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JO 2012 / Aviron / Cameroun

JO 2012: Paul Etia Ndoumbé rame pour l’aviron et le Cameroun

Le Camerounais Paul Etia Ndoumbé et ses rames aux couleurs du Cameroun.
Le Camerounais Paul Etia Ndoumbé et ses rames aux couleurs du Cameroun. RFI/David Kalfa
7 mn

Le rameur Paul Etia Ndoumbé prépare à Rouen, en France, ses seconds Jeux Olympiques après ceux de Pékin. Une performance étonnante pour ce Camerounais de 28 ans qui a tout lâché en 2005 pour l’aviron : son travail de pêcheur de sable dans le fleuve Wouri et sa vie à Douala. Rencontre.

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Le Camerounais Paul Etia Ndoumbé à l'entraînement à Rouen, sur la Seine.
Le Camerounais Paul Etia Ndoumbé à l'entraînement à Rouen, sur la Seine. RFI/David Kalfa

Paul Etia Ndoumbé glisse sur la Seine, l’air stoïque, à bord de son skiff, un aviron de compétition une place. Le Camerounais de 28 ans rame ce 10 mai comme il le fait onze fois par semaine au Centre nautique et athlétique de Rouen (Cnar) : en pensant aux Jeux Olympiques de Londres.

Un événement majeur dans la carrière de cet athlète pour qui tout a commencé en 2005 seulement : « Je suis allé assister à la Coupe du Cameroun d’aviron, à Douala, sur le fleuve Wouri, raconte-t-il. J’entendais tout le temps parler d’aviron parce que mon voisin en faisait. C’était la star du quartier. » Paul Etia Ndoumbé est immédiatement conquis : « Ça m’a plu de voir un petit bateau avancer si vite, que la personne dessus le fasse avancer comme ça. »

L’aviron est un sport de vitesse et d’endurance pratiqué sur des bateaux naviguant en bassin ou sur des rivières. Les rameurs tournent le dos au sens d'avancement de l’embarcation.
Le skiff, que pratique Paul Etia Ndoumbé, est un bateau à un seul rameur. Un skiff de compétition coûte entre 12000 et 15000 euros (7,8 et 9,8 millions de francs CFA). Au Cameroun, on dénombre une vingtaine de rameurs.
L’aviron est peu développé en Afrique, sauf au Maghreb, en Egypte et en Afrique du Sud. C’est une discipline olympique depuis 1896. En plus de 100 ans, l’Afrique du Sud a été la seule nation africaine à décrocher une médaille : le bronze en 2004 avec Donovan Cech et Ramon di Clemente.

Il quitte son travail et finit aux JO 2008

A 21 ans, Paul Etia Ndoumbé débute donc l’aviron et obtient des résultats probants sur la scène nationale. Mais pour progresser davantage, il doit mettre entre parenthèses sa petite entreprise de «  travail du sable ». A l’époque, Paul et sa dizaine d’employés plongent chacun 500 fois par jours dans les eaux du Wouri pour y remonter des seaux de sable. Du sable qu’ils revendent ensuite à des sociétés de construction. Un travail herculéen, éreintant, mais qui rapporte au jeune patron au moins 50 euros par jour (33 000 francs CFA).

Paul Etia Ndoumbé choisit pourtant l’aviron, son quasi-amateurisme et s’entraîne avec acharnement sur des bateaux offerts par l’Afrique du Sud. A raison : il décroche, à sa grande surprise, son ticket pour les JO 2008 après les Jeux africains 2007. « Je n’étais même pas au courant que je devais aller à Pékin, explique-t-il. C’est deux semaines avant les Jeux que je l’ai su. Ça restera un truc inoubliable. J’ai vu des rameurs de haut niveau. » Le Camerounais finit 27e en skiff toute catégorie, un résultat inespéré vu le désert ouest et centre-africain en aviron.

La motivation de Paul Etia Ndoumbé redouble alors et les succès suivent avec notamment des titres de champion d’Afrique 2009 sur 500 et 1000 mètres. Mais le rameur s’entraîne toujours sans encadrement et matériel dignes de ce nom.

Direction Rouen

C’est alors que la proposition tombe : s’entraîner en France grâce à une bourse fournie par le Comité international olympique. Paul Etia Ndoumbé n’hésite pas et débarque à Rouen, dans un club au riche palmarès, en juin 2011 grâce au programme « Tremplin pour les Jeux », en Seine-Maritime.

Son entraîneur au Cnar, Antoine Beltramello, se souvient bien de son arrivée : « Avant ça, on l’avait vu une seule fois en photo sur Internet. Tous les rameurs ont été un peu amusés de voir un rameur camerounais nous rejoindre. Ça a créé du dialogue. Paul s’est bien intégré et il est devenu une attraction au Cnar. » L’intéressé confirme : « J’ai trouvé des amis ici. Je passe tout mon temps au club. Je m’amuse avec tout le monde. »

L’ancien nageur du Wouri travaille surtout dur, gagne dix secondes au chrono sur 2000 mètres et valide son billet pour Londres lors des Régates d’Alexandrie, en novembre 2011 : « Depuis que je suis en France, les choses ont bien bougé, assure-t-il. Mon résultat en Egypte le confirme. La manière que j’ai de ramer n’a rien à voir avec celle de 2008. » Un constat partagé par Antoine Beltramello : « En arrivant, Paul avait déjà les qualités physiques mais il fallait améliorer sa technique. Il n’était pas guidé au Cameroun lors des séances sur l'eau. [...] S’il avait participé aux qualifications africaines avec son ancienne technique, on n’est pas sûr qu’il aurait décroché de la même manière sa place aux Jeux. »

Imiter Benjamin Boukpéti

Paul Etia Ndoumbé se sent aujourd’hui prêt pour les JO 2012. Il vise le top 15, voire plus, sait-on jamais : « Remporter une médaille olympique, je sais que c’est beaucoup demander mais ce serait mon rêve. Ne serait-ce que la médaille de bronze. »

Le Camerounais Paul Etia Ndoumbé range son skiff dans un hangar après l'entraînement.
Le Camerounais Paul Etia Ndoumbé range son skiff dans un hangar après l'entraînement. RFI/David Kalfa

Le rameur aimerait ainsi imiter le Togolais Benjamin Boukpéti, médaillé de bronze à Pékin. « Il a fait quelque chose d’incroyable en kayak, souligne le Camerounais. On n’avait jamais entendu parler d’un Africain rapportant des médailles dans cette discipline ».

Le natif de Douala sourit. Il sait que sa participation aux JO 2008 avait déjà suscité des vocations dans son pays : « Mon objectif est de développer l’aviron au Cameroun et aussi en Afrique de l’Ouest. Il n’y a pas beaucoup de rameurs dans la sous-région. » Paul Etia Ndoumbé ferait sans doute un très beau porte-drapeau à Londres. A défaut, il ramera très fort pour son pays. 

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