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Mort de George Floyd: le geste de Colin Kaepernick au cœur des maux américains

Colin Kaepernick (à droite) et Eric Reid (à gauche) posant un genou à terre lors de l'hymne américain, le 12 septembre 2016, avant un match de NFL
Colin Kaepernick (à droite) et Eric Reid (à gauche) posant un genou à terre lors de l'hymne américain, le 12 septembre 2016, avant un match de NFL Thearon W. Henderson/Getty Images via AFP
6 mn

En 2016, le quarterback Colin Kaepernick, star de la NFL, suscitait un tollé aux États-Unis en posant un genou à terre au moment de l’hymne national, pour protester contre les violences policières contre les Afro-américains. Avec la mort de George Floyd, le combat et le geste de Kaepernick reprennent un peu plus corps dans une société américaine divisée.

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Le parallèle est aussi choquant que navrant. LeBron James, basketteur des Los Angeles Lakers, n’a pas manqué de le souligner avec colère. En 2016, Colin Kaepernick, star du football américain, manifestait contre les violences policières commises à l’encontre des Afro-américains en posant un genou à terre quand retentissait l’hymne national, avant chaque rencontre. Et le 25 mai 2020, à Minneapolis, George Floyd mourait d’asphyxie lors d’un contrôle de police durant lequel un agent, Derek Chauvin, l’a maintenu au sol pendant plus de huit minutes en pressant un genou sur son cou. Et ce malgré les supplications de George Floyd, qui a prononcé « I can’t breathe » (« Je ne peux plus respirer ») avant de succomber.

Près de quatre années séparent ces deux images, mais rien n’a changé : aux États-Unis, la communauté noire continue de dénoncer le traitement violent de la police à son égard. La mort de George Floyd, filmée, a engendré des manifestations et des violences dans tout le pays ces derniers jours. Et Colin Kaepernick, lui, poursuit son combat. Loin des stades où il a acquis sa renommée.

Pour ses convictions, Kaepernick a sacrifié sa carrière

Quarterback talentueux, star des San Francisco 49ers, « Kap » ne joue plus. Sa protestation pacifique de 2016 lui a coûté sa carrière. Son contrat avec son équipe a été rompu d’un commun accord à la fin de cette saison du championnat de football américain. Célébré par les uns, conspué par d’autres – dont un certain Donald Trump, qui l’a traité publiquement de « fils de p… » – pour son comportement jugé antipatriotique dans un pays où on ne plaisante pas avec les symboles que sont l’hymne et le drapeau, le sportif à la coupe afro n’a plus retrouvé de franchise de NFL où exercer son métier.

Trop sulfureux pour le business, trop clivant pour la population, trop polémique, trop engagé, Kaepernick a payé sa prise de position. Mais qu’à cela ne tienne, le colosse ne regrette rien. En 2018, l’équipementier Nike en fera même son porte-étendard avec pour leitmotiv : « Crois en quelque chose. Même si tu dois pour cela tout sacrifier. »

L'ancien quaterback des San Francisco 49ers, Colin Kaepernick, est devenu une figure de la contestation des afro-américains aux Etats-Unis.
L'ancien quaterback des San Francisco 49ers, Colin Kaepernick, est devenu une figure de la contestation des afro-américains aux Etats-Unis. REUTERS/Robert Hanashiro - USA TODAY

La naissance de la pose « genou à terre »

C’est fin 1987 que le petit Colin vit le jour à Milwaukee, après une brève histoire entre son père noir et sa mère blanche. Cette dernière, abandonnée par son compagnon durant la grossesse et seulement âgée de 19 ans au moment d’accoucher, décide alors de confier son enfant à l’adoption. C’est au sein de la famille de Rick et Teresa Kaepernick qu’il grandira. Enfant métis choyé par un couple de Blancs, Colin Kaepernick a vu et connu, de l’enfance à l’âge adulte, de l’université aux terrains de NFL, les regards, les préjugés et parfois le racisme pur. Homme fort de convictions, celui qui devint le joueur majeur des 49ers ne pouvait rester muet face aux violences policières.

Durant l’été 2016, Colin Kaepernick réalise un premier geste fort en restant assis au moment où l’hymne américain est joué avant un match de NFL. Cette attitude, jugée irrespectueuse, attira l’attention sur sa volonté : dénoncer les violences policières contre les Noirs. Pour heurter le moins possible les vétérans de l’armée américaine, le quarterback optera très vite pour un nouveau geste : poser un genou à terre pendant l’hymne. Kaepernick a visé juste. Aux États-Unis, on l’applaudit ou on le condamne. Donald Trump, en passe de devenir président, éructe. En NFL, en NBA, dans d’autres ligues, et même en Europe, d’autres sportifs et artistes suivront l’exemple de « Kap », devenu persona non grata en NFL.

La police s’agenouille à son tour

Devenu une icône de la lutte pour les droits civiques avec son geste posé et ses mots rares, Colin Kaepernick revient dans l’actualité sociétale américaine. Après la mort brutale de George Floyd, l’activiste s’est exprimé sur les réseaux sociaux : « Lorsque la civilité mène à la mort, la révolte est la seule réaction logique. Les appels à la paix vont pleuvoir, et quand ce sera le cas, ils tomberont dans l’oreille d’un sourd, car votre violence a provoqué cette résistance. Nous avons le droit de riposter ! Repose en paix, George Floyd. »

Dans ces États-Unis d’Amérique meurtris par les divisions communautaires, les morts inutiles et les émeutes qui éclatent un peu partout, le geste popularisé par Colin Kaepernick est devenu incontournable. Les militants réunis sous le slogan « Black Lives Matter » (« La vie des Noirs compte ») le reprennent lors des manifestations. Plus fort encore : des policiers l’exécutent aussi. Plusieurs d’entre eux ont été filmés ou photographiés avec un genou à terre, pendant l’exercice de leur fonction. Un signe de solidarité, d’apaisement, de dénonciation des dérives, peut-être de pardon... De quoi embarrasser les autorités et agacer Donald Trump, qui honnit ce geste et adopte une position martiale loin d’apaiser les esprits dans cette période critique.

Alors que le pays traverse une période sombre avec l’épidémie de coronavirus et ses conséquences terribles, un autre fléau, celui du racisme, l’ébranle toujours. Au milieu des tensions, malgré tout, on s’agenouille, comme Colin Kaepernick, dont le geste est en train de prendre une dimension nouvelle, comme les poings gantés et levés des sprinters John Carlos et Tommie Smith – geste emprunté au mouvement des « Black Panthers » – lors des Jeux olympiques de 1968. Cela ne suffira sans doute pas à régler le problème des violences policières contre les Noirs et du racisme au pays de l’Oncle Sam. Mais cette posture pacifique a au moins le mérite de ramener un peu de calme dans ces jours difficiles.

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