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Protoxyde d’azote: le gaz hilarant qui ne fait pas rire les toxicologues

Des cartouches de siphon à chantilly, utilisées pour inhaler le protoxyde d'azote, abandonnées dans la rue.
Des cartouches de siphon à chantilly, utilisées pour inhaler le protoxyde d'azote, abandonnées dans la rue. Getty Image/Malcolm P Chapman
Texte par : Maya Baldoureaux-Fredon
4 mn

Le protoxyde d’azote, plus connu sous le nom de « proto » ou « gaz hilarant », est un véritable danger pour la santé. L’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) publie ce jeudi 9 juillet un rapport alarmant sur l’utilisation de ce gaz chez les jeunes. Cécilia Solal, toxicologue et coordinatrice du rapport met en garde sur les effets parfois très graves que peut avoir ce gaz sur la santé.

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Maux de tête, étourdissements, perte d’équilibre, nausées… prendre du gaz hilarant en soirée, parfois, ce n’est plus drôle du tout. Ce jeudi, l’Anses publie un rapport mené entre 2017 et 2019. Au total, 66 intoxications ont été enregistrées par les centres antipoison, la plupart chez de jeunes hommes, entre 20 et 25 ans.

Mais ce qui préoccupe particulièrement Cécilia Solal, toxicologue et coordinatrice du rapport, c’est la persistance des effets négatifs de ces gaz : « Certains symptômes neurologiques persistent même après l’arrêt de la consommation de protoxyde d’azote, notamment chez les cas les plus graves. Les muscles de certains patients restent engourdis et on n’a pas assez de recul pour savoir si ces lésions vont laisser des séquelles irréversibles ou pas. »

Sur les 66 cas étudiés, 70% d’entre eux ont eu des symptômes neurologiques ou neuromusculaires, le plus souvent traduits par un engourdissement des membres, des fourmillements, des contractions musculaires involontaires ou des difficultés à coordonner ses mouvements. Chez certains, ces symptômes se sont arrêtés plusieurs semaines après la dernière prise de protoxyde d’azote. « C’est très inquiétant, surtout quand on observe que les populations qui consomment ces gaz sont de plus en plus jeunes. Si ces lésions neurologiques apparaissent sur des adolescents, avec un système nerveux encore en développement, le risque s’accroit », met en garde Cécilia Solal.

« Jusqu’à 400 cartouches dans la journée »

Dans son rapport, l’Anses note que la consommation de protoxyde d’azote a bondi l’an dernier, ce que confirme la coordinatrice du rapport : « 70% des cas que nous avons traité datent de 2019. On observe une consommation de plus en plus importante, qui s’est démocratisée »

La tendance existe depuis une dizaine d’années, mais elle était jusqu’alors cantonnée au milieu festif. Les premiers à avoir détourné l’usage du protoxyde d’azote sont les étudiants en médecine, lors de fêtes : ce gaz est aussi employé dans le milieu médical comme analgésique.

La tendance n’a cessé de croître, avec la mise en vente de cartouches de protoxyde d’azote dans le grand commerce, utilisé pour les siphons à chantilly. Les cartouches coûtent un peu moins d’un euro. Leur commercialisation sur internet permet de s’en faire livrer de gros stocks à petit prix.

« Pendant le confinement, on a eu beaucoup de témoignages de cartouches retrouvées par terre. Il faudra qu’on étudie l’effet qu’a eue cette période sur la consommation de protoxyde d’azote parce que de nombreux jeunes étaient désœuvrés et qu’il était facile de s’en faire livrer », souligne Cécilia Solal.  

Avec ces livraisons à domicile, la consommation de gaz a explosé chez certains consommateurs : « Certains prennent des centaines de cartouches dans la journée… ça peut même aller jusqu’à 400 par jour, selon les témoignages que nous avons recueillis ! », s’alarme Cécilia Solal.  

« On est au-delà du simple phénomène de mode à partir du moment où on a commencé à avoir de gros consommateurs, qui prennent du protoxyde d’azote chez eux, hors du cadre festif. Le réseau d’addictovigilance, avec lequel on a travaillé a reçu des témoignages de patients qui étaient en état de manque, chose qu’on n’avait encore jamais observé avec le protoxyde d’azote ». Dans son étude, l’Anses n’a pas relevé de cas de décès, « mais certaines coupures de presse en région ont mentionné des cas de décès suite à l’inhalation de protoxyde d’azote, en général lors de consommations croisées avec la prise d’autres substances et d’alcool, ce qui fait qu’on n’est pas sûrs que le gaz soit en cause », explique Cécilia Solal

Sensibiliser avant l’été

Pour lutter contre ce fléau, l’Anses recommande une réglementation plus stricte sur l’accès à ce gaz pour tout usage alimentaire. Le Sénat a adopté, en décembre dernier, un projet de loi visant à interdire la vente de protoxyde d’azote aux mineurs, qui doit désormais passer devant l’Assemblée nationale. Les seules réglementations qui existent aujourd’hui sur le sujet sont des arrêtés municipaux, pris, dans certaines villes, pour interdire la vente du gaz aux mineurs et en limiter la consommation dans les lieux publics.

« Il faut aussi améliorer l’étiquetage du produit, estime la toxicologue, il faut pouvoir avertir les personnes qu’elles vont consommer un produit qui peut avoir des effets graves sur leur santé, parce que très souvent, elles ne le savent pas. Elles pensent juste qu’elles vont rire pendant 30 secondes alors qu’il y a des conséquences à moyen et long terme ».

Cécilia Solal rappelle qu’il faut appeler un numéro d'urgence (le 15 en France) ou le centre antipoison immédiatement en cas de consommation qui tourne mal. « C’est important de faire de la prévention avant l’été. Avec l’interdiction des manifestations extérieures, les jeunes vont faire la fête chez eux et dans un cas sur deux, les patients commencent à consommer ce gaz à domicile. »

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