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Entretien

Makis Chamalidis: «Cette période est plutôt un moment d’ouverture pour les sportifs»

Les deux superstars du tennis, Roger Federer et Rafael Nadal, ont participé à un live Instagram plein de naturel qui a fait le buzz.
Les deux superstars du tennis, Roger Federer et Rafael Nadal, ont participé à un live Instagram plein de naturel qui a fait le buzz. Instagram/Rafael Nadal
7 mn

Makis Chamalidis est psychologue du sport et co-auteur avec François Ducasse de Champion dans la tête. Le spécialiste en coaching mental évoque pour RFI cette période potentiellement compliquée pour un athlète de haut-niveau qu’est le confinement.

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RFI : Makis Chamalidis, le confinement, qui concerne actuellement plusieurs milliards de personnes à travers le monde, est-il plus difficile à vivre pour un(e) athlète de haut-niveau, selon vous ?

Makis Chamalidis : J’ai envie de dire que ça concerne toutes les personnes qui ont besoin de bouger, qui sont en mouvement, qui ont besoin de se dépenser mais aussi de coordonner leur corps. On peut penser aussi aux danseurs.

Mais je dirais que c’est difficile pour un sportif parce qu’il ne peut pas exercer son métier. On pourrait dire la même chose de plein d’autres personnes. Mais c’est avant tout la question du corps qui se pose : que devient ce corps qui est entraîné plusieurs fois par jour ? Du coup, il se trouve maintenu. Il ne sait pas trop vers quels objectifs se tourner. C’est ça, ma vraie question.

Qu’est-ce qui peut être le plus dur à supporter pour un(e) athlète de haut-niveau, durant une période aussi particulière ? Le manque d’adrénaline, que procure d’habitude la compétition et/ou l’adversité ? Ou l’absence de perspectives, alors que les journées et les semaines des sportifs/sportives sont souvent réglées comme du papier à musique ?

Si on prend l’exemple de l’athlète blessé durant une saison, il sait que tôt ou tard, au bout de trois ou quatre mois, il reprendra. Il connaît les étapes pour se réathlétiser. Donc, là, il y a un objectif. En ce moment, le plus dur, c’est le manque d’objectifs. On ne sait pas vers quoi se tourner. On ne sait pas à quel moment on va reprendre la saison, ni dans quelles conditions.

Mais il y a aussi le manque d’adrénaline. Est-ce qu’il y a moyen de se créer d’autres situations où il y de l’adrénaline ? Ça va toujours être un peu artificiel. On va se tirer la bourre sur Internet ou sur les réseaux sociaux, à travers certains défis. Mais ça ne remplace en aucun cas les enjeux d’une compétition.

Je pense donc qu’il y a un vrai besoin pour les sportifs de voir la big picture, c’est-à-dire comprendre qu’il s’agit d’une crise mondiale. Il faut relativiser et aussi mettre son égo de côté. Il faut se demander ce que ces 3, 4, 5, 6 mois représentent dans une carrière.

Certains athlètes s’entraînent parfois durant plusieurs mois, voire plusieurs années, pour une seule compétition. Pensez-vous, comme le nageur Michael Phelps, que des annulations ou des reports d’événements, comme celui des Jeux olympiques de Tokyo, font courir un risque de dépression ?

Ma première réaction a été de me dire que le report des Jeux olympiques d’une année était une bonne chose. Parce que ça aurait créé trop d’inégalités, sinon. On sait que des sportifs s’entraînent déjà dans d’autres pays. Or, chez les Français, ce n’est pas vraiment le cas. Si les JO avaient eu lieu cette année, tout le monde n’aurait pas été sur le même pied d’égalité. Là, il y a du temps pour que tout le monde puisse bien se préparer.

Maintenant, c’est sûr que ce n’est pas pareil d’aller aux Jeux olympiques pour un joueur de tennis ou de golf, et pour un lutteur ou un joueur de badminton. Cet événement-là, dans certains sports, c’est celui à ne pas rater.

