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Le sport sur ordonnance

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Coureur ©pixabay
9 mn

Dr Sène, vous nous parlez régulièrement des bienfaits de l’activité physique pour la santé. Aujourd’hui,  vous souhaitez évoquer la parution en Mars 2017 d’un nouveau décret qui donne la possibilité aux médecins en France de faire des prescriptions d’activité physique adaptée, encore appelée APA. D’abord pourquoi faire des APA ? Et quels sont les bénéfices attendus pour les patients ?

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Dr Jean-Marc Sène, médecin du sport et médecin de l'équipe de France de judo :

L’activité physique adaptée ou le « sport santé » est une thérapeutique non médicamenteuse certes mais totalement validée, par la Haute Autorité de Santé (HAS) et cela depuis déjà 2011.

L’activité physique agit sur de nombreux plans…

-A titre préventif. Elle diminue de moitié le risque de développer un diabète de type 2 chez les personnes à risque (un parent diabétique) par exemple.

-Comme un traitement. Elle diminue de 45% le risque de récidive dans le cancer du sein, fait baisser la pression artérielle chez les hypertendus, améliore l’espérance de vie dans la mucoviscidose etc. En améliorant les symptômes tels que la fatigue due à la chimiothérapie dans le cancer ou la douleur dans l’arthrose, les rhumatismes inflammatoires et les symptômes dans la BPCO (bronchopneumopathie chronique obstructive) avec une efficacité comparable voire supérieure aux traitements médicaux, dont elle est complémentaire.

- En diminuant le risque de survenue de maladies associées (comorbidités) comme dans le VIH.

- Elle est aussi indiquée dans les maladies neurodégénératives (Maladie d’Alzheimer par ex.), la dépression, l’insuffisance cardiaque, l’infarctus du myocarde etc.

 

L’Activité Physique pour peu qu’elle soit adaptée regorge de bienfaits pour la santé

 

- Mais qui peut bénéficier de cette prescription ?

 

-Dr Jean-Marc Sène :

Potentiellement, plus de 10 millions de Français ! Tous les patients souffrant de l’une des 29 affections de longue durée (ALD) comme un diabète, une insuffisance cardiaque, VIH, cancer etc.
La prescription de l’activité physique par le médecin traitant (généraliste ou spécialiste, libéral ou hospitalier) se fera par un formulaire spécifique.
Le formulaire devra préciser les capacités physiques du patient ainsi que le risque médical pour une prescription personnalisée qui définira pour chacun la fréquence, l’intensité, le type et la durée de la séance d’activité physique adaptée.
En théorie, toute personne en ALD peut contacter son médecin pour envisager une activité physique adaptée. En pratique, peu sont sensibilisés, formés ou disponibles, pour délivrer cette prescription activité physique.

 

Quels professionnels seront autorisés à dispenser l’APA ?

 

Dr Jean-Marc Sène :

En théorie, le choix du professionnel se fait en fonction du niveau d’incapacité des personnes.

Les professionnels de santé (masseurs-kinésithérapeutes, ergothérapeutes et psychomotriciens), Pour les patients présentant "des limitations fonctionnelles sévères"

 

Les enseignants en activité physique adaptée ou encore les éducateurs sportifs.
(Pour le patients avec des limitations modérées, minimes ou absentes),

 

Le médecin peut orienter le patient vers tel ou tel professionnel en fonction des compétences et savoir-faire qu’il estime nécessaires.

Il faut alors :

- Assurer une éducation thérapeutique

- Savoir réaliser l’évaluation initiale de la situation du patient,

- Etre capable de concevoir, et planifier un programme d’activité physique individualisé qui soit adapté à l’état de santé de la personne.

- Savoir mettre en œuvre un programme, détection des signes d’intolérance et retour vers le prescripteur, savoir individualiser la pratique

- Savoir réagir face à un accident au cours de la pratique

- Connaître les caractéristiques très générales des principales pathologies chroniques

 

 

C’est un nouveau dispositif, donc il doit certainement rester quelques points à améliorer ?

 

Dr Jean-Marc Sène :

Absolument, c’est une belle initiative mais avec un départ difficile.

En effet, ni la prescription, ni la dispensation d’une activité physique ne font l’objet d’un remboursement par l’assurance maladie.

Des moyens financiers pourraient être alloués au niveau régional, dans le cadre des programmes régionaux de santé.

Reste à savoir qui supervisera le suivi. En effet, les médecins ne sont pas rémunérés spécifiquement pour cet acte de supervision… Avec des consultations souvent à flux tendu, qui pourra jouer le jeu ? Affaire à suivre donc …

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