SKI ALPIN / Disparition

Emile Allais, le « père » du ski alpin, s’est éteint

Emile Allais, le 13 janvier 2010, à Megève (France).
Emile Allais, le 13 janvier 2010, à Megève (France). AFP / PHILIPPE DESMAZES

Premier champion du monde français de ski alpin, créateur de stations de ski (dans le monde entier), inventeur de skis, Gilles Allais est aussi celui qui révolutionna la méthode pour skier. A 100 ans, l’un des plus grands personnages de ce sport s’est éteint ce mercredi 17 octobre, à Sallanches (Alpes-françaises).

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C’est le 25 février 1912 à Megève que nait l’un des personnages les plus importants du ski moderne et français. Emile Allais va être à l’origine de l’essor d’un sport qui, en 1924, n’était pas encore une discipline aux Jeux olympiques d’hiver. En 1930, alors âgé de 17 ans, ce fils de boulanger, qui excellait dans tous les sports qu’il pratiquait (patinage, hockey sur glace, cyclisme, natation ou encore saut à la perche) se décide finalement pour le ski. Une décision qui modifiera à jamais ce sport qui, à cette époque là, n’était réservé qu’à une élite qui le pratiquait avec des moyens sommaires.

Premier médaillé olympique du ski français

En 1937, Emile Allais remporte les trois titres en jeu lors des championnats du monde organisés à Chamonix. Le skieur de Megève s’était déjà fait connaître des spécialistes un an auparavant, lors des Jeux olympiques de Garmish-Partenkirchen (où pour la première fois le ski alpin a fait son apparition) : il avait obtenu la première médaille olympique du ski française (médaille de bronze en combiné slalom-descente).

1937, année charnière pour Allais. Après ces titres mondiaux, il crée l’Ecole de Ski française dont il sera le premier moniteur. Il développe à ce moment-là la première méthode pour enseigner cette discipline.

Un « révolutionnaire » dans un sport d’élite

Malgré ses nombreuses occupations, le métronome du ski français continue la compétition. Mais en 1939, lors des Mondiaux organisés en Pologne, à Zakopane, Emile Allais se brise la cheville et décide de mettre un terme à sa carrière. Son palmarès, en seulement trois ans de compétition est impressionnant pour l’époque : bronze aux Jeux de 1936, il compte également 4 médailles d’or et 4 d’argent en championnats du monde. Il décide de se concentrer sur le développement de ce sport. Infrastructures, matériels, méthode d’enseignement (avec le livre « Ski français » paru la même année), tout y passe.

S’est ainsi qu’on doit à Emile Allais les fuseaux de ski, les lunettes de soleil pour la montagne, les fixations ou encore les nombreuses améliorations en matière de fabrication de ski. Avec Rossignol, sa marque de toujours, Emile Allais est également à l’origine des premiers skis métalliques en France (mis au point par l’américain Howard Head) : le modèle Allais 60, avec lesquels Jean Vuarnet s’illustra aux Jeux de Sqaw Valley en 1960 (avec une médaille d’or en descente).

A l’origine de l’essor mondial du ski

Mais son empreinte dans le ski alpin ne se résume pas qu’à ces apports technologiques. Ce grand monsieur est également à l’origine des pisteurs, des damages mécaniques. Il a participé à l’essor de nombreuses stations de ski françaises (Méribel, Courchevel ou encore Flaine par exemple) et est à l’origine de nombreuses autres à l’étranger où il était parti pour enseigner le ski. Aux Etats-Unis (avec entre autre Sun Valley et Squaw Valley), au Canada, au Chili (Portillo où se déroulèrent les Mondiaux de 1966).

« J’ai eu de la chance d’être là au début. Il y avait tout à inventer… » déclarait-il dans les colonnes de l’Equipe magazine, qui lui avait consacré un numéro spécial à l’occasion de ses 100 ans. Modeste sur sa contribution pour l’essor de ce sport, l’annonce de son décès et les témoignages qui ont suivi démontrent à quel point l’empreinte qu’il aura laissée est indélébile. « C’était un peu notre père à tous dans le ski de compétition. (…) Mais il était plus que cela. C’était un personnage incontournable (…). C’était un visionnaire qui a contribué à façonner notre sport à une époque où tout était à construire », a déclaré le président de la Fédération française de ski, Michel Vion.

Emile Allais a quitté définitivement la piste mercredi 17 octobre, à Sallanches (Haute-Savoie), où il était hospitalisé depuis une semaine suite à un malaise. Le monde du ski est en deuil. Pour Jean-Claude Killy (un des plus grands skieurs français), c’est le père du ski qui est parti. Un père « admiré et respecté par tous ».

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