Football / Coupe du monde 2014

Entre Argentins et Brésiliens, une rivalité sans fin

Les Argentins vont défier le Brésil jusque chez lui... avec le concours involontaire de Diego Maradona.
Les Argentins vont défier le Brésil jusque chez lui... avec le concours involontaire de Diego Maradona. REUTERS/Ivan Alvarado

Malgré la défaite du Brésil face à l’Allemagne, qui a privé les deux géants sud-américains de l’explication dont ils rêvaient en finale de la Coupe du monde, la rivalité entre supporters argentins et brésiliens n’a pas cessé dans ce dernier week-end de compétition. Bien au contraire, ils semblent plus que jamais opposés, au grand étonnement des Allemands, qui bénéficient du coup du soutien d’une grande majorité des supporters brésiliens. Et quoi qu’il arrive, leur face-à-face centenaire va se poursuivre.

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Brésiliens et Argentins sont au moins d’accord sur un point : aucune rivalité dans le monde du football n’est comparable à la leur. Même si chacun a ses bêtes noires particulières – Anglais et Uruguayens pour les Argentins, Français et Italiens pour les Brésiliens -, le duel qui les oppose depuis un siècle est le plus important au monde. Une sorte de « clasico » des tribunes, avec son histoire, ses références, ses chants et ce mélange de haine et d’admiration qui les unit autant qu’il les sépare.

Au départ, rien ne prédisposait pourtant ces deux pays à devenir les meilleurs ennemis du monde. Développé bien plus tôt en Argentine et en Uruguay, le football s’est épanoui au début du vingtième siècle entre les rives du Rio de la Plata, créant une solide rivalité entre les deux voisins. Arrivé sur le tard, le Brésil n’a pas vraiment pesé au niveau continental jusqu’aux années 1930, où l’apparition du football professionnel et l’arrivée des coupes du monde vient changer la donne. D’ailleurs, le premier Mondial, organisé en Uruguay, s’achève sur une finale entre la Céleste et l’Argentine, sans que le Brésil ait son mot à dire…

Boycott argentin

Avant même la rivalité sportive, ce sont des rancœurs plus institutionnelles qui divisent Argentins et Brésiliens. Ainsi, lorsque Jules Rimet, le président français de la Fifa, décide de retirer l’organisation de la Coupe du monde 1938 à l’Argentine pour en faire bénéficier la France, craignant sans doute que la guerre qui approche ne porte bientôt un coup fatal à la compétition qu’il avait créée, les Argentins, qui boycottent aussitôt cette troisième édition du Mondial, n’apprécient guère que le Brésil, au lieu de se montrer solidaire, accepte d’aller joueur en France.

Après la guerre, l’Argentine se montre tout aussi vexée de voir le Brésil désigné par la Fifa pour organiser la quatrième édition alors qu’ils estimaient qu’elle leur revenait. Bien que qualifiés d’office, ils refusent encore d’y participer et prolongent même leur boycott à l’édition suivante. Un ostracisme qui permet à leurs voisins uruguayens et brésiliens, d’engranger de l’expérience et du prestige international. L’Argentine en paiera le prix fort au Mondial 1958, lorsque pour son grand retour, 24 ans après sa dernière participation, elle se fait étriller par la Tchécoslovaquie (6-1). Son amertume sera d’autant plus grande que le Brésil, de la main de Pelé, remporte en Suède sa première Coupe du monde.

Impuissants à rivaliser avec le Brésil tout au long des années 60, les Argentins devront attendre le Mundial 78 organisé sur leur sol pour prendre enfin une revanche sous les yeux du monde. L’équipe de Cesar Luis Menotti arrive au deuxième tour du tournoi final avec un handicap qui risque de la priver de finale au profit de son voisin. Incapables de battre le Brésil dans leur premier duel (0-0), il faut aux Argentins une victoire par au moins quatre buts d’écart face au Pérou pour éliminer le Brésil et accéder à la finale. La suite est connue : l’Argentine l’emporte 6-0 dans des conditions très suspectes avant de remporter sa première Coupe du monde face aux Pays-Bas. L’Argentine a sa revanche mais dans des conditions peu glorieuses et qui irritent fortement les Brésiliens, qui reprochent à leurs « frères » d’être des tricheurs.

