Cyclisme

Tour de Turquie : Adam Yates, le triomphe du flegme britannique

Adam Yates a remporté la 6e étape du Tour de Turquie entre Bodrum et Selçuk, le 2 mai.
Adam Yates a remporté la 6e étape du Tour de Turquie entre Bodrum et Selçuk, le 2 mai. Tour of Turkey/Mario Stiehl
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Adam Yates vient à peine d’intégrer le peloton professionnel. Et à tout juste 21 ans, il est déjà dans le coup. En s'échappant à deux kilomètres de l'arrivée dans la 6e étape du Tour de Turquie, le Britannique a fait coup double : il a remporté l'étape et, en prenant une seconde d'avance sur l'Estonien Rein Taaramäe au classement général, s'est sans doute assuré la victoire finale. RFI l'a rencontré à la veille de son triomphe.

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De notre envoyé spécial en Turquie,

Après l’excentrique Bradley Wiggins, l’énigmatique Christopher Froome, l’égocentrique Mark Cavendish, voici le flegmatique Adam Yates. Ce petit grimpeur, né à Bury dans le Comté de Manchester, fait partie, avec son frère jumeau Simon, des meilleurs espoirs britanniques. Pour sa première année professionnelle au sein de l’équipe australienne Orica-GreenEdge, à 21 ans, il a déjà prouvé que l’on va devoir compter sur lui.

« Je ne pensais pas gagner aussi tôt dans ma carrière. C’est très spécial pour moi », a-t-il déclaré après avoir levé les bras pour la première fois de sa carrière chez les professionnels.

Adam Yates.
Adam Yates. Photo : Team Orica

En Turquie pour apprendre

En janvier, au Tour de San Luis (Argentine), Adam Yates a terminé sa première course professionnelle comme meilleur jeune à la onzième place. Dimanche 4 mai, il devrait logiquement s'imposer dans ce Tour de Turquie, si les deux dernières étapes de plat ne lui réservent pas de mauvaise surprise.

Pourtant, en 2011, la candidature d'Adam Yates avait été refusée par l'Academy Espoirs de la British Cycling. Il avait alors choisi de quitter le sol britannique pour passer trois années chez les amateurs en France. Il aurait pu choisir la Belgique, mais « les courses plates et le vent », ce n’était pas son truc.

D’apparence un peu nonchalante, ce néo-professionnel a la tête sur les épaules et les idées claires. « Je n’ai aucune pression de la part de mon équipe. Je suis jeune et ils me laissent tranquille. En fait, la pression, c’est moi qui me la mets tout seul », bafouille Adam Yates, avec son accent de Manchester si particulier, ce jeudi, alors qu'il n'est encore que deuxième du classement général. « L’équipe est heureuse pour moi. Mais que je fasse 2e ou 30e de ce Tour de Turquie, ça ne change rien. La première année, on est là pour apprendre. On doit gérer ses émotions », poursuit ce garçon qui a commencé le cyclisme sur piste à l’âge de neuf ans.

Sur ce 50e Tour de Turquie, Adam Yates est comme un poisson dans l’eau. Il se prête volontiers au jeu des autographes et a accepté toutes les sollicitations. Sa parole est libre et son directeur sportif, de peur que notre entretien s’éternise, se sent obligé de lui rappeler que le restaurant de l’hôtel ferme bientôt. Sourire gêné du jeune homme. « J’aime ce métier et cette liberté. Je n’imagine pas aller au bureau tous les jours entre 9 heures et 17 heures. J'ai un style de vie génial, c'est une chance. »

Adam Yates (g) lors du podium de l'arrivée de la troisième étape à Elmali, le 29 avril.
Adam Yates (g) lors du podium de l'arrivée de la troisième étape à Elmali, le 29 avril. Photo : Tour de Turquie

« Je vais tenter de gravir les marches une à une »

Pourtant, le métier de coureur cycliste impose des sacrifices énormes et une hygiène de vie irréprochable. « Je ne vois pas beaucoup mes amis. Je n'ai pas trop de temps pour moi. Mais je n’ai pas l’impression de sacrifier ma vie. » Sauf qu'Adam Yates a la chance d’avoir son frère jumeau dans la même équipe, et ça rassure. En 2013, les deux frangins étaient montés sur le podium du Tour de L’Avenir en France. Adam avait terminé deuxième, Simon troisième.

Adam Yates, fan du coureur espagnol Joaquim Rodriguez, qu’il admire pour ses accélérations dans les montées, veut se donner du temps. « Tu ne sais pas comment tu vas progresser et il ne faut surtout pas s’emballer. Je vais tenter de gravir les marches une à une », raconte en se grattant la barbichette celui qui ne supporte plus cette question qu'on lui pose à chaque interview : pourquoi ne pas avoir choisi l’équipe britannique Sky ? « Ils ont ce qu’il faut, je suis plus libre avec Orica-GreenEdge », marmonne Adam Yates.

En dehors du cyclisme, Adam Yates à une autre passion : Manchester United. Mais vu les résultats du club cette saison, il a bien du mal à s’étendre sur le sujet. On tente alors la question qui tue. Que pense-t-il de Marouane Fellaini, acheté plus de 30 millions d’euros et qui n'a pas convaincu ? « Il a une belle coupe de cheveux », reconnaît-il dans un éclat de rire. Depuis le limogeage de David Moyes, Fellaini n’est même plus sur le banc. Et Adam Yates le sait, dans le sport de haut niveau, le plus dur, c’est de durer. Avec cette victoire annoncée sur le Tour de Turquie, il aura au moins posé de bonnes bases.

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