Roland-Garros: les sparrings, ces invisibles qui règlent les pros

Arthur Bonnaud, sparring partner à Roland Garros, à la fin d'une séance d'entraînement au troisième jour du tournoi, le 1er juin 2021 à Paris
Arthur Bonnaud, sparring partner à Roland Garros, à la fin d'une séance d'entraînement au troisième jour du tournoi, le 1er juin 2021 à Paris MARTIN BUREAU AFP
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Paris (AFP)

Sur l'un des courts annexes de Roland-Garros, devant une poignée de spectateurs intrigués, Arthur enchaîne les frappes face à un joueur qui doit faire son entrée en lice quelques heures plus tard. Arthur, lui, ne jouera pas: il fait partie de la petite équipe de sparring-partners du tournoi parisien.

Ils sont, comme lui, une dizaine à traverser dans l'anonymat le plus total la quinzaine parisienne. Rien ne les distingue des autres joueurs, sillonnant Roland-Garros leur sac sur le dos, de courts en courts. Sauf qu'eux ne sont inscrits dans aucun tableau, destinés à servir de sac de frappe pour les pros, tout en effleurant leur rêve.

Chaque tournoi du Grand Chelem, et même quelques rares autres tournois sur le circuit, a les siens. Mais ceux du tournoi parisien ont une petite place à part. "Le niveau des sparrings parisiens est réputé pour être très bon, certains disent au-dessus des autres tournois du Grand Chelem", raconte à l'AFP Arthur Bonnaud, classé -4/6 à 24 ans, ce qui le situe autour du 300e meilleur joueur français.

Après quatre ans passés aux États-Unis, à l'université de Floride, il est revenu en France en 2019 pour tenter de passer pro. Le Covid a pas mal freiné son projet. Plus de tournois, ou très peu, des voyages compliqués à mettre en place. Alors pour ce licencié du TC Clamart (Hauts-de-seine), tenter d'intégrer la petite équipe de sparring-partners de Roland-Garros, c'était une évidence.

- "C'est génial" -

"C'est l'occasion de jouer avec des pros, de tutoyer le circuit, et puis aussi de prendre un petit billet, on ne va pas se mentir. La période est très compliquée pour des joueurs comme moi", reconnaît-il.

Un mail de candidature envoyé à la Fédération française de tennis (FFT), une recommandation appuyée d'un ancien pro avec qui il s'entraîne et Arthur a enfin pu se frotter aux meilleurs... à l'entraînement.

Il joue avec qui le demande, joueuses ou joueurs. Soit pour un échauffement avant un match, soit pour une séance d'entraînement un peu plus poussée. "On est à la disposition du tournoi", résume-t-il. Un planning lui est envoyé la veille, mais il peut évoluer au cours de la journée, en fonction des besoins. Un jour il a enchaîné six heures de tennis.

Vendredi, il a échauffé le dernier Français encore en lice en qualifications, Evan Furness, qui a finalement échoué à intégrer le tableau principal. Juste à côté de lui, au fin fond de Roland-Garros sur les derniers courts annexes, Serena Williams était elle aussi en pleine séance.

"C'est des moments super. C'est génial d'être dans ce tournoi mythique, de croiser les mecs dans les vestiaires, de discuter avec eux, de voir comment ils s'entraînent. On apprend beaucoup à leur contact", explique-t-il.

Après une séance avec Lloyd Harris, le Sud-Africain, 54e joueur mondial, est venu lui demander quel jour il était programmé, pensant que son jeune collègue d'entraînement avait le niveau pour jouer le Grand Chelem parisien. Idem avec le Hongrois Marton Fucsovics (44e), qui a même demandé le numéro de téléphone du jeune Francilien.

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"C'est super pour la confiance, sourit Arthur, ça veut dire que je fais de bonnes séances".

- Privilégiés -

Une expérience très riche, mais réservée à quelques privilégiés, triés sur le volet en fonction de leur profil. "On a une majorité de numérotés (100 meilleurs français) et on fait attention à prendre aussi des gauchers, comme Arthur", explique Franck Sabatier juge arbitre adjoint du tournoi parisien qui supervise cette petite équipe.

La FFT reçoit même des candidatures de joueurs étrangers, mais jusqu'ici, seuls des Français ont intégré cette petite équipe d'invisibles que les organisateurs ont souhaité maintenir malgré la pandémie. "C'est un service que les joueurs apprécient. On fait aussi très attention à leur comportement, à leur déontologie", explique Franck Sabatier.

Chaque contrat est différent, en fonction du niveau et du nombre de jours travaillés pendant la quinzaine.

"Ils viennent surtout pour l'expérience que ça leur procure, être au cœur de Roland-Garros", assure Franck Sabatier.

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Une expérience qu'Arthur tentera de faire fructifier dès son prochain tournoi.