JO-2020: Clarisse Agbegnenou, battante née

Clarisse Agbegnenou, porte-drapeau des Bleus aux côtés de Samir Aït Saïd à la cérémonie d'ouverture des Jeux de Tokyo, à Paris, le 5 juillet 2021
Clarisse Agbegnenou, porte-drapeau des Bleus aux côtés de Samir Aït Saïd à la cérémonie d'ouverture des Jeux de Tokyo, à Paris, le 5 juillet 2021 Christophe ARCHAMBAULT AFP
Publicité

Tokyo (AFP)

Clarisse Agbegnenou, porte-drapeau des Bleus aux côtés de Samir Aït Saïd à la cérémonie d'ouverture des Jeux de Tokyo vendredi, s'est fait une place au sommet du judo français en l'espace d'une olympiade et a la volonté de s'affirmer aussi au-delà des tatamis.

Il ne lui manque que l'or olympique - elle combattra mardi en -63 kg, cinq ans après l'argent de Rio - pour s'imposer, à 28 ans, comme la judoka française au palmarès le plus prestigieux de l'histoire.

Avec cinq couronnes de championne du monde, les quatre de l'olympiade qui s'achève (2017-2019 et 2021) et une première dès 2014, plus deux médailles d'argent (2013 et 2015), elle est déjà la combattante bleue la plus titrée aux Mondiaux. Seul l'incontournable Teddy Riner, avec dix sacres conquis entre 2007 et 2017, fait mieux côté messieurs.

Dès sa naissance à l'automne 1992, deux mois avant le terme, le tempérament de battante d'Agbegnenou a été rudement mis à l'épreuve.

Réanimée dès sa venue au monde avec son jumeau Aurélien, elle a passé ses quatre premières semaines en couveuse, alimentée par perfusion. Puis une malformation rénale a nécessité une opération "alors qu'elle ne pesait que deux kilos", raconte sa mère Pauline Agbegnenou dans L'Équipe. "Et elle est tombée dans le coma. Elle y est restée durant sept à huit jours."

- Grande prématurée -

"Lorsqu'elle s'est réveillée, dans une grande inspiration, je me souviens que le médecin a dit que ma fille était une battante", poursuit-elle.

#photo1

Sa gnaque, celle qu'on surnomme "Gnougnou" explique la devoir aussi à son enfance au milieu de ses trois frères passée en région parisienne. "Ça ne peut que te forger. T'es la seule fille, t'as pas le choix : il faut leur faire la guerre, sinon tu te fais bouffer !", lance-t-elle.

Dirigée vers le judo à neuf ans pour canaliser son énergie débordante, la jeune Clarisse y trouve sa voie. À quatorze, elle quitte le foyer familial pour le pôle France d'Orléans. Puis trois ans plus tard, en 2009, elle rejoint l'Insep, la pépinière à champions du sport français.

Aux Mondiaux-2010 et 2011, ses deux premières sélections internationales senior tournent court. La troisième, en 2012, est la bonne : elle obtient du bronze européen avant ses vingt ans, puis de l'or européen et de l'argent mondial l'année suivante. Et son premier or mondial en 2014, à 21 ans, comme elle l'ambitionnait haut et fort: "Franchement et sans avoir le melon, je ne me vois pas ne pas être championne du monde cette année".

Agbegnenou, "c'est un modèle dans sa détermination, dans la manière dont elle combat. Et dans la vie, c'est comme une grande soeur", décrit la championne du monde 2019 des -70 kg Marie-Eve Gahié.

- "Culture de la gagne" -

"Je n'ai pas besoin de lui transmettre la culture de la gagne, elle l'a", résumait à l'AFP avant les Mondiaux-2019 Larbi Benboudaoud, qui la suit depuis ses débuts en Bleu et désormais directeur de la haute performance du judo français.

#photo2

De l'argent olympique de Rio, "ce n'est pas la bonne médaille pour moi", retient ainsi Agbegnenou, que Benboudaoud qualifie de "bulldozer" sur les tapis.

Son engagement et son énergie débordent de dojos. Sur les réseaux sociaux qu'elle utilise intensément, "Gnougnou" documente sa vie à 100 à l'heure et met en avant les causes auxquelles elle est sensible, celle des femmes en particulier, elle qui a participé au développement de culottes menstruelles avec une marque spécialisée ou posé en Une de L'Équipe Magazine pour un dossier sur les seins des sportives.

Un obstacle a toutefois fait vaciller sa trajectoire si maîtrisée depuis le début de l'olympiade: l'irruption du Covid-19 et le report consécutif des JO.

"J'étais vraiment anéantie. J'en ai beaucoup pleuré", avoue-t-elle.

Pour s'en relever, Agbegnenou, toujours avide de découvertes et de voyages, a choisi de casser la routine : en vrac, elle s'est envolée vers la Réunion le temps du confinement, s'est mise au yoga, à la boxe et au jujitsu, et, trois jours par mois, suit une formation de coach de vie à HEC.

"Une année de plus, c'est très long", répète-t-elle. Mais sa quête d'or olympique la tient en haleine.