Football / Mondial 2014

Costa Rica: les racines de la grande épopée des Ticos

Un supporter du Costa Rica pleure d'émotion après le succès face à la Grèce. Une image qui pourrait se répéter face aux Pays-Bas.
Un supporter du Costa Rica pleure d'émotion après le succès face à la Grèce. Une image qui pourrait se répéter face aux Pays-Bas. Reuters
Texte par : Alejandro Valente
7 mn

Seule véritable surprise des quarts de finale, l’équipe du Costa Rica n’est pas là par hasard. Les Ticos sont sortis en tête du « groupe de la mort » en battant l’Italie et l’Uruguay et en tenant en échec l’Angleterre, avant d’éliminer la Grèce aux tirs-au-but en huitièmes de finale. Retour sur la méthode qui leur a permis de devenir un acteur important dans le monde. Un exemple pour bien des pays qui rêvent d’en faire autant...

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Petit pays d’Amérique Centrale, le Costa Rica a souvent été comparé à la Suisse. Sa longue tradition démocratique dans une région habituée aux coups d’Etat et aux dictateurs en tout genre, avec un territoire à peine plus grand que les Pays-Bas, son adversaire du jour, sans armée et sans histoires, en font un cas à part.

Ses beautés naturelles, avec des plages sur les deux océans, l’Atlantique et le Pacifique, des volcans parmi les plus imposants du continent, ses parcs naturels et le respect de l’écologie en ont fait depuis des années une grande destination touristique. Les visiteurs sont charmés aussi par la gentillesse des habitants qui, lorsqu’on leur demande si ça va, répondent invariablement : « Pura vida » (de la pure vie)…

Une joie de vivre et une générosité que les Ticos retrouvent dans leur équipe nationale. Une sélection qui a conquis depuis une trentaine d’années une place parmi les grands de la Concacaf, la Confédération de football d’Amérique du Nord, Amérique Centrale et  Caraïbes. Une zone très hétérogène, où d’énormes nations comme les Etats-Unis, le Canada ou le Mexique côtoient un chapelet d’îles minuscules comme Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Sainte-Lucie ou Antigua-et-Barbuda, avec entre les deux, les pays centre-américains ou des Etats insulaires plus importants tels que Cuba, Haïti ou la République Dominicaine.

Moscou 80 : de l’amateurisme à l’état pur

Longtemps à la traîne d’autres pays de cette catégorie intermédiaire, comme le Honduras, le Salvador, Haïti ou Cuba, qui avaient découvert la Coupe du monde avant eux, les Ticos ont réussi un énorme saut qualitatif au tout début des années 1980 en accédant pour la première fois à un tournoi de dimension mondiale, les Jeux olympiques. A Moscou, les chroniques de l’époque pointaient l’amateurisme de la délégation, avec des joueurs arrivant en retard à l’aéroport, certains au bord de l’ébriété, prêtant à sourire avec leurs tenues dépareillées et leurs difficultés à s’habituer à la nourriture ou aux habitudes différentes de chez eux.

Quatre ans plus tard, à Los Angeles, les Ticos sont à nouveau au rendez-vous et s’ils sont toujours loin de pouvoir égaler les délégations importantes, ils réussissent tout de même à battre l’Italie. L’entraîneur espagnol Antonio Moyano Reina, un des artisans du passage du football costaricain de l’amateurisme au professionnalisme, tentait de corriger les travers les plus importants de ses joueurs, dont l’absence presque totale de discipline.
Son travail va porter ses fruits dans les années 1990. Profitant de la suspension du Mexique par la Fifa, l’équipe centre-américaine avait réussi à se qualifier pour la première de son histoire à la Coupe du monde devant se dérouler en Italie de la main d’Antonio Moyano Reina. Mais lassé par les conflits au sein de son équipe, l’entraîneur espagnol décide de s’écarter deux mois seulement avant le début de la compétition. Et il cherche lui-même son successeur, l’entraîneur yougoslave Bora Milutinovic.

