Equitation: avant les Jeux de Tokyo, le dilemme du N.1 mondial Steve Guerdat

Steve Guerdat à l'entraînement le 11 mai 2021 à Elgg, en Suisse
Steve Guerdat à l'entraînement le 11 mai 2021 à Elgg, en Suisse FRANCK FIFE AFP/Archives
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Elgg (Suisse) (AFP)

"J'ai presque mauvaise conscience de continuer": la référence mondiale du saut d'obstacles, le Suisse Steve Guerdat, ne cache pas qu'il se pose des questions avant les Jeux de Tokyo, où "une partie de (lui) n'a absolument pas envie d'aller" en raison de la situation sanitaire.

Dans le cadre verdoyant d'Elgg, dans le nord de la Suisse, Steve Guerdat s'affaire depuis 7h du matin pour faire travailler ses chevaux. Ses écuries comptent cinquante chevaux, certains sont de très haut niveau et le cavalier, installé depuis 2017 à Elgg, peut compter sur au moins trois d'entre eux pour le rendez-vous de Tokyo (23 juillet-8 août).

Une donne peu courante dans le milieu du saut d'obstacles quand on sait qu'il faut plusieurs années pour former un cheval capable de performer à ce degré d'exigence. Le champion olympique 2012, qui, à 38 ans, caracole en tête du classement mondial depuis 2018, a donc de quoi se réjouir avant d'aborder ses cinquièmes JO et pourtant, le coeur n'y est pas tout à fait.

"J’ai vraiment deux avis complètement différents sur la tenue de ces Jeux et sur le déroulement de ces Jeux. Il y a une partie de moi qui n'a absolument pas envie d'y aller parce que les Jeux sans public, c'est pas les Jeux", confie à l'AFP Guerdat, médaillé de bronze par équipes en 2008 à Pékin.

- Pas d'intérêt sans public -

Le Jurassien défend l'idée qu'on ne va pas aux Jeux "juste pour la médaille". "C'est parce qu'on veut se montrer, on veut montrer notre sport, on veut cet engouement autour de notre sport et c'est ça qui fait justement que les Jeux sont différents. Là sans public je me dis: +Quel est l'intérêt?+ Il n'y a pas d'intérêt".

Le Suisse tente de se raisonner en se disant que certains sportifs ne participeront aux JO qu'une fois dans leur vie, c'est donc bien qu'ils aient lieu. Mais Steve Guerdat n'est pas apaisé et s'en veut quelque part d'imposer des contraintes à des millions de Japonais pour la quête d'une médaille.

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"C’est compréhensible, mais on n’est pas spécialement les bienvenus pour le moment (au Japon). On empêche des gens d’aller travailler. Je ne sais pas exactement quelles sont les règles sanitaires au Japon, mais en tout cas, ils n'ont pas une vie normale et pour beaucoup ils ont des restrictions parce qu'on veut permettre à des gens qui sont en bonne santé, qui sont jeunes, qui vivent bien d'aller pratiquer leur sport dans leur pays", développe-t-il.

- "Mauvaise conscience" -

"Alors est-ce qu'on va avoir l'arrogance de se pavaner avec une médaille alors que certaines personnes sont coincées chez elles pour nous permettre ça ? C'est compliqué. Est-ce qu'on va vacciner les athlètes sachant qu'il n'y a pas assez de vaccins au monde et qu'il y a des gens qui meurent chaque jour qui auraient peut-être pu bénéficier des vaccins qu'on va garder pour les athlètes? C'est compliqué. Des fois, j'ai un peu presque mauvaise conscience de continuer, de jouer à ça aussi, de faire partie de ce jeu-là", regrette-il, avouant que cela l'"empêche de bien dormir de temps en temps".

Dans son domaine de 15 hectares, il continue de se donner corps et âme à ce qui l'anime depuis tout petit: la passion des chevaux. L'équitation est riche d'une multitude de concours tout au long de l'année, qui lui permettent de s'exprimer et de gagner. Car, qu'on ne s'y trompe pas, Steve Guerdat veut être le meilleur.

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Que ce soit pour lui ou pour ses chevaux, l'absence de compétitions en raison du Covid-19 était devenue pesante. Le circuit a enfin repris et les victoires s'enchaînent pour le Suisse, comme à Grimaud (France), le 9 mai, avec son cheval Venard de Cerisy, aujourd'hui le favori pour le voyage à Tokyo.

Et pour rester au top, il ne néglige aucun détail. Il vient de s'associer au maître-sellier Hermès. "M'améliorer chaque jour pour rester compétitif dans mon sport", lance-t-il, avec les JO dans son viseur.