Vengeance brésilienne

Des Brésiliens qui se vengeront quatre ans plus tard en Espagne, en dominant l’équipe de Diego Maradona (3-1) au deuxième tour. Une victoire insuffisante pour aller en finale mais qui nourrit encore une rivalité de plus en plus exacerbée. En 1986, c’est au tour de l’Argentine de sourire, puisque Maradona lève cette fois la Coupe du monde sous le regard désappointé de ses voisins, éliminés en quarts de finale par la France.

Mais la véritable explication a lieu en 1990 en Italie. Qualifiée in extremis au terme d’un premier tour laborieux, l’Argentine se retrouve dès les huitièmes de finale face aux Brésiliens. Largement favoris, les hommes de Lazaroni dominent mais s’inclinent sur un coup de génie de Maradona, auteur d’une ouverture lumineuse pour Caniggia, unique buteur de la rencontre… Les Brésiliens, choqués, accusent encore les Argentins de tricherie, allant jusqu’à suspecter leurs rivaux de leur avoir donné à boire lors d’un arrêt de jeu des somnifère dilués dans l’eau. Des accusations jamais avérées, mais qui ont ajouté de l’huile sur le feu.

D’autant que, depuis ce fameux 24 juin 1990 à Turin, plus jamais l’Argentine et le Brésil ne se sont trouvés directement confrontés en phase finale d’une Coupe du monde. Cela n’a pas empêché les deux parties d’envenimer leur relation en 1994, lorsque les Argentins accusent le président de la Fifa, le Brésilien Joao Havelange, d’avoir ourdi un complot pour sortir l’Argentine du Mondial américain afin de laisser le champ libre au Brésil, enfin vainqueur 24 ans après son dernier sacre. Une accusation faisant suite à l’exclusion de la compétition de Diego Maradona, contrôlé positif à l’éphédrine à l’issue d’un match contre le Nigéria.

Bref, l’histoire footballistique entre les deux pays est riche de malentendus, de rancœurs, d’accusations en tout genre et d’un bilan sportif toujours indécis. Sans parler des autres duels, ceux du quotidien, dans les diverses compétions sud-américaines, que ce soit avec les sélections ou avec les clubs…

Provocation argentine

On comprend mieux que cette Coupe du monde au Brésil était l’occasion rêvée pour les deux frères ennemis pour une explication enfin claire. Jamais le Brésil n’a remporté un titre avec son équipe nationale sur le sol argentin. Jamais une sélection argentine n’a soulevé un trophée sur le sol brésilien. Une finale Brésil-Argentine, il n’y avait pas mieux pour régler durablement une telle rivalité. Les Brésiliens attendaient une telle affiche autant qu’ils la redoutaient, se rappelant sans doute de l’énorme déconvenue qu’avait été pour eux le « Maracanazo », le trophée perdu en 1950 à Rio face à l’Uruguay. Les Argentins, eux, la voulaient plus que tout cette finale. Pour preuve, le chant qui accompagne leurs déplacements au Brésil est autant un chant de soutien aux joueurs ciel-et-blanc que de provocation à l’égard de leurs hôtes.

« Brasil, decime qué se siente tener en casa a tu papá.
Te juro que aunque pasen los años, nunca nos vamos a olvidar...
Que el Diego te gambeteó, que Canni te vacunó, que estás llorando desde Italia hasta hoy.
A Messi lo vas a ver, la Copa nos va a traer, Maradona es más grande que Pelé.
 ».

Les paroles sont très explicites :
« Brésil, dis-moi ce que tu ressens en voyant ton papa chez toi.
Je te jure que, malgré les années, nous n’oublierons jamais
Que Diego t’a bien dribblé, que Canni (pour Cannigia) t’a vacciné, que tu pleures depuis l’Italie jusqu’à aujourd’hui.
Et tu verras Messi, ils vont nous ramener la Coupe, Maradona est plus grand que Pelé. »

Malgré la patience du public brésilien, le spectacle de ces dizaines de milliers d’Argentins se moquant d’eux et les provoquant a fini par énerver le public brésilien, qui ne rêve plus que d’une chose : voir les Allemands battre sévèrement les Argentins en finale (ils rêvent même de les voir marquer huit buts !). Et surtout, éviter que l’Argentine remporte une Coupe du monde au Maracana, une blessure qui pourrait durer des décennies…

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