Bora Milutinovic, faiseur de miracles

Ancien joueur globe-trotter, ayant porté entre autres les maillots de l’AS Monaco, Nice et Rouen avant de finir sa carrière aux Pumas de Mexico, où il avait fondé une famille, cet homme chaleureux et convaincant avait réussi depuis quelques années sa reconversion en entraîneur. C’est avec lui que le Mexique avait atteint les quarts de finale de « sa » Coupe du monde en 1986, également la meilleure performance de son histoire.

Avec quelques semaines seulement pour découvrir ses joueurs avant le départ vers l’Italie, Bora, s’appuyant sur le travail de son prédécesseur, écarte certaines fortes têtes, les remplaçant par des joueurs plus jeunes. Mais le niveau du groupe, composé du Brésil, de la Suède et de l’Ecosse, n’incite pas à l’optimisme au point que beaucoup se seraient contentés au pays d’éviter de faire le ridicule.

Logée dans un petit hôtel de la Riviera italienne, l’équipe costaricaine étonnait en Italie par sa modestie et sa discrétion. Elle allait pourtant réussir un énorme exploit dès son premier match, à Gênes, avec un succès sur l’Ecosse grâce à un but de Juan Cayasso. Quelques jours plus tard, les Costaricains tiennent tête au Brésil, qui ne l’emporte que 1 à 0. Puis, ils dominent la Suède (2-1) avec des buts de Roger Flores et Hernan Medford. Qualifiés pour les huitièmes de finale, les Ticos s’inclinent enfin lourdement face à la Tchécoslovaquie (1-4). Ce qui ne les empêche pas de rentrer au pays en héros. Comme Keylor Navas aujourd’hui, c’est le gardien Luis Gabelo Conejo qui s’impose comme la grande révélation de l’équipe.

Après le Mexique en 1986, cette performance va faire de Bora Milutinovic un des entraîneurs les plus prisés, ce qui lui permettra, quelques années plus tard, de devenir le seul entraîneur à avoir qualifié quatre pays différents pour une phase finale de Coupe du monde et à avoir dirigé cinq sélections différentes dans des Mondiaux (après le Mexique en 1986 et le Costa Rica en 1990, il y eut encore les Etats-Unis en 1994, le Nigeria en 1998 et la Chine en 2002).

Faire mieux que le Mexique et les Etats-Unis

Après cette première Coupe du monde, plus rien ne sera pareil non plus pour le football costaricain, qui disputera encore deux phases finales de Coupe du monde en 2002 et en 2006, s’imposant comme l’équipe la plus performante d’Amérique Centrale, juste derrière les deux géants régionaux que sont le Mexique et les Etats-Unis.

De nouvelles générations de footballeurs ont grandi dans des clubs de plus en plus professionnels et performants, les Deportivo Saprissa, Alajuelense ou Herediano, pour citer les plus connus. Des joueurs de plus en plus présents dans les grands championnats et de plus en plus convaincus que le travail et la générosité, ça paie. Les internationaux « ticos », qui faisaient rire il y a une trentaine d’années en débarquant tels des ploucs aux grandes compétitions, inspirent aujourd’hui le respect et l’admiration. Ils sont les seuls à pouvoir encore rivaliser avec les géants européens et sud-américains au Brésil. De la main d’un autre entraîneur sympathique, humble et abordable, le Colombien Jorge Luis Pinto, ils espèrent signer un autre énorme exploit samedi à Salvador face aux Pays-Bas…

La génération 2014 a déjà fait mieux que sa devancière de 1990, avec trois victoires et une place en quarts de finale. Et elle a la possibilité d’atteindre les demi-finales, performance jamais réussie par une équipe de la zone Concacaf depuis les Etats-Unis en 1930. Ce serait, assurément, de la « Pura vida » !
 

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