Covid-19: des médicaments contre la dépression montrent une efficacité pour lutter contre la maladie

Selon une étude sur l'utilisation des FIASMA, les patients prenant ces médicaments pour d’autres raisons que le Covid-19 sont protégés des formes très graves.
Selon une étude sur l'utilisation des FIASMA, les patients prenant ces médicaments pour d’autres raisons que le Covid-19 sont protégés des formes très graves. AP - Lewis Joly

À elle seule, la vaccination ne permettra pas de venir à bout de la pandémie. Malheureusement, on ne sait pas soigner le Covid-19. Cela pourrait peut-être changer, avec la publication de résultats prometteurs.

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Un an et demi après le début de la pandémie, il n’y a toujours pas de traitement véritablement efficace contre le Covid-19. Seuls les corticoïdes, et notamment la déxaméthasone, permettent de réduire de 20% à 30% la mortalité en service de réanimation. En dix-huit mois, de nombreux médicaments déjà existants ont été essayés et repositionnés, mais sans guère de succès. Les anticorps monoclonaux ne sont pas la révolution annoncée. On lit cependant dans la revue de la Société américaine de pharmacologie clinique et de thérapeutique une étude sur le lien entre utilisation de FIASMA et réduction du risque d'intubation et de mortalité à cause du Covid-19.

Sans le savoir, si vous souffrez de dépression, d’hypertension artérielle ou même d’allergie, vous en prenez peut-être : il s’agit d’une classe de médicaments. Ils ont tous pour particularité d’inhiber la sphyngomyélinase acide, une enzyme capable de créer des céramides, des plates-formes lipidiques à la surface des cellules. Celles-ci sont utilisées par le SARS-CoV-2 pour pénétrer à l’intérieur.

Si les premières étapes de la contamination par le coronavirus sont en effet plutôt bien connues, la suite l’est un peu moins. Pour se répliquer, il a besoin de détourner la machinerie cellulaire pour que celle-ci se mette à fabriquer des copies du virus. Il doit donc pénétrer à l’intérieur. Pour cela, il dispose d’une clef : le désormais célèbre spicule, ou protéine S. La serrure se trouve sur la surface des cellules, ce sont les récepteurs ACE2. Quand la liaison est faite, la sphyngomyélinase acide entre en jeu. En s’activant, elle va entraîner la formation de céramides, qui seront in fine la porte d’entrée du virus dans la cellule.

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Risques diminués de près de moitié

Puisque les FIASMA inhibent l’action de la sphyngomyélinase acide, l’idée est donc de les utiliser pour maintenir la porte close. Cela semble fonctionner : « Nous avons tout simplement regardé si les patients prenant ces médicaments qui ont la propriété d’inhiber cette enzyme, avaient un meilleur pronostic lorsqu’ils étaient hospitalisés pour une forme sévère du Covid », explique Nicolas Hoertel, professeur associé de psychiatrie à l'AP-HP et l'université de Paris, qui a dirigé cette étude. « On a observé que les patients prenant ces médicaments pour d’autres raisons que le Covid-19 étaient protégés des formes très graves. Ils avaient un risque d’intubation et de décès fortement diminué, de près de moitié par rapport à ceux qui n’en prenaient pas. »

Autre avantage : puisqu’il s’agit de médicaments repositionnés, ils sont très bien connus. « La fluvoxamine et la fluoxétine sont deux antidépresseurs, poursuit Nicolas Hoertel. L’amlodipine est un anti-hypertenseur. L’hydroxyzine est un traitement contre le rhume des foins. Ce sont des molécules qu’on connaît très bien et qui sont très bien tolérées par les sujets âgés. Ils sont par ailleurs très abordables : 6 euros pour des traitements de quinze jours. »

Efficace a priori contre les variants

Enfin, puisque ce n'est pas le virus qui est la cible du médicament, mais la porte d'entrée qu'il utilise, ces médicaments fonctionnent a priori également contre les variants. Indien, britannique ou sud-africain, si l'un d'entre eux tape à la porte, celle-ci reste fermée.

Ces résultats sont donc très intéressants, mais il faut encore d’autres essais cliniques, de plus grande ampleur, avant de parvenir à un niveau de preuve suffisant. Cela dit, l’étude publiée dans la revue de la Société américaine de pharmacologie clinique et thérapeutique n’est pas la première sur le sujet. D’autres travaux ont été menés sur les FIASMA et le Covid-19, et ils vont tous dans le même – bon – sens.

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