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Santé mentale: les premiers effets de la crise sanitaire se font sentir

La crise sanitaire a également des effets négatifs en terme de santé mentale
La crise sanitaire a également des effets négatifs en terme de santé mentale Pics_pd/Pixnio/CCO
6 mn

Isolement, troubles du sommeil, anxiété, dépression… La crise sanitaire dûe au Covid et les bouleversements qu’elle amène dans nos vies ont également des répercussions sur la santé mentale. Les jeunes et les précaires semblent faire partie des plus ébranlés.

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« La situation actuelle est pire que celle du confinement. » Pour le psychiatre et psychanalyste Jean-François Solal, les effets de la crise sanitaire sur la santé mentale de ses patients continuent à se faire sentir. « On demande à chacun d’être responsable, sans que personne ne sache exactement quoi faire, analyse-t-il. On est dans la méfiance, dans un univers paranoïaque, où l’ennemi est invisible et où chacun doit se méfier de tous. »

Une étude publiée en juillet sur le site du Lancet atteste ainsi des effets négatifs de la crise sanitaire et du confinement sur la santé mentale des Britanniques. On y apprend que 27,3 % de la population britannique montrait des signes de détresse psychologique à la fin du mois d’avril, contre 18.9 % en 2018-2019. Cette augmentation est directement imputable aux bouleversements des habitudes et à l’isolement provoqués par la période de confinement. L'incertitude causée par l'évolution de l'épidémie a également engendré des troubles durables.

Les jeunes adultes plus anxieux que les autres

En France aussi, le corps médical constate certains effets. La psychologue Karine Pluquet, qui exerce à Paris, a observé une augmentation des cas d’anxiété et de dépression chez ses patients. Depuis la rentrée, elle reçoit de nombreux jeunes adultes particulièrement ébranlés par l’épidémie. « Ce sont des jeunes gens qui n’auraient sans doute pas entamé de thérapie avant la crise sanitaire, explique-t-elle. Ils se sentent isolés et vivent mal l’incertitude, ils ont l’impression que leur vie leur échappe. »

Un constat partagé par Jean-François Solal : pour lui, la crise sanitaire bouleverse avant toute chose la relation aux autres. « Les relations humaines sont ce qui nous fondent, et actuellement elles sont de plus en plus faibles, expose-t-il. On ne peut plus prévoir des vacances en famille ou une sortie entre amis, on redoute de contaminer les autres… Cela induit une perte de repères et de l’anxiété. »

Des situations de souffrance, donc, qui toucheraient particulièrement les jeunes adultes. D’après l’étude du Lancet, près de 44 % des femmes britanniques âgées de 16 à 24 ans montraient des signes de détresse pendant le confinement, contre 32 % habituellement. Et certains symptômes peuvent perdurer plusieurs mois.

Consommation d’alcool, troubles du sommeil, stress post-traumatique

Véronique Barfety-Servignat, psychologue clinicienne au CHU de Lille et en libéral, observe également chez ses patients de l’anxiété, causée par la crise sanitaire. « Je suis plus inquiète maintenant que durant le confinement, confie-t-elle. L’incertitude oblige à vivre dans un présent très angoissant, avec beaucoup de contraintes. Certains de mes patients se sont mis à consommer de l’alcool tous les jours, d’autres ont des difficultés de sommeil… Chacun réagit différemment. »

Et la situation est particulièrement difficile pour les personnes ayant perdu un proche durant la première vague de l’épidémie, au printemps. Sara Piazza, psychologue en équipe mobile de soins palliatifs et en réanimation au centre hospitalier de Saint-Denis, accompagne depuis septembre les familles endeuillées par le coronavirus. « Les règles sanitaires ont rendu les choses très violentes, déplore-t-elle. Il était compliqué de permettre la visite des familles, et lorsque cela était possible, les proches ne devaient pas toucher le malade. »

Un traumatisme aggravé par l’impossibilité d’effectuer les rites funéraires normalement. Amis et famille éloignée n'ont en effet pas toujours pu voir le corps de leur proche après son décès, ou assister à son enterrement.

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Une étude chinoise parue en juillet 2020 rapporte ainsi l’augmentation de 30 % des états de stress post-traumatique et des troubles du sommeil, ainsi que la présence fréquente d’idées suicidaires parmi la population.

Une situation à relativiser

Mais selon Viviane Kovess-Masféty, professeur de Santé publique à Paris Université, psychiatre et épidémiologiste, il ne faut pas tout mélanger. « La détresse psychologique n’est pas une maladie mentale, nuance-t-elle. Ce sont des symptômes recensés sur une courte période, d’une semaine à un mois. Avoir mal dormi, avoir envie de pleurer, ressentir de l’anxiété… Ces symptômes sont présents en temps normal chez 1/5 de la population et ils ne s’installent pas forcément de façon durable. Cela dépend aussi de la situation de la personne. »

Pour l’épidémiologiste, c’est la crise économique, plutôt que la crise sanitaire, qui risque d’avoir des effets de grande ampleur sur la santé mentale de la population. « La précarité économique crée une vulnérabilité en terme de santé mentale, reprend-elle. Les personnes seules, isolées, avec des problèmes financiers sont plus sujettes à la détresse que les autres, surtout en situation de crise. » Et la crise économique risque de faire basculer dans la précarité oudans la pauvretédes personnes jusque-là épargnées.

Des troubles renforcés par la crise économique

La menace d’un confinement est en effet davantage mal vécue si elle intervient dans de mauvaises conditions. Un logement trop petit, une solitude pré-existante, des problèmes financiers viennent compliquer une situation déjà angoissante en elle-même. « Certains de mes patients se demandent s’ils vont réussir à trouver du travail, témoigne Karine Pluquet, ou redoutent un licenciement. Cette angoisse s’ajoute à celle qu’ils ressentent déjà à cause de l’incertitude de la situation. »

D’autant que les difficultés financières peuvent également pousser certaines personnes à renoncer à une thérapie, dont ils auraient pourtant besoin. « Plusieurs de mes patients ont arrêté les consultations, confie Bernard F., psychanalyste. Et ce n’est pas parce qu’ils vont mieux, mais simplement parce qu’ils n’en ont plus les moyens. »

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