Je pense aussi à des sportifs qui voulaient arrêter leur carrière cette année, avec ces JO, et qui réalisent que les Jeux auront lieu l’année prochaine. Ils se disent : « Est-ce que je continue ou pas ? »

Ensuite, par rapport à ce qu’a dit Michael Phelps, le risque de dépression vient surtout lorsqu’il y a absence de sens, lorsque ça n’a plus de sens pour un athlète de s’entraîner. Le manque de repères déséquilibre. La dépression viendra chez certains, s’ils voient tout en noir et que pour eux il n’y a plus de perspectives. Or, là, on est en attente de perspectives.

Finalement, tout le monde est un peu dans le même bateau. C’est pour ça que sur les réseaux, il y a une sorte de solidarité entre les sportifs. Ils se regroupent. D’une discipline à l’autre, ils commencent à communiquer. Donc, je pense que c’est plutôt un moment d’ouverture pour eux.

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Les athlètes pratiquant un sport collectif présent-ils un risque plus important que ceux qui pratiquent une discipline individuelle ?

Je me dis que chaque domaine, sports collectifs d’un côté et sports individuels de l’autre, a ses différences mais qu’il y a des dénominateurs communs.

Pour un joueur de football ou de handball, le fait de ne plus avoir accès au vestiaire crée un manque, même sur le plan olfactif. Il y a aussi habituellement le groupe, l’équipe, évidemment. C’est un mode de vie. Or, même dans certains sports individuels, il y a des groupes d’entraînement, avec des athlètes qui se côtoient tous les jours. On n’est jamais vraiment tout seul, sauf dans certaines disciplines.

J’ai presqu’envie de dire que les pratiquants de sports collectifs vont se regrouper différemment. Ils vont partager un peu plus sur les réseaux sociaux. Dans les sports individuels, des concurrents vont peut-être se rapprocher, comme on le voit avec les grandes stars du tennis qui échangent pas mal entre elles.

Dans certains pays, l’entraînement et/ou la compétition ont repris. Ces activités s’accompagnent parfois de consignes de sécurité liées au coronavirus, comme éviter certains contacts. C’est le cas, par exemple, en Allemagne, où les footballeurs s’entrainent à nouveau. Est-ce que le fait d’être dans la retenue est compatible avec la pratique du sport de haut-niveau ?

Sur le plan pédagogique, dire à des sportifs « allez-y, mais ne vous touchez pas », est-ce compatible avec le côté animal où il faut effectivement se lâcher ? Je pense que c’est un vrai défi pour les entraîneurs de faire faire des exercices et des schémas tactiques qui permettent aux athlètes d’aller au bout. Parce que, si on doit se retenir, à quoi ça sert de s’entraîner ? On a déjà constaté que dans certains sports, les athlètes ne respectent pas les mesures de sécurité. Donc, c’est une prise de risque.

Vous évoquiez la nécessité pour un athlète d’élargir la perspective, de relativiser son cas par rapport à la situation actuelle. Ce sont vraiment les conseils que vous donneriez à des athlètes de haut-niveau pour bien vivre cette situation ?

J’ai envie de leur dire plusieurs choses. La première, c’est qu’ils ne sont pas seuls. Après, il y a deux catégories de sportifs. Il y a ceux qui vont se plaindre dans un premier temps, se dire qu’on leur a enlevé leur jouet, qui vont tenter de se maintenir physiquement. Et puis il y a ceux qui se disent : « Ok, je m’adapte et je reste sur ce qui dépend de moi, et je vais en faire quelque chose. » D’ailleurs, on a vu pas mal de sportifs se mettre à faire de la cuisine, re-sortir un instrument de musique auquel ils n’ont pas touché depuis longtemps. Donc, c’est vraiment le moment où l’on peut développer des compétences qu’on n’aurait pas travaillé s’il n’y avait pas cette crise. L’idée n’est pas de reprendre là où je m’étais arrêté avant la crise. L’idée, c’est de peaufiner des compétences, de devenir plus fort, de se renouveler, de garder les bonnes habitudes prises durant cette crise avant que le rythme des compétitions ne reprenne. Actuellement, on est en train de s’organiser, de vivre à notre rythme. Il faudra garder une ou deux bonnes habitudes pour se dire qu’on a progressé.

► À visiter, le site de Maris Chamalidis

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