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Cyclisme / Dopage

Travis Tygart : « Nous avons tous une responsabilité »

Travis Tygart, le patron de l'agence anti-dopage américaine (Usada) à Rio de Janeiro, le 11 mars 2013.
Travis Tygart, le patron de l'agence anti-dopage américaine (Usada) à Rio de Janeiro, le 11 mars 2013. Photo by Buda Mendes/Getty Images For Laureus
6 mn

L’homme qui a fait tomber Lance Armstrong, Travis Tygart, le directeur de l'Agence américaine antidopage (USADA), était présent lors des Laureus Awards à Rio de Janeiro ce 11 mars. Il a donné, en compagnie, entre autres, du sportif américain Edwin Moses, une conférence de presse sur le dopage. RFI l’a rencontré à cette occasion. L’avocat américain explique ce qu’il attend désormais du cyclisme.

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Entretien réalisé à Rio de Janeiro,

RFI : Qu’attendez-vous du prochain Tour de France en matière de lutte anti-dopage ?

Travis Tygart : J’espère que l’Agence française anti-dopage (AFLD) mènera un vaste programme avant la compétition et pendant la course. Bien sûr, c’est une décision qui viendra de l’Union cycliste internationale (UCI). Mais nous avons poussé pour la mise en place d’un programme qui soit indépendant des fédérations sportives, pour le Tour de France ou encore le Tour de Californie, aux Etats-Unis.

Que pensez-vous de la lutte anti-dopage au quotidien ?

Je pense que les fédérations sportives devraient être plus impliquées. C’est la pagaille, c’est sale, le dopage est un business très difficile à combattre. Les fédérations devraient se reposer sur les agences anti-dopage indépendantes qui existent autour du monde. La France en a une très forte (AFLD). Pierre Bordry*, à son époque, avait fait un très bon travail. L’AFLD est une agence indépendante du gouvernement, indépendante du monde du sport. Je pense qu’ils doivent se reposer sur ces entités pour avoir le programme le plus efficient et un jugement plus équilibré.

Est-ce que soutenez Greg Lemond** dans son combat contre l’UCI et ses dirigeants ?

Nous avons été les témoins d’une sorte de « printemps du peloton », un peu comme le « printemps arabe ». On a vu des gens de culture sportive s’élever pour réclamer ce qui est le mieux pour le sport. C’est ce que l’on voit aujourd’hui dans le cyclisme et au sein d’autres groupes. Mais au bout du compte, c’est au monde du cyclisme et aux sponsors de s’assurer que ce sport est propre. Il faut que tout le monde lutte pour protéger et sensibiliser les athlètes. Il ne sera pas facile de se débarrasser du dopage, mais cela étant dit, nous avons vu à l’intérieur du monde sportif des mouvements s’élever dans ce sens. Et je crois que sa voix a été aujourd’hui entendue.

Est-ce que les dirigeants actuels de l’UCI doivent démissionner ?

Ce n’est pas à nous de le décider. Mais ce qui est certain, c’est que l’on a besoin de dirigeants courageux, intrépides, qui fassent des efforts maintenant, pour s’assurer que ces affaires de dopage n’arrivent plus. Je ne sais pas si cela se fera, mais c’est ce qu’il faut pour sauvegarder l’intégrité du sport et du cyclisme en particulier.

Est-ce normal selon vous qu’un ancien coureur contrôlé positif dans le passé soit impliqué dans une équipe ?

Imaginez que vous vous êtes dopé dans le passé, que vous ayez été attrapé ou pas, et que vous ayez eu du succès en vous dopant. Que maintenant vous êtes manager ou impliqué dans une équipe. Imaginer alors que vous arrêtiez le dopage, si c’est la seule manière dont vous avez gagné, est très faible. C’est pour cela que nous en appelons à un processus limité de « vérité et réconciliation », pour faire disparaître cette culture de dopage. Il faut se débarrasser de tous ceux qui ont été impliqués dans le passé et les mettre face à leurs responsabilités en vue de faire avancer ce sport. Nous devons faire en sorte que le cyclisme retrouve de la sérénité.

Les médias sont aussi responsables de cette situation...

Nous avons tous une responsabilité. Les fans de sports, les médias, les organisateurs, les autorités anti-dopage. On ne peut pas se contenter de rester sur le côté et juste accepter. Mais ce serait aussi injuste de juger quelqu’un à priori, sans preuve. Et bien sûr le camp d’Armstrong était très fort : dénégations, poursuites judiciaires, menaces, utilisation des contacts au sein des médias pour manipuler la vérité. Nous espérons que nous serons désormais plus sur nos gardes, que nous nous assurerons que la véritable compétition gagne à la fin. Et qu’elle n’est pas corrompue par ce type de forces. Ce n’était pas un combat facile.

Que peut-on attendre de la nouvelle génération de coureurs ?

Nous avons parlé avec beaucoup d’entre eux. Et ce qu’ils disent, c’est « merci ». Aujourd’hui, il semble qu’il y ait moins de pression pour eux. Les affaires que l’on a découvertes ont fait qu’il y a moins de chance que l’on continue à aller vers un système de dopage institutionnalisé comme dans le passé. Vu que tout le monde avait recours au dopage, on peut comprendre combien il était difficile pour les jeunes athlètes de résister à la tentation. J’espère que cela leur donne de l’espoir et qu’ils sont maintenant confiants dans la lutte contre le dopage et toute forme de tricherie.

Comment êtes-vous désormais perçu aux Etats-Unis ? Vous aviez été victime de menaces de mort durant l’affaire Armstrong.

C’est du passé. Aujourd’hui, je reçois des lettres et des messages de soutien. Des gens m’arrêtent dans la rue pour me remercier. Cela a été difficile mais salutaire pour le cyclisme. J'espère que cela aidera ce sport à prendre un nouveau départ.


*Pierre Bordry est l'ancien président de l'Agence française de lutte contre le dopage. En 2010, il a démissionné pour dénoncer le manque de moyens. Pierre Bordry a raconté au journal Le Monde qu'un jour, Armstrong s'est vanté d'avoir demandé « sa tête au président de la République », Nicolas Sarkozy.
**Greg Lemond, seul Américain à avoir remporté le Tour de France (après la destitution des sept titres de Lance Armstrong, a déclaré au quotidien français Le Monde être prêt à se porter candidat à la tête de l’UCI.

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