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Didier Deschamps: «Je suis exigeant envers moi-même»

Didier Deschamps, le sélectionneur de l'équipe de France.
Didier Deschamps, le sélectionneur de l'équipe de France. REUTERS/Gonzalo Fuentes

Didier Deschamps a accordé un long entretien à RFI, dont voici la première partie. Le sélectionneur des Bleus revient sur la situation de l’équipe de France, sa fonction d’entraîneur, l’évolution du football et ses souvenirs de champion du monde en 1998.

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RFI : Didier Deschamps, vous êtes arrivé à la tête des Bleus en juillet 2012. Quel bilan tirez-vous de ces premiers mois ?

Didier Deschamps : Le bilan, on le fera à la fin. Pour le moment, on est à mi-parcours (en éliminatoires du Mondial 2014). On a disputé 5 matches, dont la double confrontation avec l’Espagne. On a un total de 10 points. On est dans notre optique de se qualifier pour le Mondial. Pour cela, il y a deux possibilités : finir premiers ou passer par les barrages. Evidemment, après ce deuxième match contre l’Espagne et cette défaite, il y a une forme de logique. Il nous reste 3 matches et 9 points à prendre.

Cabaye, Matuidi et Pogba seront suspendus pour le prochain match des éliminatoires, face à la Géorgie. Est-ce que vous allez vous servir des deux prochains matches amicaux, en Uruguay (5 juin) et au Brésil (9 juin), pour tenter de nouvelles choses ?

Tenter, non. Mais d’autres joueurs seront là. Et puis il y aura un autre match au mois d’août (le 14, Ndlr) en Belgique pour préparer ceux du mois de septembre (en Géorgie le 6, puis Biélorussie-France le 10, Ndlr).

Va-t-on assister au retour de Jérémy Toulalan ? On ne parle plus beaucoup de lui.
Je ne suis pas là pour vous citer des noms, pas plus le sien qu’un autre… Il fait partie des joueurs qui ont une certaine expérience au niveau international, même s’il a connu, malheureusement pour lui, quelques blessures. C’est un joueur performant avec son club, Malaga.

Karim Benzema a été très critiqué. Les deux prochaines rencontres contre l’Uruguay et le Brésil seront-elles décisives pour lui ?

Non, il n’y aura pas de points en jeu. On va jouer en Uruguay et au Brésil. C’est une tournée face à des adversaires de haut niveau. Personne ne joue sa carrière ou sa place durant un match. Après, j’ai une notion par rapport au collectif. Des joueurs peuvent avoir des difficultés durant la saison.

Sentez-vous le public renouer avec cette équipe de France ?
(En 2010) Il y a eu une cassure très importante et un désamour de la part du public. C’est lié aux résultats et aux attitudes. On a besoin de soutien mais on ne peut pas tout régler. Je me souviens que quand j’étais joueur, avoir du soutien de l’ensemble des Français, c’était important. Même si le public français n’est pas un public passionné comme peut l’être celui au Brésil ou en Italie. Mais c’est plus lié aux résultats qu’on obtient sur le terrain.

Quand on parle du Brésil, qu’est-ce que ça représente pour vous ?

C’est un pays de football, au-delà du folklore. C’est un pays de passionnés. Une Coupe du monde, c’est une ambiance fabuleuse. Je ne veux pas dénigrer les autres pays organisateurs, mais une Coupe du monde au Brésil a forcément une saveur particulière. […] Ma mission, c’est qu’on soit là-bas en 2014.

Après votre titre de champion du monde en 1998, pensiez-vous être quinze années plus tard sélectionneur de l’équipe de France ?
J’étais loin d’imaginer ça et je profitais pleinement de ma carrière de joueur. C’est après que j’ai basculé, que j’ai dû prendre la décision de devenir entraîneur. Ce n’était qu’une possibilité, même si beaucoup de personnes me voyaient dans cette fonction. Ça aurait pu arriver avant, ça aurait pu ne pas arriver aussi… Je suis très heureux et très fier d’être sélectionneur de l’équipe de France. Je suis très attaché à ce maillot. L’équipe de France est la plus belle chose qui soit arrivée durant ma carrière professionnelle.

La pression est-elle plus forte quand on est le sélectionneur de l’équipe de France ou l’entraîneur de Marseille ?
Pour moi, ce n’est pas de la pression mais de l’adrénaline. Le plus important, c’est d’aller chercher le meilleur résultat possible. La seule grande différence, c’est qu’un entraîneur de club peut gagner plusieurs grands titres. Quand on est sélectionneur, on ne peut gagner que deux titres : la Coupe du monde et le Championnat d’Europe. Et c’est plus difficile car il n’y a qu’un seul pays vainqueur à chaque fois. Forcément, l’exigence est encore plus élevée. Mais ça ne change pas ma façon d’être. Je suis exigeant envers moi-même et avec les joueurs, tout en sachant qu’ils peuvent avoir des périodes difficiles.

Qu’est-ce qui a foncièrement changé dans le milieu du football entre 1998 et 2013 ?
Je ne veux pas comparer. Les choses évoluent, et pas que dans le football. Dans la vie de tous les jours aussi. Les mentalités ont évolué. Dans les médias aussi. Il y a une multiplication des médias. Certains n’étaient pas là quand j’étais joueur. Il faut s’adapter. Il y a du bon et du moins bon. Le football n’est que le reflet (de ces évolutions de la société, Ndlr). A partir du moment où le football est très médiatisé, il y a des sommes d’argent très importantes en jeu. C’est une cible plus facile dans le monde d’aujourd’hui.

Thierry Henry et David Trezeguet, les deux derniers champions du monde 1998 encore en activité, vivent peut-être leurs dernières saisons. Une page va bientôt se tourner avec leurs retraites. Repensez-vous parfois avec nostalgie à ces grands moments passés en Bleus ?

A un moment, le rideau tombe… Ce n’est pas évident parce que la plus belle vie, c’est celle de footballeur professionnel. Il y a une vie après qui est beaucoup plus longue. Tant qu’ils ont ce plaisir-là, qu’ils se sentent aptes, il faut qu’ils continuent le plus possible.

Repensez-vous souvent à 1998 ?

Non, je ne pense pas à ça tous les jours. Mais, comme j’évolue dans le monde normal, les gens m’en parlent souvent. S’il y a bien un moment où les gens se rappellent où ils étaient, c’est ce 12 juillet. Même s’ils n’étaient pas au stade ou devant leurs télévisions. Ils se rappellent où ils étaient, avec qui ils étaient. Ça reste une date historique.

La suite de l’entretien avec Didier Deschamps, ce jeudi 4 avril, sur rfi.fr.

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