Rugby / France-Argentine

Felipe Contepomi: «on est au niveau des équipes européennes»

Felipe Contepomi, lors de la Coupe du monde 2011 de rugby.
Felipe Contepomi, lors de la Coupe du monde 2011 de rugby. © Reuters

L‘ancien capitaine de la sélection argentine de rugby, Felipe Contepomi (75 sélections), qui détient le record de points inscrits pour les Pumas (613 points), revient sur la réussite du rugby argentin. Pour le demi d’ouverture, qui manquera le match face à la France, samedi 17 novembre, suite à sa blessure aux ligaments du genou droit (qui le tiendra éloigné des terrains pendant 4 mois), les Pumas sont en train de franchir un pallier. Entretien.

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Les Pumas argentins ont réalisé une très belle prestation face au Pays de Galles, à Cardiff, samedi 10 novembre. L’Argentine s’est imposée 26 à 12 face à l’équipe qui a remporté le dernier tournoi des 6 Nations. Felipe Contepomi, qui retrouvait ses coéquipiers après avoir manqué le 4 Nations, s’est blessé à la 21e minute. Malgré sa sortie prématurée, ce demi d’ouverture de 35 ans à suffisamment de vécu pour analyser les progrès des Pumas.

RFI: Comment expliquez-vous cette performance face au Pays de Galles?

Felipe Contepomi : Je crois qu’on a fait un très bon match, on a saisi les opportunités qu’on a eues. On a été solides en défense, avec une bonne conquête et on a été patients. En deuxième mi-temps, on a continué sur cette dynamique, tout en augmentant la vitesse, ce qui nous a permis de marquer deux essais.

Les Pumas sont-ils en train de tirer les bénéfices du 4 Nations (aussi appelé Championship) qu’ils ont disputé l’été dernier (un tournoi qu’il n’a pas pu disputer suite à une blessure)?

Bien sûr ! C’est simple, avant ce tournoi on ne passait que six semaines ensemble durant l’année : trois semaines et juin et trois autres au mois de novembre. Cette année, grâce au 4 Nations, l’équipe a passé trois mois réunie. Lorsqu’on s’est retrouvé lundi (le 5 novembre) pour préparer le match contre les Gallois, on ne partait pas de zéro. Quand on travaille trois semaines ensemble, on a seulement le temps de travailler des petites choses : la défense, la conquête. Par contre, quand on a trois mois pour travailler, on peut améliorer le jeu offensif, les automatismes, ce qui rend l’équipe plus dangereuse. Avant, on comptait sur des exploits individuels. Maintenant, on développe plus un jeu d’équipe, il y a des automatismes qui se sont créés, des combinaisons.

Cela veut dire que l’Argentine a trouvé une identité de jeu qu’elle n’avait pas ?

Je crois que lors des deux dernières Coupes du monde, on a montré ce que l’on pouvait faire lorsqu’on s’entraînait pendant trois mois ensemble. Maintenant, ce sera le cas chaque année. Du coup, cette identité de jeu va se développer. Ce que l’on cherche, c’est avant tout s’améliorer dans le domaine offensif. Lorsque Graham Henry est arrivé (actuel sélectionneur de l’Argentine et ancien sélectionneur des All-Blacks avec qui il a remporté 5 fois le Tri-nations, ainsi que la Coupe du monde 2011), il nous a dit que si on attaquait avec la même intensité et la même assurance que lorsqu’on défend, on pourrait rivaliser avec les meilleures équipes du monde. On essaye donc de changer cette mentalité : d’être plus agressif en attaque, de continuer à travailler en défense et d’améliorer la conquête du ballon pour être plus compétitifs contre les autres sélections.

Aujourd’hui, où situeriez-vous le niveau des Pumas par rapport aux autres grandes nations ?

On est au niveau des équipes européennes. Un peu en-dessous du niveau des équipes de l’hémisphère sud. Mais on a montré qu’on pouvait faire de bons résultats contre n’importe quelle équipe. Par contre, il faut qu’on trouve une certaine continuité dans nos performances. Le « Championship » doit permettre à l’Argentine, dans 5 ou 6 ans, d’être compétitif dans un tournoi et pas seulement de réussir un bon résultat.

Justement, lors de ce « Championship », le public argentin était très présent. Est-ce que vous pensez que ce sport peut concurrencer à terme le football, le sport roi dans votre pays ?

Non, jamais ! Le rugby, c’est un sport en Argentine. Mais le football, c’est une religion ! Ça ne changera jamais. Par contre, le rugby peut redevenir le deuxième sport du pays (actuellement le basket et le tennis restent, après le football, les sports les plus pratiqués et les plus populaires). C’est un sport qui commence à être de plus en plus populaire et qui peut parfaitement retrouver cette deuxième place.

La Fédération argentine va-t-elle investir un peu plus pour essayer de profiter de cet élan ?

On a une fédération qui lutte pour faire évoluer les mentalités dans le rugby argentin, qui pousse pour plus de professionnalisme. Par contre, il faut être réaliste : on ne peut pas avoir de championnat professionnel de club en Argentine. Cette année est une année de transition. Peut-être qu’en 2015, lorsque les droits télévisés du Super 15 seront renégociés (championnat regroupant 15 équipes australiennes, néo-zélandaises et sud-africaines), une ou deux équipes argentines pourront faire leur apparition dans cette compétition. Mais pour l’instant, la Fédération fait ce qu’elle peut pour donner aux Pumas les meilleures chances de progresser au niveau international. C’est également le cas pour le Seven (rugby à 7 qui sera aux Jeux Olympiques de 2016). La structure professionnelle est nettement plus développée qu’il y a deux ou trois ans.
 

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