Football / Coupe du monde 2014

Mondial 2014 : l’Allemagne arrache sa 4e étoile au bout du suspense

Mario de Janeiro ! Götze, le buteur, tout à sa joie avec le trophée.
Mario de Janeiro ! Götze, le buteur, tout à sa joie avec le trophée. REUTERS/Damir Sagolj
Texte par : Christophe Carmarans
9 mn

L’Allemagne s’est imposée 1-0 après prolongation face à l’Argentine dimanche 13 juin au Maracana de Rio en finale de la Coupe du monde 2014, remportant du même coup sa quatrième couronne mondiale, la première pour une équipe européenne sur le continent américain. Les Allemands ont fait la décision à la 113e mn grâce à Mario Götze à la réception d’un centre d’André Schürrle.

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L’affiche de cette finale était déjà un classique puisque l’Allemagne et l’Argentine s’étaient rencontrées à deux reprises titre en jeu – et à seulement quatre ans d’intervalle (1986, 1990) – ce qui n’était jamais arrivé. Alors, même à près d’un quart de siècle de distance, la « belle » promettait d’être jolie, d’autant qu’elle mettait aux prises deux équipes au style et à la philosophie de jeu différentes, pour ne pas dire opposés. En général, c’est le piment qu’il faut pour assaisonner les grands matchs.

Et grand, ce match a failli l’être avec une première mi-temps de très haute intensité durant laquelle les deux équipes se sont rendus coup sur coup, le plus souvent sur des contres ; puis une seconde mi-temps moins enlevée durant laquelle les Allemands ont baissé progressivement de pied ; et enfin une prolongation de « muerte » où la victoire a finalement choisi le camp allemand grâce à un éclair de génie du duo Schürrle-Götze, deux joueurs qui n’étaient pas dans le onze de départ de la Mannschaft au coup d'envoi.

Un départ sans temps mort

Gonzalo Higuain échoue, seul face à Neuer (20e).
Gonzalo Higuain échoue, seul face à Neuer (20e).

Petite surprise au moment des hymnes : Sami Khedira, touché au mollet, n’est pas titulaire, remplacé poste pour poste par Christoph Kramer déjà entré en jeu contre l’Algérie et la France mais qui ne goûtera pas longtemps cette finale, on le lira plus loin. Côté argentin, comme prévu, et malheureusement pour l’Albiceleste et le spectacle, Angel Di Maria est absent, remplacé par Enzo Pérez, excellent au demeurant contre les Pays-Bas en demi-finale.

La première opportunité de la partie est allemande, un coup franc à 30 m pour une faute sur Müller mais elle est complètement vendangée par souci de vouloir combiner au lieu de frapper direct. La réplique Argentine est immédiate : débordement de Lavezzi et ballon récupéré par Higuain qui croise trop son tir (4e). Contrairement à certaines finales du passé, il n’y a pas de round d’observation entre les deux équipes qui se livrent à fond, dès l’entame.

Sur son premier ballon d’attaque, Messi place une accélération foudroyante côté droit qui sème Mats Hummels mais son centre en retrait est repoussé in extremis par Bastian Schweinsteiger (9e). Une minute plus tard, un centre de Lavezzi ne trouve pas preneur non plus. A chaque offensive allemande répond un contre argentin, avec souvent Lavezzi comme élément déclencheur. Dans les deux camps, le danger vient souvent sur le flanc droit où Philipp Lahm et Thomas Müller donnent des soucis à Rojo et Garay, autant que Lavezzi et Messi le font avec Hummels et Höwedes. Bizarrement, le Parisien sortira à la mi-temps au profit d’Agüero alors qu’il avait été plutôt bon lors des 45 premières minutes.

C’est sur l’une des rares erreurs allemandes que vient la plus belle occasion pour l’Argentine mais Gonzalo Higuain ne profite pas de l’aubaine, après une tête en retrait de Kroos qui lui permet de se présenter seul devant Neuer. Le cadeau est tellement énorme que l’attaquant du Napoli n’y croit pas et ne trouve pas le cadre sur sa frappe du pied droit (20e). Rageant ! Le natif de Brest croit bien s’être rattrapé 10 mn plus tard sur un ballon de Lavezzi mais, tout à sa joie d’avoir marqué, il n’a pas vu que le juge de touche avait levé son drapeau pour un hors-jeu très net (29e). C’est à ce moment-là qu’André Schürrle fait son entrée à la place de Kramer, pas remis d'un choc avec Garay, un ajustement qui va déstabiliser le milieu de terrain allemand.

Le combat se durcit

Tête d'Höwedes sur corner mais elle frappe le poteau (45e).
Tête d'Höwedes sur corner mais elle frappe le poteau (45e). REUTERS/David Gray

Lionel Messi est d’ailleurs tout près de le lui faire payer sur une accélération côté droit qui laisse sur place Mats Hummels mais le ballon du N. 10 argentin est déjà perdu quand Boateng le dégage devant sa ligne de but. Le jeu se durcit avec des fautes de Garay sur Müller et de Schürrle sur Biglia, un avant-goût de ce qui va suivre dans cette partie souvent virile et parfois pas très correcte.

