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Chutes de débris spatiaux: une affaire de chance

Début mai 2020, des villageois de N'Guessankro en Côte d'Ivoire observent les débris tombés du ciel d'une fusée chinoise Longue-Marche 5.
Début mai 2020, des villageois de N'Guessankro en Côte d'Ivoire observent les débris tombés du ciel d'une fusée chinoise Longue-Marche 5. AFP

Vous ne le savez peut-être pas, mais des objets retombent presque quotidiennement depuis l’espace sur notre planète. Une grande majorité sont tous petits et sans dangers, mais parfois ce sont des satellites ou des étages de fusées entiers qui redescendent. Faut-il s’en inquiéter ? Depuis 25 ans, la communauté internationale a misé sur des normes de plus en plus strictes… et sur la chance.

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Les Ivoiriens ont eu le droit à une grosse surprise début mai, lorsque qu’ils ont retrouvé, en plusieurs endroits du pays, les restes d’une fusée chinoise Longue-Marche 5. D’énormes morceaux de ferraille tombés du ciel et difficilement identifiables qui, s’ils ont épaté les habitants, n’ont pas étonné les spécialistes : 127 gros objets spatiaux sont ainsi retombés sur terre l’année dernière, dont 72 satellites complets et 55 étages de lanceurs. Cette année, on en dénombre déjà une centaine dont 15 satellites et 17 étages de lanceurs.

Tout comme les habitants des régions de N’Guessankro et Béoumi, des gens retrouvent régulièrement ce type de débris dans la campagne, dans leurs jardins ou sur les toits de leur maison. De nombreuses photos circulent depuis de nombreuses années, montrant des curieux du monde entier avec des restes d’engins venus de l’espace. Dans la majeure partie des cas, ces objets passent même totalement inaperçus, faute d’être identifiés par les éventuels passants. Et pourtant : il n’y a jamais eu le moindre mort.

Quelques précautions et beaucoup de chance

« La surface du globe, c’est 71% de mers et océans, 10% de déserts et savanes… La zone réellement peuplée ne représente que 3%, explique Christophe Bonnal expert du Centre national d’études spatiales (CNES). Cela explique que malgré 25 000 rentrées atmosphériques à ce jour, il n’y a jamais eu de victimes. Nous connaissons une personne, Lottie Williams, qui a été touchée par un tout petit débris sur l’épaule… Qui l’a plus fait rire qu’autre chose. »

L’histoire de Lottie Williams, en 1997, avait fait le tour du globe. Cette Américaine se promenait à Tulsa, en Oklahoma, lorsqu’elle a aperçu ce qui ressemblait à une étoile filante, avant d’être touchée à l’épaule et de retrouver l’objet par terre. Une sacrée improbabilité : les chercheurs estiment qu’environ une tonne de matériaux construits par l’homme retombent sur terre chaque jour (pour 100 tonnes de météorites). Sur ce volume, seulement 10 à 30% résistent aux fortes chaleurs de la redescente sur terre, dont une très grande majorité de minuscules composants qui tomberont à l’eau ou que personne ne remarquera.

Restent les gros objets, de plusieurs centaines de kilos, qui pourraient blesser des gens. Là encore, une importante partie de la masse va fondre. Le principal souci des États vient de la difficulté à prédire leur lieu d’atterrissage : les prévisions sont réalisées à plusieurs dizaines de milliers de kilomètres près… Soit plusieurs fois le tour de la terre ! Même si l’orbite de l’objet passe au-dessus d’une grande ville, celui-ci peut aussi bien tomber de l’autre côté du globe. Pendant que des morceaux du lanceur chinois retombaient sur la Côte d’Ivoire début mai, des médias américains notaient que quinze minutes plus tôt, ils seraient tombés sur New York. quinze minutes plus tard, ils seraient arrivés en plein océan et personne n’en aurait parlé.

Les concepteurs des engins spatiaux privilégient des composants dont les tailles et les matières assureront qu’ils soient presque totalement consumés lorsqu’ils retomberont sur terre. « On se donne un seuil de probabilité de faire des blessés ou pire qui est à une chance sur 10 000, note Christophe Bonnal. Attention, ce n’est pas une chance sur 10 000 de faire un mort. C’est une chance sur 10 000 d’avoir une blessure. Avec nos critères, par exemple, des activités de tous les jours comme conduire une voiture ou traverser une rue seraient interdites. Vous n’auriez pas le droit de jouer au tennis : une balle servie au mauvais endroit peut causer beaucoup de dégâts. »

Une réglementation qui se renforce

Le risque reste « significatif », tempère Christophe Bonnal. Ce qui a poussé la communauté internationale et l’industrie à multiplier les règles. À partir de 1993, les agences spatiales commencent à se rencontrer au sein du comité inter-agences de coordination des débris spatiaux (IADC), donnant naissance en 2002 à des standards communs. En 2007, les Nations unies transforment ces règles en résolution. Enfin, en 2010,  ce sont des normes « ISO » qui sont adoptées par 130 pays et qui sont en passe de devenir la règle de fonctionnement dans le spatial. Un « label » qui n’est pas obligatoire mais que la plupart des pays cherche à adopter, se conformant à d’importants efforts pour réduire au maximum les risques de dispersion de déchets spatiaux et les risques de retombées terrestres.

Ces travaux ont par exemple amené à réclamer des exploitants qu’ils contrôlent la retombée de tout objet de plus de 500 kilos. C’est notamment le cas des lanceurs : il faut être certain que les morceaux qui retombent n’atterriront pas sur des zones habitées. Soit ils ont des systèmes de propulsion qui leur permettent de se diriger vers un océan, soit leur composition garantit qu’ils soient presque totalement consumés.

Ce qui interroge sur les fameux morceaux de fusée Longue-Marche 5 retrouvés en Côte d’Ivoire. Les Chinois travaillent comme les autres à éviter ce type d’incidents. Ont-ils perdu le contrôle de cet engin ? C’est la question que tous les spécialistes se posent. Alors que les différents pays sont particulièrement discrets sur leurs programmes spatiaux, personne n’a envie, à Pékin, de confesser une éventuelle difficulté avec la machine qui doit, dans les années qui viennent, convoyer les composants de la future spatiale chinoise.

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