Football

L’argent étranger du foot français

L'Olympique de Marseille appartient désormais à l'américain Franck Mc Court.
L'Olympique de Marseille appartient désormais à l'américain Franck Mc Court. BERTRAND LANGLOIS / AFP
Texte par : Fabien Leboucq
5 mn

Avec la finalisation de la vente de l’Olympique de Marseille à l’homme d’affaires américain Franck Mc Court, les capitaux étrangers font une nouvelle percée dans l’économie du football français. Près d’un cinquième des clubs professionnels de l’Hexagone sont majoritairement détenus par des investisseurs venus de l’étranger, dont la Chine qui détient trois équipes.

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D’où vient cet argent qui fait tourner le monde du ballon rond français ? Sept des 40 clubs professionnels (Ligue 1 et Ligue 2) appartiennent majoritairement à des actionnaires étrangers. Le plus récemment internationalisé d’entre eux : l’Olympique de Marseille, vendu au milliardaire américain Franck Mc Court qui s’apprête à investir 200 millions d’euros lors des quatre prochaines années.

Qui sont les investisseurs ?

« Il y a trois profils-type d’investisseurs étrangers qui achètent des clubs en France », affirme Pierre Rondeau, spécialiste de l’économie du football. D’abord, les spéculateurs, qui veulent « racheter une équipe, la valoriser, et ensuite la revendre ou en revendre les joueurs pour gagner de l’argent », poursuit l’auteur de Coût Franc. C’est ce que recherche le géant de la potasse russe Dmitri Rybolovlev en achetant les deux tiers du capital de l’AS Monaco, en 2011. Objectif atteint : le club monégasque est depuis sorti de la Ligue 2 et joue pour la troisième saison consécutive en Ligue des Champions. Frank Mc Court pourrait se situer dans cette catégorie, tout comme l’hispano-luxembourgeois Gérard Lopez, entré en négociations exclusives avec les dirigeants du club de Lille le 16 octobre dernier.

Ensuite, les diplomates, qui veulent, « briller ou faire briller leur pays sur la scène sportive internationale par l’entremise de l’achat d’un club », détaille Pierre Rondeau. L’exemple le plus frappant de ce soft power est l’achat du Paris Saint-Germain par le fonds souverain Qatar Investment Authority en 2011. Ce petit pays du Golfe accueillera la Coupe du Monde en 2022, et s’achète une réputation en investissant dans le club de la capitale qui devient un acteur reconnu du football européen.

Selon Anthony Alyce, fondateur du site Ecofoot.fr, c’est aussi un objectif de « nation branding » (construction une marque nationale, ndlr) autour du football qui pousse Hafiz Mammadov, venu d’Azerbaïdjan, à acquérir le club de Lens en 2013. Avant de jeter l’éponge en mai 2016, et de passer la main à Solférino, holding luxembourgeoise, et au club espagnol de l’Atlético Madrid.

Enfin le troisième profil, les formateurs, à l’exemple des investisseurs privés chinois, soutenus financièrement et politiquement par leur gouvernement pour s’offrir des clubs et importer les savoir-faire en termes de formation. La Chine, qui rêve de la Coupe du monde en 2026, veut devenir un champion du ballon rond, et compte sur le transfert de connaissances et de ressources humaines depuis l’Europe. C’est l’argument utilisé par ORG Packaging quand l’entreprise, chargée d’embouteiller les bouteilles de Coca en Chine, achète 60% des actions de l’AJ Auxerre au début du mois d’octobre 2016.

Pourquoi la France ?

Le cas du Havre (Ligue 2) est le plus atypique. Depuis 2015, Vincent Volpe, ingénieur et PDG américain de l’entreprise Dresser est propriétaire du club. Habitant la région depuis un quart de siècle, c’est avant tout un achat de cœur, effectué sur ses fonds propres, auquel s’est livré le chef d’entreprise.

Leurs motivations diffèrent, mais d’un point de vue économique, les investisseurs ont tout à gagner. En effet, certaines transactions permettent le rapprochement avec des industriels français. « Le chinois Ledus, qui produit des LED, cherche à devenir un partenaire privilégié de PSA Peugeot Citroën (constructeur automobile français, ndlr) quand il lui rachète le Football club de Sochaux-Montbéliard, en 2015 », explique Anthony Alyce.

D’autre part, parce que ces achats permettent de s’implanter dans l’Hexagone. Cet été, un consortium sino-américain de quatre magnats de l’industrie touristique a ainsi acheté 80% de l’OGC Nice et pourrait racheter les 20% restants dans les sept prochaines années. Un moyen tout trouvé de mettre un pied sur la Côte d’Azur.

Surtout, les clubs français sont parmi les plus rentables d’Europe car très peu chers, alors même que les droits de télédiffusion des matchs pourraient s’envoler dans les années à venir, puisque quatre diffuseurs (Canal+, beIN SPORTS, Altice et Discovery via Eurosport) se disputent la retransmission des matchs hexagonaux. « Les stades rénovés pour l’Euro 2016 présagent, si le niveau suit, d’énormes rentrées d’argent en termes de billetterie », présage Anthony Alice.

La France qui occupe toujours la cinquième place à l'indice UEFA pourrait se voir attribuer une place supplémentaire en Ligue des champions pour ses clubs. Un argument supplémentaire pour attirer de nouveaux investisseurs.

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