Cyclisme / Dopage

L'Américain Greg LeMond se pose en rénovateur du cyclisme mondial

Greg LeMond en 1990 sur le Tour de France. Aujourd'hui, l'Américain part en croisade pour sauver son sport.
Greg LeMond en 1990 sur le Tour de France. Aujourd'hui, l'Américain part en croisade pour sauver son sport. AFP PHOTO

L’affaire Armstrong n’a pas fini de faire des vagues. L'ancien champion américain Greg LeMond s'est déclaré prêt à assurer l'intérim à la tête de l'Union cycliste internationale (UCI). Depuis le chute de Lance Armstrong, l'actuel président Pat McQuaid, très critiqué, est appelé à présenter sa démission. Des appels qui émanent notamment de l’association « Change cycling now » (changer le cyclisme maintenant) qui invite même à signer une pétition en ligne.

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Plusieurs semaines après le séisme de l’affaire Armstrong, le cyclisme mondial est-il en train de faire sa révolution ? Le vélo a subi une déflagration sans précédent lorsque Lance Armstrong a été suspendu à vie et déchu de ses sept victoires dans le Tour de France. Depuis, des voix se sont élevées pour tenter de reconstruire les fondations de ce sport.

« Change cycling now » souhaite réformer le cyclisme

C’est notamment le cas de l’association « Change cycling now » (CCN), un groupe de pression international qui souhaite réformer la gouvernance du cyclisme mondial. Il a reçu le renfort de plusieurs personnalités, dont celle de Greg LeMond, triple vainqueur du Tour de France. CCN a clairement mis en cause les dirigeants de l'Union cycliste internationale (UCI) : Pat MacQuaid, le président et Hein Verbruggen, l’ancien président (aujourd’hui président d’honneur de la Fédération internationale).

CCN souhaite que Greg LeMond se présente à la présidence de l’UCI. Pourtant, l’homme affirme vouloir participer à la sauvegarde de son sport sans forcément être animé d’ambitions présidentielles. A 51 ans, Greg LeMond reste désormais le seul Américain à avoir son nom au palmarès du Tour de France depuis la chute de Lance Armstrong, son plus farouche adversaire.

« Change cycling now », qui a présenté officiellement ses membres le mardi 4 décembre à Londres, est une association présidée par Jaimie Fuller, patron australien de la société Skins, équipementier sportif impliqué dans le cyclisme depuis plusieurs années. Elle est composée d’une douzaine de membres dont deux Français : Eric Boyer, ancien manager de l’équipe Cofidis et Antoine Vayer, ancien entraîneur de la défunte équipe Festina. L'équipe française avait suscité un premier séisme en 1998, alors que le grand public découvrait les ravages de l’EPO.

« L’Union cycliste internationale ne représente plus rien »

Pour Antoine Vayer, cette association représente « des gens d’opinion et non des opportunistes ». « Ce qui me paraît essentiel, c’est de dire que l’UCI ne représente plus rien. Tant que ces gens-là seront présent, nous ne pourrons rien faire (McQuaid et Verbruggen, ndlr) », déclare Antoine Vayer à RFI.

« Si nous voulons redonner confiance au public et aux sponsors, il faut agir vite et fort. Sinon, le cyclisme va mourir. C'est quand même curieux que Pat McQuaid ait dû attendre l'affaire Armstrong et le rapport de l'Usada [l'agence américaine antidopage] pour décider enfin de créer une commission d'enquête, alors qu'avec Hein Verbruggen [son prédécesseur], ils n'ont eu de cesse d'attaquer ceux qui avaient des éléments de preuve de la culpabilité d'Armstrong », indique Greg LeMond dans un entretien accordé au journal Le Monde.

De son côté, Eric Boyer confirme les propos de Greg LeMond dans les colonnes du quotidien sportif L’Equipe. « Maintenant, il faut y aller, il faut agir. Il faut se présenter devant les électeurs. Hein Verbruggen et Pat MacQuaid ont failli à leur mission ». L’ancien manager de l’équipe Cofidis explique : « On va prendre notre bâton de pèlerin et partir en campagne en présentant une politique, une stratégie basée sur le sportif, l’éthique et l’équité. »

« Une révolution avec des solutions »

Changer la tête de l’instance mondiale du cyclisme paraît essentiel aux yeux de CCN. « C’est important pour la crédibilité de ce mouvement. Pour ce faire, CCN a décidé de faire signer une pétition pour une motion de défiance et espère que les présidents de fédération signeront », explique Antoine Vayer. « C’est important pour le vélo, il faut des changements. Mais c’est une révolution avec des solutions. »

Comme première solution, CCN pense qu’il est nécessaire de créer des commissions indépendantes de l’UCI pour le contrôle des coureurs. Autre proposition, libérer la parole avec la création d’une commission indépendante : « vérité et réconciliation ». « Tout le monde doit dire ce qu’il a vu. Je parle de tous les acteurs, y compris les journalistes ou les médecins. C’est de cette façon que l’on a combattu les mafias », lance Antoine Vayer.

L’ancien champion du monde italien, Giani Bugno, actuel président de l’association des cyclistes professionnels, devrait répercuter cette proposition aux coureurs en activité. « Il faut rendre la crédibilité aux coureurs et faire bouger l’establishment de l’UCI. Nous sommes tous des amoureux du vélo », conclut Antoine Vayer. Les prochaines élections pour la présidence de l’Union cycliste internationale auront lieu en septembre 2013.

La position de l’Union cycliste internationale

Face aux nombreuses critiques, l’UCI a mis en place une commission d’enquête indépendante chargée de faire la lumière sur les accusations dont elle fait l'objet (mise en cause par le rapport de l’agence antidopage américaine (Usada), qui l’accuse notamment d’avoir couvert les agissements de Lance Armstrong). Elle est présidée par Sir Philipp Otton, ancien juge à la cour d’appel d’Angleterre et du Pays de Galles. Il sera assisté de la multiple championne paralympique d'athlétisme britannique, la baronne Tanni Grey-Thomson et de l'avocat australien Malcolm Holmes. Cette commission tiendra des audiences entre le 9 et le 26 avril 2013, et devra remettre son rapport à l'UCI au plus tard le 1er juin. Les professionnels du cyclisme sont aussi invités à témoigner sous couvert d’anonymat. La commission, sur son site internet, propose à toute personne disposant d’informations ou de documents, de les envoyer, par mail ou par voie postale.

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