Droits TV: presque trois ans de soubresauts pour le foot français

Logo du groupe audiovisuel espagnol, Mediapro, lors du match de L1 entre le Paris Saint-Germain et Lyon, le 13 décembre 2020 au Parc des Princes
Logo du groupe audiovisuel espagnol, Mediapro, lors du match de L1 entre le Paris Saint-Germain et Lyon, le 13 décembre 2020 au Parc des Princes FRANCK FIFE AFP/Archives
5 mn
Publicité

Paris (AFP)

Le foot français avait sabré le champagne en 2018 avec le milliard d'euros annuel acquis pour ses droits TV. Près de trois ans plus tard, la défaillance de Mediapro l'a plongé dans la crise: son nouvel appel d'offres s'est révélé infructueux, lundi.

- Mai 2018: Mediapro sort du chapeau -

Le 29 mai 2018, la Ligue de football professionnel (LFP) annonce triomphalement avoir cédé les droits TV nationaux de la Ligue 1 sur 2020-2024 contre un montant annuel de 1,153 milliard d'euros, dont 780 millions censés provenir de Mediapro. Une aubaine pour les clubs de l'élite qui tirent plus d'un tiers de leurs recettes des droits TV en moyenne.

Le diffuseur historique Canal+ émet publiquement des doutes sur la solidité de Mediapro, qui a perdu les droits de Serie A en Italie, faute de garantie bancaire. Mais la LFP se veut rassurante. "Nous n'avons pas d'inquiétude, car les situations ne sont pas comparables et car nous avons une caution solidaire de l'actionnaire de référence de Mediapro", déclare son directeur général exécutif Didier Quillot.

- Août 2020: la chaîne Téléfoot sort de terre -

Contre 25,90 euros par mois, la nouvelle chaîne Téléfoot créée par Mediapro propose aux téléspectateurs huit matches par journée, dont les dix plus belles affiches de la saison.

Le lancement attendu le 21 août est gâché par le Covid-19. La Ligue est contrainte de reporter le choc Marseille - Saint-Étienne à cause de joueurs contaminés, le remplaçant par un triste Bordeaux-Nantes (0-0).

- 7 octobre: la bombe lâchée par Roures -

Le 24 septembre, Mediapro demande à la Ligue un délai de paiement concernant la prochaine échéance des droits audiovisuels, attendue au 5 octobre.

Le patron de Mediapro s'explique dans un entretien à L’Équipe le 7 octobre. "Nous voulons rediscuter le contrat de cette saison. Elle est très affectée par le Covid-19", justifie Jaume Roures. "Les bars et les restaurants sont fermés, la publicité s'est effondrée...".

La Ligue reste inflexible et une procédure de conciliation s'ouvre pour trouver un accord entre les deux parties. Jaume Roures se dit "optimiste" dans un entretien à l'AFP, affirmant que Téléfoot "ne va pas disparaître". Mais les versements de Mediapro à la LFP s'arrêtent.

- 11 décembre: la rupture du contrat -

La Ligue scelle un accord de retrait avec Mediapro, obtenant 100 M EUR de dédommagement en échange de l'assurance de ne pas poursuivre le diffuseur. L'accord, validé par le tribunal de commerce le 22 décembre, prévoit que Téléfoot continue de diffuser à ses frais les matches jusqu'au 31 janvier 2021, le temps qu'un nouveau diffuseur soit trouvé pour les droits TV, qui sont retombés dans l'escarcelle de la Ligue.

- 12 janvier: Canal+ monte au créneau -

La Ligue, qui espérait trouver un accord de gré à gré rapide avec Canal+, son diffuseur historique, pour reprendre la L1, constate que la chaîne cryptée ne lui fera aucun cadeau.

Son patron, Maxime Saada, appelle dans un entretien au Figaro à l'organisation d'un appel d'offres global, avançant que "la Ligue 1 a perdu beaucoup de valeur". Il souhaite restituer les matches que Canal diffuse (20% de la L1 pour 330 M EUR annuels), estimant que la valeur de ceux-ci a été "surévaluée" dans l'appel d'offres initial en 2018.

- 19 janvier: la consultation de marché et le recours -

La LFP se résout à mettre sur pied un semblant d'appel d'offres: une consultation de marché est montée dans l'urgence, elle ne concerne que les lots de matches délaissés par Mediapro, mais pas les matches diffusés par Canal+.

Les diffuseurs intéressés n'ont qu'une dizaine de jours pour préparer leurs offres, dans un marché en net repli.

Et Canal ne l'entend pas de cette oreille. Une semaine plus tard, la chaîne du groupe Vivendi conteste la procédure devant le tribunal de commerce de Paris. Une audience est programmée le 19 février, bien après l'issue de la consultation...

- 1er février: le nouvel appel d'offres échoue

La nouvelle consultation est un échec. S'il y a bien quelques offres, aucune n'atteint le prix de réserve fixé par la LFP. On se dirige vers une négociation de gré à gré pour trouver des diffuseurs. Le temps presse: on ne sait toujours pas sur quel(s) écran(s) le public français pourra regarder OM-PSG dimanche, l'affiche phare du championnat!

La Ligue s'est donné un à deux jours de réflexion, mais la crise se prolonge.

Seule petite lueur d'espoir, de nouveaux candidats, même s'ils n'ont pas proposé assez, ont fait leur apparition: le géant Amazon, la plateforme sportive DAZN et le groupe Discovery. Le foot français intéresse encore les télévisions...