Jennifer Trioreau, gladiatrice 2.0 qui se rêve reine en MMA

4 mn
Publicité

Marseille (AFP)

La star de MMA Conor McGregor n'a pas inspiré que des hommes: Jennifer Trioreau s'entraîne comme une acharnée pour devenir la tête d'affiche de ce sport de combat extrême, cultivant son image de combattante aux faux cils sur Instagram.

"Je suis hyper-féminine et c'est le décalage avec l'image de la combattante qui plaît", assume cette Marseillaise de 28 ans.

Ses modèles dans les arts martiaux mixtes: le clinquant et sulfureux McGregor, "le roi de la com', et ça compte énormément", ou la championne américaine Ronda Rousey.

Comme l'Irlandais, elle a le goût de la mise en scène, et s'est créé un personnage, avec ses cheveux orange, son surnom "Ariel", clin d’œil à La Petite Sirène de Disney, ou ses multiples tatouages, dont un "F.E.A.R - L.E.S.S" ("sans-peur") inscrit sur les phalanges.

"C'est un vrai sport-spectacle, on est des gladiateurs modernes", résume Jennifer Trioreau.

"En MMA, il y a bien sûr la valeur du combattant mais aussi son nombre de +followers+ (sur les réseaux sociaux). Plus vous êtes impressionnant, plus vous avez des gens qui vous suivent et plus vous allez vendre cher vos combats", acquiesce Lionel Brézéphin, en charge de la structuration du MMA au sein de la Fédération française de boxe.

Populaires mais controversés, les arts martiaux mixtes, où presque tous les coups sont permis, ont longtemps prospéré dans la clandestinité en France. Depuis un an, le gouvernement a autorisé les compétitions, ouvrant de nouvelles perspectives.

- Pugnace -

Une quinzaine de Françaises essaient de percer, comme la Niçoise Manon Fiorot, qui vient de rejoindre la prestigieuse ligue américaine UFC (Ultimate fighting Championship) et doit combattre le 20 janvier à Abu Dhabi.

"En femme, en moins de 52 kg, il y a des opportunités, comme pour les poids-lourds chez les hommes", confirme Jennifer Trioreau, évoquant deux catégories où les combattants sont peu nombreux.

Il a suffi d'un combat pour qu'elle se fasse remarquer. C'était en janvier l'an dernier, face à une Slovène. Pourtant, la Française a perdu et a terminé avec deux coquards et le nez en sang. Mais les commentateurs ont salué sa pugnacité: elle a tenu l'intégralité des trois rounds de cinq minutes de l'affrontement, sacré "Fight of the night" ("combat de la soirée").

Et si sa mère a pleuré en voyant son visage, et qu'à l'aéroport on lui a discrètement demandé si elle était victime de violences conjugales, la jeune femme a préféré retenir sa capacité à se dépasser.

Adolescente, Jennifer Trioreau a commencé par la natation synchronisée. Mais après une compétition, elle provoque une bagarre dans les vestiaires. "Je n'aime pas que la performance repose sur d'autres que moi", admet-elle.

Sa mère la met alors dans le cours de boxe de son frère. Elle passe ensuite au kick-boxing et décrochera même une médaille de bronze en full contact en championnat d'Europe.

- 5% de femmes -

Elle a encore des lacunes en lutte et au sol, mais elle a choisi désormais de se lancer à 100% dans le MMA --même si le Covid-19 a contrarié ses plans, entraînant notamment l'annulation d'un combat prévu en décembre.

"Le MMA est l'ultime sport de combat. Il requiert une rigueur optimale et beaucoup de choses à travailler", les pieds-poings, la lutte, le sol, énumère Tevi Say, pionnière en France.

Pour Jennifer, cela se traduit par 3 à 4 entraînements par semaine, mais aussi 2 ou 3 séances de footing, et 3 ou 4 de musculation.

"Je pense qu'elle a le niveau physique, elle a l'envie, elle sait aussi se vendre. En plus de tout ça, elle n'est pas con, donc elle a tous les atouts pour percer", estime Elodie Giorla, une docteure en neurosciences qui s'entraîne avec elle. "C'est un profil complet, elle peut aller très loin", confirme Lionel Brézéphin.

La fédération mise beaucoup sur l'émergence de combattantes pour féminiser ce sport, qui reste à 95% masculin et qui a tout à écrire en France.

"Il faut des actrices féminines pour pouvoir s'identifier", insiste Tevi Say. Elle anime aujourd'hui des cours de MMA réservés aux femmes et se réjouit de voir ses élèves ressortir avec "une confiance en soi boostée" et capables d'adopter une "posture dissuasive" dans la rue.