prendre plusieurs jours, peut-être des semaines, mais nous aurons la réponse. » Ces mots sont d’Andrea Accomazzo, le directeur des missions planétaires de l’Agence spatiale européenne (ESA) au lendemain de la tentative d’atterrissage du module Schiaparelli sur Mars. Le signe que, malgré une nuit passée à éplucher les données reçues, le fil des événements est encore flou.

Ce mercredi 19 octobre, les ingénieurs de l’ESA devaient en fait faire face à deux étapes cruciales de la mission ExoMars 2016. L’atterrissage du module Schiaparelli à la surface de la planète rouge, et surtout l’insertion en orbite martienne de sa sonde mère, le Trace Gas Orbiter (TGO). « De toute cette séquence, l’objectif le plus important, c’est de mettre TGO sur la bonne orbite », explique Paolo Ferri, le directeur des opérations à l’ESA.

Le signal cesse d'émettre

« La science que doit réaliser TGO est cruciale. Il peut également servir de relais entre Mars et la Terre, ce qui est également très important pour nous », poursuit-il. Sur ce point, il peut être rassuré, l’insertion en orbite martienne de TGO s’est déroulée sans accroc, la sonde est sur la bonne trajectoire. « Nous avons une mission autour de Mars ! », s’est exclamé Michel Denis, le pilote du satellite.

Pour Schiaparelli, le succès est en revanche encore loin d’être acquis. Le module a entamé sa descente à 16h42, heure de Paris. Pour toucher le sol martien, il lui fallait 6 minutes pour faire descendre sa vitesse de 21 000 km/h à 0. Pour ce faire, Schiaparelli était sensé être protégé par un bouclier thermique, puis ouvrir ses parachutes, les larguer ainsi que le bouclier thermique, puis enfin allumer ses rétro-fusées, le tout en mode automatique.

Ces opérations successives ont été suivies en direct de deux façons différentes. Un radiotélescope, le GMRT, installé à Pune en Inde était en effet capable de détecter très faiblement le signal radio envoyé par Schiaparelli durant la descente. Les ingénieurs au sol ont ainsi pu suivre très sommairement les étapes du périple de Schiaparelli. Mais quelques secondes avant l’atterrissage supposé, le signal a cessé. Etait-ce à cause de sa mauvaise qualité ou d’un problème à bord ?

Une nuit blanche

La réponse survient 1h30 plus tard. En effet, le satellite européen Mars Express a également suivi la descente de Schiaparelli. Le temps qu’il soit en position de communiquer avec la Terre et envoie ses données, le mystère serait levé. Sauf que cela ne s’est pas passé comme ça : Mars Express a bien enregistré la trajectoire de Schiaparelli, mais elle aussi perdu le contact quelques secondes avant l’atterrissage supposé. Sur Terre, au centre de contrôle on en est alors sûrs : « si Pune et Mars Express perdent le signal au même moment, le problème vient de Schiaparelli », expliquait alors Paolo Ferri. Quel type de problème ? « Cela peut-être un crash, nous ne l’excluons pas, mais également un problème de communication. Il suffirait que l’antenne de Schiaparelli soit mal orientée pour expliquer ces pertes de communication ». Il y aurait alors un espoir de récupérer l’engin.

Dès lors, pour savoir enfin ce qu’il s’est passé, il fallait attendre que TGO finisse sa manœuvre d’insertion en orbite martienne, la priorité pour son logiciel de bord. Cela ne l’a pas empêché, elle aussi, de suivre la descente de Schiaparelli, mais a retardé l’envoi des données vers la Terre. Ces données sont d’autant plus importantes que contrairement à celle de Pune ou Mars Express, elles contiennent tous les paramètres de vol de Schiaparelli, et pas seulement un signal basique de position.

C’est peu après minuit que les 600 Mo de ces données ont été reçus au centre de contrôle de l’ESA, où une nuit blanche allait commencer pour les étudier. Le jeudi matin, on en savait donc plus.

Un robot sur Mars en 2020 ?

« Schiaparelli s’est comporté comme prévu durant toute la première partie de sa descente », explique Andrea Accomazzo. « Son bouclier thermique a fonctionné, ses parachutes se sont déployés comme on l’attendait. » En revanche, la suite des événements va diverger du plan initial : « le module a largué ses parachutes beaucoup plus tôt que prévu, et ses rétro-fusées ne se sont allumées que pendant trois secondes ».

Pourquoi Schiaparelli a-t-il « pris » ces décisions ? Il est encore trop tôt pour le dire, les données étant encore en cours d’analyse. Ceci dit, tous les officiels de l’ESA ont tenu à préciser : « ce que Schiaparelli nous a dit pendant sa descente est d’une grande valeur. On sait notamment que le bouclier thermique a fonctionné comme prévu, c’est important pour les prochaines missions. N’oublions pas que Schiaparelli a été conçu comme un démonstrateur, comme un test. »

Même si le sort de Schiaparelli est encore incertain, l’ESA regarde donc vers l’avenir, et plus précisément vers 2020. C’est la date à laquelle doit décoller la deuxième mission du programme ExoMars. Celle-ci doit embarquer un Roverpour le poser sur la planète rouge.

Les obstacles politiques

Seulement, les mésaventures de Schiaparelli risquent bien de compromettre tout le programme. ExoMars 2020 était en effet initialement prévu deux ans plus tôt, en 2018. Des difficultés techniques ont poussé l’ESA à le repousser, mais pour cela, il faut également augmenter le financement. Jusqu’à aujourd’hui, le programme dans son entièreté a coûté 1,3 milliard d’euros, auxquels il faudrait donc rajouter environ 300 millions d’euros, un ordre de grandeur confirmé ce jeudi par Jan Woerner, le directeur général de l’ESA.

Jan Woerner sur RFI: «Nous allons sur Mars pour savoir s’il y a eu de la vie dessus»

La décision sera prise en décembre, par les Etats-membres de l’Agence, lors du conseil ministériel qui a lieu tous les deux ans pour arrêter les grandes lignes du programme de l’ESA, ainsi que son budget. Même si l’insertion en orbite de TGO, qui était l’objectif principal de la mission, est un succès, même si les données récoltées par Schiaparelli sont précieuses, il reste que l’engin a très probablement raté son atterrissage sur Mars.

Politiquement, cela va être compliqué à faire passer, surtout en Italie, très impliquée dans le projet. Sa ministre de la Recherche, Stefania Gianini, qui a pourtant suivi toute la séquence, n’avait toujours pas communiqué 24 heures après l’atterrissage supposé de Schiaparelli. Un mauvais signe à deux mois de ce conseil ministériel où la voix italienne sera cruciale pour décider du sort d’ExoMars 2020.

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