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cyclisme / dopage

Lance Armstrong : la suite de son interview laisse planer quelques doutes

Foto de archivo de Lance Armstrong.
Foto de archivo de Lance Armstrong. ©Reuters.
Texte par : Genc Burimi
7 mn

L'ancien cycliste Lance Armstrong a poursuivi sa confession sur la télévision américaine dans la seconde partie de son interview diffusée dans la nuit de vendredi à samedi 19 janvier. Il cache mal sa forte déception d’être suspendu à vie de toute compétition sportive, même si les faits avoués sont extrêmement graves. On y apprend que Lance Armstrong s'était dopé à chacun des Tours de France dont il est sorti vainqueur (sept fois). Mais Armstrong est resté bouche cousue sur le fonctionnement de son système de dopage.

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La seconde partie de l’interview de Lance Armstrong avec la vedette de la télévision américaine Oprah Winfre a duré deux heures. C’est un homme volontairement plus ému qui s’est exprimé cette fois, par contraste avec sa première interview au ton légèrement hautain et détaché.

Des émotions certes …

Lance Armstrong n’a pas hésité cette fois à verser dans l’intime, dans l’espoir de montrer qu’il n’est pas le robot insensible dépeint par les médias après sa première interview. Extrait : « Quand tout a commencé (les révélations sur le dopage) j'ai vu mon fils (âgé de 13 ans) me défendre : "ce que tu dis sur mon père n'est pas vrai". Là, j'ai su qu'il fallait que je lui dise. Je lui ai dit: "Je veux que tu saches que c'est vrai. Ne me défends plus". Il m'a répondu: "tu sais, je t'aime. Tu es mon père, ça ne changera pas ça.

Conclusion pour Armstrong : «J'ai honte de ce que j'ai fait. C'est une sale affaire. Des remords ? Absolument. »

Mais l’ancien coureur de l’US Postal juge disproportionnée la sanction de la radiation à vie de toute compétition sportive, qu’il compare à la peine de mort . « Je pense que je mérite (de pouvoir reprendre la compétition). Je mérite d'être puni, mais je ne pense pas mériter la peine de mort », a-t-il dit. Son rêve serait de courir le Marathon de Chicago quand il aura 50 ans.

Toujours dans le registre de l’émotion, une autre chose a, semble-t-il, fait très mal à Armstrong : la perte de sa Fondation de lutte contre le cancer. « De tout ce qui m'est arrivé ces derniers temps, cela a été le moment le plus pénible, confie-t-il. La Fondation était comme mon sixième enfant, ça m'a fait très mal », ajoute le Texan, sans oublier au passage d’indiquer la perte financière après le départ des sponsors : « le jour où tous mes sponsors m'ont quitté, ce sont 75 millions de dollars qui sont partis en fumée ».

De nombreuses interrogations aussi

La directrice de l'Agence espagnole antidopage (AEA) Ana Munoz Merino a été plus qu’outrée après les révélations de Lance Armstrong. Ce samedi 19 janvier, elle a publié en Espagne une tribune incendiaire dans le quotidien El Pais, en le traitant d'« orgueilleux, faux et manipulateur ». En fait, ce qui dérange après visionnage de l’interview dans son ensemble, c’est l’absence de transparence. L'Américain s’est abstenu de dévoiler le système du dopage qu’il avait mis en place.

«Je trouve qu'Armstrong en a plus caché qu'il n'en a dit. En définitive, il ne dit que ce qui l'intéresse, il cache tout ce qui peut le desservir, il calcule la vérité qu'il révèle et espère seulement que le public lui pardonne en pensant qu'il a été victime d'autres personnes », écrit la haute responsable de l'Agence antidopage espagnole.

Et pourtant, la question lui a clairement été posée durant l’interview : le fonctionnement de son programme de dopage. Le Texan a coupé court : « Nous aurions besoin de beaucoup de temps ». Il a préféré tout faire porter sur lui plutôt que de « balancer » ses complices, se refusant même à commenter le rôle de son préparateur, le fameux médecin Michele Ferrari, pourtant impliqué dans d'autres affaires de dopage. « Je ne suis pas confortable à l'idée de parler des autres », a évacué la question Armstrong.

