Covid-19 : superporteurs, superpropagateurs et autres nouvelles scientifiques

Retour en classe pour les lycéens à Lille, dans le nord de la France, le 3 mai 2021.
Retour en classe pour les lycéens à Lille, dans le nord de la France, le 3 mai 2021. AP - Michel Spingler

C’est un phénomène déjà observé dans d’autres épidémies : certaines personnes ont la capacité de transmettre la maladie à beaucoup d’autres. On les appelle des superpropagateurs. Les détecter au plus vite est un enjeu crucial pour contrôler la diffusion du Covid-19.

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Les superpropagateurs peuvent en quelque sorte être considérés comme le principal moteur d’une épidémie. On estime ainsi que pour le Covid-19, « 20 % des infectés sont responsables de 80 % des contaminations », rappelle Frédéric Adnet, chef du service des urgences de l’hôpital AP-HP Avicenne. Malheureusement, on ne sait toujours pas quels sont les processus biologiques expliquant ce phénomène. Une étude parue dans les PNAS, les actes de l’académie américaine des sciences, pourrait apporter quelques éléments de réponse.

Dans cette étude réalisée à l'université de Boulder au Colorado, les auteurs ont analysé les prélèvements salivaires de 72 500 personnes asymptomatiques. Dans le lot, 1 500 se sont avérés positifs au Covid-19. Les chercheurs ont alors mesuré la charge virale de ces malades, c’est-à-dire la quantité de virus présent dans leur organisme. Le résultat est surprenant : seuls 2 % des infectés portaient 90 % des particules virales. Les auteurs de l’étude les qualifient de superporteurs. Sont-ils également superpropagateurs ? Les chercheurs ne vont pas jusqu’à l’affirmer, mais en font l’hypothèse.

Tout l’enjeu est donc désormais de les repérer le plus rapidement possible. « C’est malheureusement extrêmement difficile, déplore Frédéric Adnet. Prouver que quelqu’un est superpropagateur est déjà très compliqué, il faut montrer que tous les virus viennent de la même personne. On n’a pas les moyens, à ma connaissance, de les détecter rapidement. Il le faudrait, ce serait idéal, et pouvoir les isoler. Mais malheureusement, on s’en aperçoit quand on a le résultat des contaminations, quand il est déjà trop tard. On est un peu désarmés. »

Le variant indien devient « préoccupant »

Jusqu’alors classé « variant d’intérêt », le variant indien rejoint les britannique, sud-africain et brésilien dans la catégorie des préoccupants. Il s’agit d’une classe de variants pour lesquels on a des preuves indiquant qu’ils se transmettent plus facilement, qu’ils provoquent une maladie plus grave, ou qu'ils sont plus résistants ; voire, dans le pire des cas, les trois à la fois.

En ce qui concerne le variant indien, la revue Nature recense toutes les informations dont on dispose aujourd'hui. Il apparaît ainsi qu’il est effectivement plus transmissible : il est devenu dominant en Inde en quelques semaines seulement, et on le retrouve dans près de 40 pays aujourd'hui. Cette plus grande transmissibilité est également appuyée par l'analyse génétique de ce variant.

Huit mutations ont été identifiées sur la protéine S du coronavirus, la clef qu'il utilise pour infecter nos cellules. Parmi elles, deux sont très semblables à celles portées par d'autres variants préoccupants, dont on sait qu'ils sont effectivement plus transmissibles. De la même manière, cette analyse montre qu'il porte une mutation similaire au variant brésilien qui lui permet d'être plus résistant. On ne peut cependant pas encore dire dans quelles proportions. Quant à la sévérité de la maladie qu'il cause, des éléments très préliminaires obtenus en laboratoire sur modèle animal semblent indiquer une aggravation, mais ces résultats sont encore très loin d’être confirmés pour l’homme. On ne dispose donc pas encore de réponse ferme pour l'instant.

Les AINS pas si dangereux ?

La recherche avance, et certaines affirmations du passé peuvent parfois être revues. Peut-être vous souvenez-vous : au début de la pandémie, les autorités sanitaires françaises avaient largement communiqué pour déconseiller aux personnes atteintes du Covid-19 d'utiliser des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS). Un médicament aussi banal que l'ibuprofène était alors suspecté d'aggraver l'état des malades. Ce principe de précaution devrait faire long feu : deux études, parues dans le Lancet et la revue Arthrite et Rhumatologie nous apprennent qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter. Les auteurs ont comparé l’état de malades du Covid-19 qui avaient pris ces AINS à d'autres qui n'en avaient pas pris. Les chercheurs n'ont constaté aucune différence significative en ce qui concerne la gravité de l'état des patients ou de la mortalité. Il faudra donc certainement revoir et alléger les recommandations françaises.

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