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Lutte contre le VIH-Sida: des objectifs manqués, des progrès trop lents

Le siège de l'Onusida à Genève, en Suisse, le 8 avril 2019.
Le siège de l'Onusida à Genève, en Suisse, le 8 avril 2019. AP Photo/Jamey Keaten
4 mn

Alors que s’ouvre ce lundi 6 juillet la 23e conférence de la société internationale sur le sida, l’Onusida vient de publier son rapport sur l’état de l’épidémie en 2019. Si des progrès sont notés, ils sont bien trop lents et les objectifs fixés ont été manqués.

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Il y a les chiffres bruts : 38 millions de personnes vivaient avec le VIH en 2019, dont 1,7 million de nouvelles contaminations. 690 000 malades en sont morts ; un bilan en légère baisse par rapport à 2018. Il y a ensuite l’interprétation : des progrès, certes, mais bien trop lents. « Les objectifs fixés pour 2020 ne seront pas atteints », écrit l’Onusida dans son rapport annuel.

Ces objectifs ont un nom : le « 90-90-90 ». 90% des personnes malades doivent connaître leur statut virologique ; 90% d’entre elles doivent avoir accès aux traitements ; 90% de ces dernières doivent contrôler leur charge virale, la quantité de virus dans l’organisme.

Nos succès n'ont pas été équitablement répartis dans les pays et entre les pays. Les objectifs mondiaux que nous nous sommes fixés ne sont donc pas atteints.

Winnie Byanyima, directrice exécutive de l'Onusida, dresse l'état des lieux

Du « 90-90-90 » espéré, il faudra se contenter du « 81-82-88 ». « Il faudra que chaque jour de la prochaine décennie, nous prenions des actions décisives pour remettre le monde sur la voie de la fin du sida en 2030 », estime Winnie Byanyima, la directrice exécutive de l’Onusida.

► À écouter aussi : Jeunes et VIH : Comment améliorer la prévention ?

Ces résultats décevants ont une principale cause selon l’organisation onusienne : les inégalités et les disparités dans le monde. Si la situation s’améliore en Afrique de l’Est et australe (38% de nouvelles infections en moins par rapport à 2010), elle empire en Europe de l’Est et en Asie centrale (+72% de nouvelles infections depuis 2010) mais également en Afrique du Nord, au Moyen-Orient et en Amérique latine.

Parmi les nouvelles contaminations, ceux qui constituent les populations-clés paient de loin le plus lourd tribut. À l’échelle mondiale, 62% des nouvelles contaminations ont en effet lieu chez les travailleurs du sexe, les détenus, les usagers de drogue, et les membres des communautés LGBTQI+, malgré le fait qu’ils ne représentent qu’une petite proportion de la population générale. « La stigmatisation et la discrimination, combinées aux injustices sociales, sont des barrières pour ces populations », note l’Onusida. « Les communautés marginalisées craignent la violence, les arrestations et doivent dès lors se battre pour avoir accès aux services de santé, notamment ceux en lien avec la contraception et la prévention du VIH. »

Autre exemple de la facette inégalitaire de l’épidémie, la place qu’occupent les jeunes femmes dans les nouvelles contaminations particulièrement en Afrique sub-saharienne. Elles ont représenté 59% des nouveaux malades dans la région. Chaque semaine, 4 500 d’entre elles âgées entre 15 et 24 ans sont contaminées par le VIH.

Des fonds déplacés au profit du Covid-19

La cause de ces résultats mitigés n’est pas à chercher très loin selon l’Onusida : comme souvent c’est l’argent qui fait défaut. En 2019, 18,6 milliards de dollars ont ainsi été dépensés pour lutter contre l’épidémie à l’échelle mondiale : c’est 30% de moins de ce qui serait nécessaire pour être pleinement efficace. La situation ne va par ailleurs pas s’arranger sur ce front, puisque la crise du Covid-19 a détourné vers elle de nombreux fonds. « Nous ne pouvons pas prendre l’argent consacré à une maladie pour traiter l’autre », juge Willie Byanyima. « La lutte contre le VIH et celle contre le Covid-19 doivent toutes les deux être correctement financées si l’on veut sauver un grand nombre de vies. »

Sur le terrain la pandémie de Covid-19 a également eu un effet séreux sur les programmes contre le VIH-Sida et cela pourrait même s’intensifier. L’Onusida prend ainsi l’exemple de l’Amérique latine où des traitements contre le VIH, des ressources médicales, du personnel soignant ont été déplacés des programmes VIH vers ceux luttant contre le coronavirus. Ce phénomène pourrait avoir des conséquences dramatiques s’il venait à perdurer : « 6 mois de complète perturbation pourraient entraîner la mort de 500 000 personnes supplémentaires en Afrique sub-saharienne l’an prochain », a calculé l’agence. Cela ramènerait la mortalité à ce que l’on connaissait en 2008, effaçant par la même occasion tous les progrès réalisés depuis.

À lire aussi : Dans l'ombre du coronavirus, la menace d'une explosion du sida en Afrique

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