Euro: la VAR, ça reste à voir

Un écran géant informe du contrôle par la VAR lors de la Coupe du monde féminine de football en France, en 2019, à Lyon.
Un écran géant informe du contrôle par la VAR lors de la Coupe du monde féminine de football en France, en 2019, à Lyon. FRANCK FIFE AFP/Archives
Publicité

Marseille (AFP)

L'Euro, dernière conquête de la VAR: l'assistance vidéo à l'arbitrage sera utilisée cet été pour la première fois lors d'un Championnat d'Europe des Nations, trois ans après avoir été introduite lors du Mondial-2018 et alors que les avis restent toujours aussi opposés sur l'efficacité réelle du dispositif.

L'UEFA a longtemps résisté avant de céder, coincée par une forte pression médiatique en faveur de la "vidéo" et par le volontarisme de la Fifa et de son président Gianni Infantino, qui ont poussé en faveur de son adoption, quitte à mener au pas de charge la phase de tests imposée par le Board.

C'est en septembre 2018 qu'Aleksander Ceferin, président de l'UEFA, a fini par plier, après un Mondial où la VAR s'est faite discrète et plutôt efficace, même si le penalty sifflé pour la France en finale après consultation des images a rappelé que la vidéo pouvait sembler juste ou injuste, selon qu'on soit français ou croate.

Mais sans aller jusqu'à l'opposition catégorique qui a toujours été celle de son prédécesseur Michel Platini - "une belle merde", a encore tranché l'ancien N.10 des Bleus en novembre 2019 -, le dirigeant slovène n'a jamais semblé très convaincu.

En décembre 2019, dans une interview au Mirror, il avait ainsi pointé "un vrai bordel", soulignant que les consignes étaient interprétées différemment selon les pays. "Certains arbitres en Angleterre ne vérifient même pas. En Italie, ils vérifient pendant une demi-heure", avait-il lâché, estimant cependant qu'il n'y avait "pas de retour en arrière possible".

- La zone grise -

Patron des arbitres de l'UEFA, l'Italien Roberto Rosetti s'est voulu plus rassurant avant l'ouverture du tournoi vendredi à Rome. "Nous croyons en ce projet, qui a très bien fonctionné jusqu'ici", a-t-il affirmé, cité sur le site de la confédération européenne.

#photo1

"Nous insistons auprès des VAR (assistants vidéo, ndlr) sur le fait qu'ils doivent intervenir uniquement si un arbitre a commis une erreur manifeste ou manqué un incident grave", a-t-il tout de même rappelé, pointant en creux l'un des reproches les plus fréquents des opposants au dispositif.

"Le problème, c'est que ça n'est presque jamais binaire, presque tout est dans la zone grise, celle de l'interprétation. Le vrai danger c'est qu'on arrive à un trop grand interventionnisme alors que ça devrait être utilisé très rarement", juge ainsi l'ancien arbitre international français Bruno Derrien, interrogé par l'AFP.

"Il y a quelques erreurs nettes qui sont corrigées, il ne faut pas le nier. Mais pour le reste, ça crée plus de polémiques qu'autre chose. Le fonctionnement n'est pas compris malgré un cahier des charges clair et trois ans de recul. Au bout de trois ans, ça devrait être huilé", a-t-il aussi estimé.

- Vivre mieux -

Les deux arbitres français retenus pour l'Euro, Stéphanie Frappart et Clément Turpin, ont pourtant assuré la semaine dernière que tout était limpide. "On travaille depuis plusieurs années sur l'utilisation de la vidéo, on est rodé", a expliqué Clément Turpin. "Il n'y a pas de recommandations ou de consignes sur le recours à la VAR. On reste sur l'erreur manifeste", a de son côté déclaré Stéphanie Frappart.

Alors qu'un sondage mené auprès de fans de football anglais et publié la semaine dernière a montré que plus de 90% d'entre eux jugent que la vidéo a rendu le football "moins agréable", un autre ancien arbitre français, Tony Chapron, invite à réfléchir sur la nature de la VAR, présentée par ses tenants comme une garantie d'uniformité, de cohérence et de justice.

"C'est un débat philosophique, sur ce qu'est la justice sportive, sur l'acceptation de l'autre et de ses erreurs. Et cet idéal de justice est un leurre. Les gens veulent surtout que leur équipe gagne", a-t-il dit à l'AFP.

"Je ne vois aucun aspect positif, rien. Ce qui est évident, c'est que ça n'a pas mis un terme aux polémiques, ça les a plutôt multipliées", a-t-il ajouté. "Je crois qu'on s'honorerait à reconnaître qu'on s'est trompé. Ca serait salutaire. On peut accepter que l'autre est faillible. Faisons avec, on vivra mieux."