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Tennis de table

En Croatie, deux pongistes nigérians déportés vers un camp de migrants

Des migrants dans le camp de Vucjak, en Bosnie-Herzégovine, le 6 décembre 2019. (Photo d'illustration)
Des migrants dans le camp de Vucjak, en Bosnie-Herzégovine, le 6 décembre 2019. (Photo d'illustration) Antonio Bronic/Reuters
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Abia Uchenna Alexandro et Eboh Kenneth Chinedu, deux jeunes étudiants du Nigeria, ont participé mi-novembre à une compétition internationale de tennis de table à Zagreb, en Croatie. Mais malgré leurs visas en règle, la police les a arrêtés et déportés vers un camp de migrants en Bosnie-Herzégovine. Récit de leur voyage rude.

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En arrivant à Zagreb, capitale de la Croatie, le 12 novembre, ils pensaient vivre une expérience plaisante pendant six petits jours. Abia Uchenna Alexandro et Eboh Kenneth Chinedu avaient prévu de revenir chez eux, à Lagos au Nigeria, le 18 novembre. Las, leur voyage en Europe s’étend depuis presque un mois et a vite pris une tournure irrationnelle.

Les deux étudiants, âgés de 18 ans, ont raconté leur histoire au site bosnien Zurnal. Le média britannique The Guardian l’a relayée aussi, ainsi qu'Infomigrants. Les deux jeunes hommes, qui étudient dans leur pays à l’Université fédérale de technologie d’Owerri (FUTO), ont voyagé jusqu’en Croatie pour participer aux 5èmes World InterUniversities Championship, une compétition sportive qui réunit des étudiants du monde entier. L'édition 2019 s’est tenue à Pula, ville côtière croate.

« Un officier m’a dit qu’il allait m’abattre… »

Le 18 novembre, deux passagers manquaient à l’appel de l’avion qui allait s’envoler pour Lagos. Et pour cause : dans la nuit du 17 au 18, Abia Uchenna Alexandro et Eboh Kenneth Chinedu ont été arrêtés, alors qu’ils se baladaient dans les rues de Zagreb, par deux agents de police croates.

« Nous avons essayé de leur expliquer qui nous étions et que nos documents d’identité – des visas validés par les autorités croates, NDLR – étaient à l’hôtel, mais ils nous ont emmené au poste. Ils n’écoutaient pas ce que nous leur disions », confie Eboh Kenneth Chinedu à Zurnal. Une attitude qui va avoir des conséquences.

Pensant être face à des migrants sans-papiers, la police croate les a transférés jusqu’à la frontière avec la Bosnie-Herzégovine. Là, Abia Uchenna Alexandro et Eboh Kenneth Chinedu ont reçu l’ordre de s’enfoncer dans la forêt, avec un groupe de migrants intercepté plus tôt, et de marcher jusqu’en Bosnie-Herzégovine.

Eboh Kenneth Chinedu se souvient : « J’ai refusé d’aller dans les bois. Mais un officier m’a dit qu’il allait m’abattre si je ne bougeais pas. »

Une expulsion polémique sur fond de violences envers les migrants

C’est ainsi qu’en l’espace de quelques heures, les deux jeunes gens sont passés d’une compétition internationale au camp de migrants de Velika Kladusa, où se tassent des milliers de migrants et de réfugiés. Tout ça avec des températures en-dessous de 0°C.

Entre la barrière de la langue et les difficultés inhérentes aux camps de migrants, Uchenna et Chinedi ont dû attendre plusieurs jours avant que leur calvaire s’achève. Des volontaires oeuvrant dans le camp leurs sont venus en aide en contactant Alberto Tanghetti, l’organisateur des World InterUniversities Championship, qui a pu confirmer leur identité.

« Il est encore plus absurde que personne n’a cru ces garçons quand ils ont essayé d’expliquer aux officiers qu’ils avaient des visas en règle. Il aurait suffi qu’ils les accompagnent à l’hôtel pour vérifier qu’ils étaient entré légalement en Croatie », fulmine-t-il dans les colonnes du Guardian.

Un porte-parole du ministère de l’Intérieur croate a défendu les officiers de police en avançant qu’ils ont déjà été confrontés à des personnes participant à des compétitions sportives dans le but de rester ensuite dans le pays. Leur déportation de Chinedi et Uchenna jusqu’en Bosnie-Herzégovine n’est toutefois pas expliquée.

« Ces personnes sont victimes d’actes illégaux commis par les Croates. En respect des procédures légales, nous devons maintenant les ramener en Croatie. Il est évident qu’ils ont des visas croates et que leur présence en Bosnie-Herzégovine est illégale. D’après leurs déclarations, il est évident que la police croate les a déplacés de force », estime Dragan Mektic, le ministère de la Sécurité de Bosnie-Herzégovine, interrogé par Al Jazeera. Les dirigeants des World InterUniversities Championship, eux, exigent que les deux pongistes puissent enfin rentrer au Nigeria.

La Bosnie-Herzégovine est confrontée à de nombreux problèmes liés au flux de migrants vers l’Europe de l’Ouest et du Nord. Et les conflits à la frontière avec la Croatie sont récurrents. En août 2019, 18 migrants ont été découverts blessés près de Velika Kladusa. Les ONG assurent que la police croate use de violence pour refouler les migrants.

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