Cyclisme

Tour de France: l'Erythréen Daniel Teklehaimanot a son fan club

Daniel Teklehaimanot à Rennes avec des fans Erythréens.
Daniel Teklehaimanot à Rennes avec des fans Erythréens. REUTERS/Benoit Tessier
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Depuis le départ du Tour de France, l’Erythréen Daniel Teklehaimanot est l’une des attractions de la course. Le premier Noir africain à courir le Tour de France a chaque jour autour de lui un fan club. Dans toutes les villes étapes, la diaspora érythréenne lui rend visite.

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De notre envoyé spécial à Rennes,

C’est dans le relief haut-normand, entre Abbeville et Le Havre, que l’Erythréen Daniel Teklehaimanot a pris le maillot de meilleur grimpeur le 9 juillet. Premier Noir africain à s’élancer sur la Grande Boucle, avec son compatriote Merhawi Kudus, il devient aussi le premier à se parer d’une tunique distinctive. Et depuis le début de la 102e édition, de nombreux exilés Erythréens se donnent rendez-vous à chaque départ d’étape. A Utrecht, c’est carrément le commissaire aux Sports d’Erythrée, Zemede Tekle, qui avait fait le déplacement. Tous veulent voir celui qui fait désormais rêver l’Afrique et qui est une vraie star au pays !

Les fans ne sont pas tous issue de la diaspora régulière

Ce matin (samedi 11 juillet), au départ de la 8e étape entre Rennes et Mûr-de-Bretagne, un petit groupe d’amis érythréens donnaient de la voix. A côté, certains s’interrogeaient. « C’est une manifestation ? Non, c’est des gens d’Eryté (sic), qui soutiennent le Maillot à pois. Tu sais… machin ». Ce dialogue prouve que les fans de Teklehaimanot ont encore du travail pour faire connaître le nom de leur poulain et le nom exact de son pays.

Peu importe, le sourire aux lèvres et le drapeau national sur les épaules, l’un d’entre eux, qui est arrivé comme clandestin sur le territoire français, est ravi. « Il représente mon pays », dit-il alors qu’il a voyagé clandestinement pendant six mois pour le fuir. L’homme a fait la traversée pour l’Italie depuis la Libye à la recherche de « liberté ». Ce qui lui a coûté « une petite fortune ». Militaire dans son pays, il n’en pouvait plus de vivre « dans la pauvreté ». Aujourd'hui, sa situation est régularisée.

Les fans de Teklehaimanot ne sont pas tous issus d’une diaspora régulière qui a des liens solides avec le pouvoir d’Asmara. Un autre raconte aussi le même périple avant de trouver un travail à Rennes. Il dit connaître le village et la famille de Teklehaimanot. L’Erythrée étant considérée par la communauté internationale comme un régime autoritaire fort, il est plus facile d’obtenir un titre de séjour.

Pas de commentaire politique

Daniel Teklehaimanot et un petit fan.
Daniel Teklehaimanot et un petit fan. Photo: Gruber Images

« Faire le Tour de France, c’est devenir un exemple pour son pays et son continent », nous disait récemment Daniel Teklehaimanot. Venir le soutenir, c’est aussi une façon de montrer que l’Erythrée, ce n’est pas seulement des migrants à Calais comme tente de nous faire comprendre une cinquantenaire. Cette femme, aide-soignante, qui hurle à tue-tête « merci Daniel, merci Daniel », a fui la guerre d’indépendance contre l’Ethiopie (1961-1991) il y a 25 ans. « J’ai payé très cher à l’époque pour avoir un visa. Aujourd’hui, je suis fier d’être française et aussi érythréenne ».

Mais elle ne veut pas commenter le fait que beaucoup d’Erythréens tentent l'exil. « Je ne souhaite pas parler de politique. Nous n’avons pas assez de temps pour le faire. Tout ce que je peux dire, c’est que je suis fière de mon pays. Nous avons été colonisés et nous sommes aujourd’hui indépendants et c’est beaucoup. Grâce à la France je vis bien. Je suis intégrée mais je suis heureuse que l’Erythrée soit libre. J’y retourne souvent. » Mais elle n’oublie de souligner qu’il « reste toujours quelque chose de la colonisation ». Avant de vivre sous le joug de l’Ethiopie, l’Erythrée avait été une colonie italienne qui avait apporté la culture du cyclisme...

Un peu plus tard, nous avons rencontré un couple au pied du bus de l’équipe de Teklehaimanot. Tous les deux trépignaient d’impatience à l’idée d’apercevoir le nouveau chouchou du Tour de France. Et Teklehaimanot devrait en profiter encore deux semaines.

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