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Taxation des cubes alimentaires ou bouillons cubes: une mesure importante

Tous les cubes contiennent des quantités de protéines, de sucres et de graisses faibles, mais des quantités très importantes de sel.
Tous les cubes contiennent des quantités de protéines, de sucres et de graisses faibles, mais des quantités très importantes de sel. © iStock /Michelle Lee Photography

Retrouvez la chronique nutrition de Stéphane Besançon, nutritionniste et directeur de l'ONG Santé Diabète à Bamako au Mali. Cette semaine, nous parlons des cubes alimentaires ou bouillons cubes, sur lesquels les Sénégalais payent désormais une taxe.

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Comment expliquer cette mesure prise par le gouvernement de la république du Sénégal ?

Aujourd’hui, les bouillons cubes ou cubes alimentaires sont consommés massivement dans les préparations culinaires des différents pays sur le continent africain, même si leur composition actuelle entraine des effets néfastes sur la santé. Pour tenter d’infléchir cette consommation, l’État du Sénégal vient de prendre une mesure historique. En effet, dans la loi de finance rectificative sur le budget 2021 du pays, le conseil des ministres a adopté une mesure de taxation qui s’élève à 25% du prix d’un cube. Cette mesure touchera tous les cubes alimentaires, qu’ils soient importés ou fabriqués localement, mais aussi quelle que soit leur composition. Au Sénégal, un cube coutant en général 25 FCFA soit autour de 0,038 €, la taxe ne représentera que 0,01 € par cube. Cette somme parait modique, mais ramenée à la consommation des 16 millions de Sénégalais, le gouvernement du Sénégal estime pouvoir engranger 25 milliards de FCFA, soit près de 38 millions d’euros de recettes fiscales additionnelles qui iront dans le budget général du pays. Enfin, le texte de loi explique cette mesure par la composition de ces cubes, notamment le sel et les additifs, mais ne mentionne pas les effets nocifs de ces cubes alimentaires sur la santé.

Quels sont les effets nocifs sur la santé de ces cubes alimentaires ?

En premier lieu, il faut rappeler la composition de ces cubes. Tous les cubes contiennent des quantités de protéines, de sucres et de graisses faibles mais, des quantités très importantes de sel. Un cube fabriqué en Europe, qui pèse autour de 10g, contient quasiment 5g de sel ! En Afrique, les cubes sont plus gros, ils pèsent autour de 12g et contiennent 8g de sel, soit 1,6 fois l’apport journalier maximum recommandé. Il faut bien rappeler que l’Organisation Mondiale de la Santé recommande une consommation maximale de 5g de sel par jour. Un seul cube alimentaire apporte quasiment la quantité maximale journalière recommandée sans tenir compte des apports venant d’autres sources de sel de notre alimentation, comme le pain, le concentré de tomate ou les fromages. Une surconsommation de sel a des conséquences très néfastes sur la santé. Elle va favoriser l’apparition ou l’aggravation d’une hypertension artérielle qui peut avoir des conséquences très graves, si elle n’est pas contrôlée, puisqu’elle favorise :

  • les maladies cardiaques comme les infarctus du myocarde
  • les maladies du cerveau comme les Accidents Vasculaires Cérébraux
  • les maladies du rein comme l’insuffisance rénale

Est-ce que ces mesures fiscales fonctionnent toutes de la même manière ?

Cette idée de taxer les produits trop salés vient directement des recommandations de l’OMS encourageant les États à adopter des taxes sur les boissons sucrées en suivant l’exemple du Mexique. Au Mexique, une évaluation, réalisée après 2 ans d’application, a démontré des effets très positifs avec une réduction moyenne de 6% de l'achat de boissons sucrées taxées la première année et une réduction de plus de 9% au cours de la deuxième année, avec en parallèle une augmentation de 4% de l’achat de boissons non taxées et d’eau. Les recettes générées par cette taxe ont permis de construire un fond de prévention qui a permis par exemple d’installer des fontaines à eaux dans les écoles à travers tout le pays. La France a de son côté modifié sa taxe sucre en passant d’une taxe synthétique à une taxe bien plus intéressante fixant des paliers de taxation en fonction du contenu en sucre. Ceci permet de dialoguer avec les industriels pour faire évoluer la qualité nutritionnelle de leurs produits. La taxe mise en place au Sénégal est un premier pas très important, mais le dispositif pourrait être renforcé en fixant les montants de taxation en fonction de la qualité nutritionnelle des cubes et surtout en créant, avec les recettes, un fond spécifique dédié à accompagner des actions de prévention des maladies non transmissibles.

Est-ce que ces mesures fiscales suffisent ?

Les dialogues sans contraintes avec les industriels, comme par exemple les tentatives de faire baisser la quantité de sel dans le pain, aboutissent rarement. Ces taxations sont donc très importantes pour faire évoluer réellement la qualité nutritionnelle des produits vendus par les industriels. Mais ces mesures ne suffisent pas, il faut en parallèle que les consommateurs eux même changent leurs pratiques. Pour les cubes alimentaires, il faut revenir à l’utilisation de condiments locaux comme le sumbala, le datou, l’ail frais, l’oignon frais, le piment ou encore le poivre qui vont permettre de donner davantage de goût aux préparations sans apporter un excès de sel. Il est aussi possible de préparer des cubes à la maison en réalisant des bouillons de viande ou de légumes contenant quelques condiments, puis de les filtrer avant de placer le liquide obtenu dans des petits compartiments qui pourront être stockés au congélateur.

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