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Témoignage

La joueuse algérienne Ines Ibbou bouscule le monde du tennis

Ines Ibbou à 14 ans en compagnie de son ancien coach Midoun Zine-el-Abidine en 2013.
Ines Ibbou à 14 ans en compagnie de son ancien coach Midoun Zine-el-Abidine en 2013. YASSINE KHIRI / AFP
7 mn

Dans une vidéo postée samedi 9 mai, la joueuse algérienne Ines Ibbou a répondu à Dominic Thiem, qui ne souhaite pas participer au fonds de soutien pour les joueurs mal classés pendant la pandémie de coronavirus. La 620e mondiale raconte aussi son parcours d’athlète de haut niveau, la plupart du temps semé d'embûches. Son témoignage a suscité beaucoup de commentaires.

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« Tu sais, dans un pays comme le mien (l’Algérie), ce n'est pas facile pour une femme d'être athlète de haut niveau. Je ne remercierai jamais assez mes parents pour leur soutien et tous les sacrifices qu'ils ont consentis pour que je puisse poursuivre mon rêve. Si seulement tu savais, Dominic... »

Dans une vidéo postée samedi 9 mai, la joueuse algérienne Ines Ibbou, 21 ans, a répondu à Dominic Thiem, qui ne souhaite pas participer au fonds de soutien pour les joueurs mal classés. Les trois icônes du tennis mondial, Novak Djokovic, Roger Federer et Rafael Nadal, ont proposé en avril de créer ce fonds afin de venir en aide aux joueurs de tennis classés entre la 250ᵉ et la 700ᵉ place mondiale pour faire face à la crise du coronavirus.

Le soutien de Venus Williams

La 620e mondiale raconte son parcours, souvent semé d'embûches. Dans cet appel, Ines Ibbou veut insister sur les difficultés à jouer au tennis au plus haut niveau, quand le manque de moyens est criant, dans un sport qui coûte cher. La publication de sa lettre ouverte sous forme de vidéo à Dominic Thiem, vue plus de 50 000 fois, prouve à quel point le sujet est sensible. Ines Ibbou a reçu des messages de Nick Kyrgios, Bruno Soares, Jay Clarke et Venus Williams, qui a eu ce mot : « You're my hero ».

« Je suis une femme solitaire qui voyage à travers le monde, généralement avec deux escales, toujours à la recherche du billet le moins cher. Qui sacrifie son temps, ses entraînements et son repos simplement pour postuler à un simple visa, sans garantie de l'avoir. Parce que, devine : pas de tapis rouge, pas de laisser passer, pas de Schengen. Et, j'oubliais, j'ai besoin d'un visa pratiquement partout. C'est un budget de plus... », dit Ines Ibbou, qui a vu le footballeur algérien Adlène Guedioura lui apporter son soutien sur Twitter. « Sa situation est un non sens et une injustice (…) J’espère que les instances du tennis reviendront à la raison et seront à la hauteur de la dignité et du courage que génère cette fille », écrit-il.

Une lettre à Dominic Thiem, mais aussi aux instances du tennis

Au Maghreb et sur le continent africain en général, le tennis n’a pas encore trouvé réellement sa place. En Algérie, les tournois juniors ITF sont rares et il n'y a pas le moindre tournoi pro ITF, ATP ou WTA. Les infrastructures d’entraînement manquent cruellement, et Ines Ibbou indique qu’il n’y a pas de courts indoor. Selon la Fédération internationale de tennis, le continent dispose de 13 000 courts, souvent dans des résidences privées.

« Les propos de Dominic Thiem m'ont beaucoup blessée. Je me suis un peu sentie insultée par rapport à tous mes sacrifices, mais aussi ceux de beaucoup d'autres joueurs », avance la joueuse algérienne dans les colonnes de L’Équipe ce lundi 11 mai. Elle ajoute : « Ce n'était pas juste une lettre à Dominic Thiem, mais aussi aux instances du tennis, l'ITF, la WTA, les Fédérations. Que le monde sache ce qu'est l'envers du tennis. Le tennis, ce n'est pas que le top 10 ou Roland-Garros. Ce sont aussi des petits 15 000 dollars en Afrique ou en Inde. C'est aussi ça qui fait le tennis. Sans nous, les joueurs, c'est compliqué d'avoir un numéro 1 et un numéro 700. »

Ines Ibbou a parfois annulé certains tournois par manque de moyens financiers. « Juste voyager et faire les tournois, ça peut coûter 30 000 euros l'année. Mais ça, c'est sans coach, sans accompagnement, en voyageant seule [...] Avec un coach, ça peut facilement aller jusqu'à 100 000 euros », explique-t-elle.

Le président de la République algérienne Abdelmadjid Tebboune réagit

« Je voulais vivre mon rêve, j'ai sacrifié toute mon enfance pour ça et je ne voulais pas accepter que le manque financier me fasse arrêter de jouer », témoigne Ines Ibbou, championne d’Afrique juniors, qui n’a demandé d'argent à personne. « Jusqu'à présent, j'ai réussi à survivre malgré les difficultés, sans l'aide de Dominic Thiem ou d'autres instances. On demande juste, nous, joueurs, à ce qu'on nous respecte et qu'on ne dénigre pas nos sacrifices. »

Pour les Nord-Africaines, pratiquer un sport de haut niveau relève la plupart du temps du parcours du combattant. « L'Algérie ne peut se permettre de perdre un talent sportif comme Ines Ibbou qui est jeune et qui a toute une carrière devant elle dans une spécialité ou peu d'Algériens excellent. Le ministère de la Jeunesse et des Sports prend en charge ta préoccupation dans les plus brefs délais. Tout mon soutien et mes vœux de succès », a tweeté dimanche 10 mai le président de la République Abdelmadjid Tebboune. Ines Ibbou a ensuite reçu dans la foulée un appel du ministre des Sports.

En Algérie, le tennis reste encore majoritairement un sport loisir, les meilleurs entraîneurs sont partis en Tunisie. L’Algérien Lamine Ouahab, demi-finaliste junior à Roland-Garros en 2001 puis finaliste junior à Wimbledon en 2002, passé professionnel en 2002, avait lui changé de nationalité sportive et opté pour le Maroc, où le tennis a plus d’importance, et où l’on organise des tournois.

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