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Est-il possible de réaliser le Jeûne du mois de Ramadan si l’on est atteint de diabète?

Dans le monde, 425 millions de personnes souffrent de diabète.
Dans le monde, 425 millions de personnes souffrent de diabète. © Pixabay

Retrouvez la chronique nutrition de Stéphane Besançon, nutritionniste et directeur de l'ONG Santé Diabète à Bamako au Mali. Cette semaine, focus sur le Jeûne du Ramadan quand on est diabétique.

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Si on est atteint de diabète, peut-on réaliser ou non le jeûne du mois de Ramadan ?

Le jeûne du mois de Ramadan est un des 5 piliers de l’islam, mais c’est aussi un moment de convivialités et de partages en famille duquel la majorité des personnes ne souhaitent pas être exclues. C’est pour ces raisons qu’il reste aussi important pour de nombreux malades. Il faut cependant rappeler que le jeûne du mois de Ramadan n’est pas obligatoire et qu’il peut être interrompu ou reporté dans certains cas comme, par exemple, pour les femmes enceintes ou encore les personnes malades ; surtout si ce jeûne peut entrainer des conséquences graves sur la santé. Si l’on parle de diabète, il est très important de consulter son médecin avant de décider si le jeûne peut être réalisé ou non. Le médecin va prendre en compte deux choses pour rendre son avis. Il va analyser le traitement prescrit et l’équilibre du diabète, mais aussi le mois où se déroule le jeûne, car suivant la période de l’année où il va se dérouler, le nombre d’heures de jeûne et la chaleur seront très variables. En prenant en compte tous ces paramètres, le médecin va réaliser une évaluation du niveau de risque et va ensuite donner son avis pour préserver au mieux la santé du patient.

Comment sont classés les risques en fonction du type de diabète et de traitement prescrits ?

Pour les personnes atteintes de diabète, le niveau de risque est généralement classé en 3 catégories : les patients à risque très élevé, les patients à risque élevé et enfin les patients à risque modéré ou faible.

Les patients sont à risque très élevé si, dans les 3 mois précédant le jeûne, le patient a eu une hypoglycémie (baisse très importante du taux de sucre dans le sang), une hyperglycémie sévère (hausse très importante du taux de sucre dans le sang) ou enfin si le patient présente une autre maladie grave associée au diabète. Les patients sont à risque élevé si leur taux de sucre dans le sang est trop haut, s’ils présentent une insuffisance rénale, des complications chroniques ou si ce sont des patients âgés et fragiles. Pour ces deux catégories, le jeûne est contre indiqué. La dernière catégorie sont les patients à risque modéré ou faible qui inclue les patients qui présentent un diabète bien équilibré et qui n’ont pas d’autres maladies associées au diabète. Ces patients peuvent pratiquer le jeûne sans risque.

Quels sont les risques liés au jeûne pour les personnes atteintes de diabète ?

Les études scientifiques internationales ont démontré que le principal risque couru par les personnes atteintes de diabète durant cette période est une augmentation de deux complications aigües graves du diabète qui sont :

  • l’hypoglycémie (c’est quand le taux de sucre sanguin diminue de manière trop importante)
  • l’hyperglycémie (quand le taux de sucre sanguin monte de manière trop importante)

Ces deux complications peuvent conduire au coma et à la mort. L’étude internationale EPIDIAR, qui a été réalisée dans 13 pays, pendant la période du Ramadan, a ainsi démontré que les patients atteints d’un diabète de type 1 qui pratiquaient le jeûne présentaient 4,7 fois plus de risques d’hypoglycémies sévères. Ce risque augmentait à 7,5 fois pour les patients atteints de diabète de type 2.

Le risque d’hyperglycémie, pendant cette période, était augmenté par 3 chez les patients atteints de diabète de type 1 et par 5 chez les patients atteints de diabète de type 2.

Enfin, il ne faut pas oublier que le jeûne veut dire aussi ne pas boire tout au long de la journée, ce qui peut augmenter le risque de déshydratation qui peut, chez les personnes atteintes de diabète entrainer un 3ème type de coma appelé coma hyperosmolaire qui est très grave et souvent mortel.

Quels sont les conseils que vous pouvez donner pour mieux préparer et gérer cette période ?

Cette période va entrainer des changements d’alimentation, d’hydratation et plus largement de rythme de vie qui peuvent être sources de difficultés pour les personnes atteintes de diabète. Durant cette période, l’alimentation sera souvent beaucoup plus riche en sucres et en matières grasses et l’hydratation sera plus compliquée surtout pour les personnes atteintes de diabète âgées. Il faut en premier lieu mettre en place, avec les professionnels de santé et la famille, une surveillance qui doit s’organiser, avant le démarrage du jeûne. Elle va permettre d’organiser les repas et l’hydratation au mieux pour limiter la survenue de complications graves. Ensuite, cette surveillance devra se poursuivre durant tout le mois de Ramadan pour permettre d’interrompre le jeûne si l’état de santé se dégrade et que le diabète se déséquilibre dangereusement.

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