Sur une contre-attaque, Miroslav Klose sert Mesut Özil qui prolonge pour Toni Kroos mais le joueur du Bayern n’appuie pas assez son tir face à Romero (43e). L’Allemagne finit fort cette première période avec ce centre de Müller dont le centre au 2e poteau ne trouve pas Klose (44e) et surtout cette tête d’Höwedes qui frappe le poteau alors que Romero était battu, après un corner (45e).

Dès le retour des vestiaires, Messi se voit offrir, sur un nouveau contre, une occasion presqu’aussi belle que celle d’Higuain en 1ère mi-temps mais son tir croisé frôle le montant gauche de Neuer. Le Messi du Barça aurait-il laissé passer sa chance ? Pas sûr. Mais l’Argentine est dans un temps fort dans cette entame de seconde période, où elle fait reculer toute la Mannschaft de 20 m. Cette maîtrise se manifeste à nouveau par une sortie hasardeuse de Neuer, obligé de boxer le ballon au devant d’Higuain à la limite de ses 16,50 m. Sur l’action, le gardien allemand bénéficie de la clémence de l’arbitre M. Rizzoli qui aurait pu lui donner au minimum un jaune pour charge irrégulière.

A l’heure de jeu, le scénario reste inchangé : la possession est encore allemande mais les percées les plus dangereuses sont argentines face à un milieu de terrain déséquilibré par la sortie de Kramer. Et s’il faut un ballon perdu par Demichelis pour offrir une demi-occasion à Özil qui n’en profite pas (62e), le moment est venu de se demander si les 25 heures de repos supplémentaires dont ont bénéficié les Allemands ne vont pas commencer à peser dans la balance, à mesure que le match se durcit de plus en plus, obligeant M. Rizzoli à sortir les cartons (Agüero, Mascherano).

Peu en vue depuis la reprise, Messi se signale à nouveau en tentant sa « spéciale », départ côté droit et frappe enroulée du gauche mais ça passe à1 m du but de Neuer (75e). Et c’est encore le quadruple Ballon d’Or qui se distingue en obligeant Neuer à sortir dans ses pieds après avoir éliminé la défense allemande à lui tout seul (78e). L’Allemagne est à la peine dans cette fin de match mais c’est quand même elle qui obtient la dernière occasion du temps règlementaire par Mario Götze, qui vient d’entrer en jeu à la place de Klose (90e).

Et sur la fin, Götze !

Sur une passe de Schürrle, Mario Götze fait la décision après un magnifique enchaînement (113e).
Sur une passe de Schürrle, Mario Götze fait la décision après un magnifique enchaînement (113e).

Comme la seconde mi-temps, la prolongation s’ouvre sur une énorme occasion, mais en faveur de l’Allemagne cette fois : un service de Götze pour Schürrle qui voit sa frappe de près détournée avec autorité par Romero (91e), une action qui préfigure le final, avec les mêmes protagonistes.

Höwedes se voit offrir à son tour une chance de jouer les héros mais il n’est pas assez prompt face à Demichelis dans la surface ; puis c’est au tour de Toni Kroos d’hériter de la balle de match, sans succès. Les Allemands ont repris du poil de la bête dans cette prolongation mais Palacio s’en voudra longtemps de ne pas avoir mieux négocié son ballon de la 97e (contrôle parfait de la poitrine mais lob manqué sur Neuer). Désormais, les deux équipes – coupées en deux depuis le début de l’ « extra-time » – n’opèrent plus que par à-coups, à l’affut du contre gagnant.

Dans la nuit de Rio, tout au bout du combat, la lumière jaillit finalement d’ un débordement de Schürrle conclu par un centre à destination de Mario Götze. Le joueur du Bayern, 22 ans à peine, réussit le geste parfait : un enchaînement contrôle de la poitrine - reprise du gauche qui surprend Romero, l’Allemagne tient sa victoire et son quatrième titre (113e) ! Elle restera à jamais la première équipe européenne à s’être imposée sur le continent américain. Accessoirement, elle rejoint l’Italie au rang des sélections quatre fois titrées, juste derrière le Brésil et avec désormais deux longueurs d’avance sur l’Argentine et l’Uruguay.

5 titres : Brésil (1958, 1962, 1970, 1994, 2002)
4 titres : Italie (1934, 1938, 1982, 2006)
               Allemagne (1954, 1974, 1990, 2014)
2 titres : Uruguay (1930,1950)
              Argentine (1978, 1986)
1 titre :  Angleterre (1966)
              Espagne (2010)
              France (1998)
 

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