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Coronavirus: dans les lieux confinés, ces «clusters» qui font craindre une deuxième vague

Une personne apportant des produits de première nécessité à des personnes sous quarantaine à leur domicile après une épidémie de coronavirus dans un abattoir de la société Toennies le 23 juin 2020 à Verl, dans l'ouest de l'Allemagne.
Une personne apportant des produits de première nécessité à des personnes sous quarantaine à leur domicile après une épidémie de coronavirus dans un abattoir de la société Toennies le 23 juin 2020 à Verl, dans l'ouest de l'Allemagne. Ina FASSBENDER / AFP
7 mn

Les apparitions de nouveaux foyers de contamination, majoritairement repérés dans des lieux fermés, sont de plus en plus nombreuses, faisant craindre aux autorités le scénario d’une deuxième vague.

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Près de 1 200 cas et au moins un mort dans une mine en Russie. Douze mines fermées en Pologne après la découverte de plusieurs milliers de malades du Covid-19 au sein des employés d’un groupe minier. Plusieurs milliers de tests positifs parmi les salariés d’abattoirs ou d’usines de transformation de la viande en Allemagne, France, États-Unis, Espagne, Pays-Bas et Angleterre… Des foyers pour travailleurs migrants infectés par le coronavirus en France, en Italie ou à Singapour. À Chicago, une prison enregistre un taux de contamination 30 fois supérieur à celui de la région.

Alors que l’Europe relâche peu à peu les mesures de restrictions, que l’Amérique est frappée de plein fouet par la pandémie de Covid-19 et que l’Organisation mondiale de la Santé avertit sur la pandémie « loin d’être finie » qui « accélère », les clusters, ou foyers de contamination sont de plus en plus nombreux. Et ils émergent en particulier dans les lieux clos.

« Ce qu’on observe maintenant, c’est que beaucoup des clusters que l’on découvre sont des clusters de milieux confinés », a expliqué Arnaud Fontanet, membre du Conseil scientifique Covid-19, chargé de conseiller le gouvernement français sur la gestion de la crise. Devant la commission d’enquête de l’Assemblée nationale, il a notamment rappelé la possible existence d’une contamination, non pas par les gouttelettes, mais par aérosols, « des particules qui font seulement quelques microns de diamètres et qui restent en suspension dans l’air ».

Face à cette contamination due à la suspension de particules virales dans l'air, « on est désarmé », alerte l’épidémiologiste. Mais il tempère, ce mode de transmission « n’est pas encore prouvé mais devient de plus en plus plausible » et « heureusement, il n’est pas le mode de transmission principal ».

La crainte d'une deuxième vague

En France par exemple, alors que le virus circule considérablement moins depuis la fin du confinement, 272 clusters (dont 82 toujours en cours d’investigation) ont été détectés depuis le 9 mai, selon le dernier bilan de Santé publique France. Parmi ces foyers de contamination, la majorité a été identifiée dans des lieux clos tels que des établissements de santé ou scolaires, des entreprises, des foyers familiaux ou de jeunes travailleurs. Dans les revues scientifiques, de plus en plus d’études pointent également les lieux clos comme lieu où la propagation du virus est accrue. Elle serait notamment poussée par la stagnation du virus dans l'air lorsqu'il n'est pas renouvelé.

L’augmentation de ces foyers fait craindre aux autorités l’apparition d’une deuxième vague de contaminations, obligeant ainsi certains gouvernements à mettre en place des confinements locaux. Depuis le lundi 29 juin, la ville de Leicester au Royaume-Uni est reconfinée à cause d’une flambée de cas, due à une épidémie dans des usines de production alimentaire et à des grands rassemblements aux abords de restaurants, selon le Sunday Times. En Allemagne, l’un des deux cantons confinés depuis le 22 juin ne l’est plus tandis que le second l’est encore jusqu’au 7 juillet, à cause du foyer déclaré dans le plus grand abattoir d’Europe. Ce mercredi 1er juillet, c'est la banlieue nord de Melbourne qui a été reconfinée. Plus tôt, ce sont 10 zones résidentielles de Pékin qui ont été remises en quarantaine mi-juin après la découverte d’un cluster sur l’un des plus importants marchés agricoles de la ville, après plusieurs dizaines de jours sans nouveaux cas.