« Je ne veux accuser personne d'autre. Ce sont mes décisions, mes erreurs. Il y a des gens qu'il ne faut pas diaboliser dans cette histoire. Michele Ferrari est un homme bien », a déclaré le Texan. Il n’a pas pu toutefois nier qu’il y avait bien eu un homme en moto, « motoman », qui lui livrait les produits illicites à chaque étape du Tour de France 1999.

D’ailleurs, lors de ce Tour, le premier qu'il a remporté, Armstrong avait bien été contrôlé positif aux corticoïdes. Il a dit dans l’interview qu’il s’en était bien tiré en faisant antidater les ordonnances médicales. Il rajoute qu’il a aussi été aidé par le fait qu’il n'y avait pas de contrôle anti-dopage en dehors des compétitions jusqu'en 2005.

« Le dopage équitable »

Cela étant dit, Lance Armstrong ne pense même pas qu’il trichait. Pour deux raisons. Selon lui, tout ce qu’il consommait - de l'EPO, des corticoïdes, de la testostérone, des hormones de croissance, jusqu’aux transfusions sanguines -, lui permettait de lutter contre le cancer qui lui avait valu l’ablation d'un testicule. Ensuite, selon Armstrong, ce type de dopage était courant et tout aussi normal que de «gonfler ses pneus» avant une course.

Il n’avait donc pas le sentiment de tricher dans la mesure où il a pris, dit-il dans l’interview, strictement ce que les autres coureurs ont pris. Armstrong parle même dans ce cas, un brin cynique, de « dopage équitable ». Si l’on veut en apprendre plus, Armstrong semble poser ses conditions. Il acceptera d’entrer dans les détails, lorsque tous les protagonistes parleront dans un grand moment de « vérité et réconciliation» selon lui. Une façon pour l’Américain de dire que toute la profession, pour laquelle le dopage fut une culture à une époque, doit un jour laver le linge sale en public.

Quand s'est-il vraiment dopé ?

Le dernier grand point d'interrogation demeure. A quel moment Armstrong a-t-il touché aux produits dopants ? Avant ou après le développement de son cancer en 1996 ? Il s’agit de la pierre angulaire de son argumentaire, car tout au long de l’interview, il a justifié la prise des produits dopants pour combattre le cancer.

La journaliste lui a bien rappelé durant l’interview le témoignage étrange d’un couple (les époux Andreu) qui l’aurait entendu en 1996 dans un hôpital d'Indianapolis dire à ses médecins qu’il se dopait avant son traitement pour le cancer. Mais Armstrong n’a pas voulu en dire plus, coupant net : « Je passe sur cette question ».

Ce qui pousse Munoz Merino, la directrice de l'Agence espagnole anti-dopage, à tirer cette conclusion dans son article : «Etrangement, il n'accepte même pas que l'on puisse lui demander s'il est vrai qu'il avait reconnu avoir déjà pris de l'EPO et de la testostérone, quand on lui a détecté un cancer d'un testicule. S'il l'admettait, l'argument justifiant sa conduite s'effondrerait. »

Bref, après dix ans de mensonges, Armstrong a avoué. Mais au final, il ne s’est pas vraiment excusé, allant même jusqu’à se trouver des excuses. Le croira-t-on ? Le pardonnera-t-on ? Bien-sûr que non, et il en est conscient quand il dit : «je suis prêt à passer le temps qu'il faudra pour faire amende honorable, sachant très bien que je ne convaincrai pas grand monde ». Il sera au moins à l’abri de difficultés financières, même s’il devra rembourser les primes touchées indûment. Sa fortune faite grâce au sport oscillerait entre 100 et 125 millions de dollars. Une consolation pas si mauvaise !

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