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En France, le monde de la boxe professionnelle est dans le brouillard

Le Français Cédric Vitu, champion d'Europe.
Le Français Cédric Vitu, champion d'Europe. Photo: KPLP/RINGSTAR
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La boxe, sport de contacts, en milieu confiné, va avoir du mal à se sortir de la crise du coronavirus. Déjà très précaires, les boxeurs professionnels risquent de payer cher des mois entiers sans pratique avec un partenaire et sans combat.

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« S’il n’a pas de combat, un boxeur professionnel ne gagne pas d’argent. Il est payé au cachet, il n’a aucun statut social. Il n’a aucune protection, il n’a pas droit aux indemnités chômage », alerte Arnaud Romera, ancien journaliste à France Télévision et premier président de la Ligue nationale de boxe professionnelle entre décembre 2018 et mars dernier. En France, pour le moment, les sports de combat, qui impliquent des contacts, restent proscrits.

Dans l’Hexagone, environ 15 % des boxeurs professionnels ne vivent que des combats. Mais la plupart ont un emploi très précaire à côté. En moyenne, la boxe leur rapporte 6 000 euros par an, bien en dessous du seuil de pauvreté. Depuis mars, ils n’ont plus aucun revenu dépendant de leur activité sportive. 

« Il faut survivre pour payer mon appartement »

Tous les galas de boxe ont été annulés en France depuis trois mois. Et la reprise à huis clos est quasiment inenvisageable puisque la plupart du temps, il n’y a pas de diffuseur pour compenser la billetterie inexistante.

« C’est compliqué avec le coronavirus. Je devais boxer tous les mois pour gagner de l’argent. Je devais combattre en mars et ça été annulé. Depuis, il n’y a aucune rentrée d’argent. Il faut survivre pour payer mon appartement. Ceux qui vivent de la boxe sont en grande précarité », témoigne pour RFI le Congolais Anauel Ngamissengue, installé en France depuis 2018.

Anauel Ngamissengue a commencé la boxe à Pointe-Noire au Congo, à l'âge de 15 ans. Passé professionnel depuis 2019, celui qui a participé aux JO de Rio en 2016 s’entraîne en bas de chez lui en région parisienne puisque les salles sont fermées. Son début de carrière ressemble à un vrai parcours du combattant.

« J’avoue que pendant le confinement, il y avait beaucoup de stress et j’étais très démotivé. J’aimerais que les choses redeviennent normales le plus vite possible. Je suis désormais dans une grosse préparation physique et j’espère être dans une salle avec des partenaires rapidement. Il faut que la fédération pense à nous », commente-t-il.

L'épidémie de coronavirus va-t-elle mettre K.O la boxe professionnelle ?

La crise économique que va engendrer la longue période de confinement due à l'épidémie de coronavirus va mettre K.O la boxe pendant longtemps, a estimé il y a quelques semaines l'ancien champion du monde britannique Carl Frampton. « Cela pourrait prendre un long moment avant que la boxe ne s'en relève », a déclaré le boxeur nord-irlandais, âgé de 33 ans, sur BBC Radio Five Live.

« Déjà, en temps normal, il n’y a pas tant de combats que ça. Ceux qui malheureusement ne sont pas avec un promoteur ne seront pas les premiers servis », a confié à RMC Sport, Brahim Asloum, promoteur de soirée et ancien champion olympique. Dans l'Hexagone, les compétitions de boxe ne devraient pas reprendre avant 2021.

« Ceux qui arrivent à en vivre sont à l’arrêt et il n’y a aucune visibilité sur le retour à la normal. La plupart n’ont aucun soutien, pas de sponsor. Les promoteurs ne peuvent pas trop aider, car eux aussi sont à l’arrêt et leur trésorerie est faible. La télévision n’expose pas assez la boxe et c’est ce qui bloque encore plus le monde de la boxe professionnelle en France », relève pour RFI Cyril Benzaquen, Champion du monde de muay thaï et de kickboxing.

Reprise des activités à partir du 2 juin prochain ?

« Les boxeurs ont les mêmes difficultés que tous les autres pratiquants de sports de combat. On a demandé au cabinet de la ministre des Sports une équité pour tous les sports. Nous souhaitons une reprise progressive des clubs pour préparer la rentrée de septembre. Et les boxeurs professionnels ont besoins aussi des infrastructures pour s’entraîner », nous indique Alain Bertholom, président de la Confédération française des arts martiaux et des sports de combat (CFAMSC).

La Fédération française de boxe a fait parvenir au ministre des Sports un plan de reprise des activités à partir du 2 juin prochain. Mais certaines préconisations peuvent laisser perplexe comme : « Appliquer les gestes barrière (un mètre de distance entre les uns et les autres, même en cas de port du masque ; adapter le nombre de personnes accueillies en fonction de l’espace utilisé ; utiliser des équipements de protection individuelle (masques)… ».

Propos de Arnaud Romera et Anauel Ngamissengue recueillis par Tom Rossi

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