Dans les abattoirs, les facteurs de propagation du virus se multiplient

Mais parmi ces lieux confinés, certains sont plus favorables à la propagation du Covid-19. C’est notamment le cas des abattoirs, où des milliers de cas ont été détectés à travers le monde. « Il y a un tas de facteurs qui concourent au fait que les personnels de ces abattoirs ont été plus exposés et ont travaillé dans des milieux professionnels eux-mêmes plus exposants, car favorables à la survie du virus », explique à RFI Gilles Salvat, directeur général délégué à la recherche à l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail).

Dans ces établissements, et particulièrement dans les ateliers de découpe, l’hypothèse que les conditions de travail rassembleraient plusieurs éléments propices à la propagation du Covid-19 est privilégiée. En revanche, celle soulevant la possibilité d’une contamination par la viande est aujourd’hui écartée.

La température ambiante dans ces usines, nécessaire pour réfrigérer la viande, varie entre 4 et 10 degrés et favoriserait la survie du virus, tout comme la forte humidité de ces milieux. Deux éléments qui permettent ainsi au virus de se répandre dans l’air, mais aussi sur les surfaces de travail. « On a beaucoup de surfaces en inox et on sait que c’est plutôt une surface favorable à la survie du virus. D’autant plus que c'est dans un milieu froid et humide : deux facteurs de survie du virus », analyse Gilles Salvat, fin connaisseur de la situation dans les abattoirs.

À lire: Coronavirus: la filière viande frappée par une flambée de nouveaux cas en Europe

Autre hypothèse avancée : la difficulté pour les employés de faire respecter les gestes barrières. Si le port de blouses, de charlottes et de masques est généralisé dans les abattoirs depuis bien avant la pandémie mondiale de Covid-19, leur efficacité est mise en doute. Alors que les règles sanitaires recommandent de changer de masque toutes les 4 heures à cause des capacités filtrantes qui se dégradent, dans une atmosphère telle que celle des abattoirs, ce délai est plus court. « Quand vous rejetez de l’air à 37 degrés dans une atmosphère de 4 à 10 degrés, la première chose que ça fait c’est que l’eau condense. Donc le masque va être très très vite mouillé et va perdre une partie de ses propriétés filtrantes, quand il est utilisé », détaille l’expert.

Ces environnements bruyants forçant les employés à parler plus fort ou à abaisser leur masque pour se faire entendre contribuent également à une plus forte expulsion de gouttelettes et d’aérosols potentiellement contaminés. Un élément qui aurait été aggravé, dans le cas de l'abattoir allemand, par le système de ventilation, selon les résultats de l’enquête de Martin Exner, expert en hygiène et santé publique à l'Université de Bonn, divulgués le 26 juin. Selon ses travaux, le système de ventilation aurait facilité le déplacement du virus dans l'air de l'abattoir.

Additionné au surpeuplement engendré par la main-d’œuvre nombreuse, au fait que le travail dans l’industrie animale n’a pas cessé pendant le confinement et aux conditions d’hébergements vétustes et exigus des travailleurs (principalement dans le cas de l’abattoir allemand), les éléments contribuant à une rapide propagation du virus se sont multipliés.

Les métiers physiques, davantage vecteurs de transmission du virus ?

Les métiers physiques, plus généralement, peuvent être propices à une plus forte propagation du Covid-19. « Si vous êtes dans des boulots qui sont extrêmement physiques, la fréquence respiratoire, donc la vitesse à laquelle vous allez expulser de l’air est beaucoup plus importante et donc on peut aller au-delà de 1m 50 ou 2m et envoyer des particules contaminantes plus loin », constate le DG de l’Anses.

Un phénomène qui a pu jouer dans les mines qui ont été à l’origine de nombreuses contaminations. De plus, dans ces excavations, les nombreux courants d’air et la ventilation peuvent également favoriser le transport d’aérosols contaminés entre les employés. Aux États-Unis par exemple, plusieurs syndicats miniers dénoncent une « ventilation dans les mines souterraines inadaptées », alors que les mesures de distanciation physique ne sont pas appliquées.

Autrement dit, la distance de sécurité à respecter pour éviter de contaminer une personne pourrait être plus longue dans les endroits clos où les salariés sont nombreux à effectuer un métier physique. « Pour donner un ordre d’idée, quand on s’est interrogé au Haut conseil de santé publique sur la distance entre les sportifs, on a dit que pour un sportif qui fait un jogging ou du vélo c‘était plutôt 10 mètres parce que sa fréquence respiratoire ainsi que la vitesse et la distance de projection des gouttelettes respiratoires étaient augmentées », conclut Gilles Salvat.

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