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Remaniement: les sports rattachés à l’Éducation nationale, pour faire quoi?

Roxana Maracineanu, à l'Élysée, le 11 février 2020.
Roxana Maracineanu, à l'Élysée, le 11 février 2020. GONZALO FUENTES / AFP
6 mn

Depuis longtemps, les ministres des Sports ont tenté d’être plus présents dans le processus éducatif. Comment Roxana Maracineanu, ministre des Sports sous Édouard Philippe, désormais ministre déléguée aux Sports, sous l’autorité de Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation, de la Jeunesse et des Sports, va-t-elle pouvoir collaborer ?

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« La seule porte d’entrée pour l’éducation sportive, c’est l’école, se félicite une source, spécialiste du sport et ancien conseiller à Matignon. Le mouvement sportif s’est de lui-même disqualifié à ne pas pouvoir saisir les nouveaux enjeux sociétaux liés aux nouvelles pratiques du sport et problématiques qui émergent en milieu rurale et dans les quartiers populaires ». Roxana Maracineanu, rétrogradé par Jean Castex, désormais ministre déléguée aux Sports, va-t-elle révolutionner la pratique et la vision du sport à l’école ?  

Rapprocher les écoles et les clubs ?

« Sur le papier, ce n’est jamais très bon de passer de ministre de plein exercice à ministre délégué. Je ne connais aucun ministre en exercice qui pourrait se réjouir de la situation », admet Jean-François Lamour, ministre des Sports sous la présidence de Jacques Chirac, joint par RFI.

Mais l’ancien escrimeur reste ouvert face à cette annonce. « Si grâce à cela elle arrive contrairement à aucun de ses prédécesseurs à faire en sorte que le sport, comme il est pratiqué dans les clubs, trouve sa place dans le monde scolaire, à travers notamment l’intervention d’éducateurs sportifs de club, pendant le temps scolaire du secteur primaire, alors je dis que ça vaut le coup ! La grande faiblesse du mouvement sportif aujourd’hui, c’est son incapacité à être un intervenant régulier dans le champ scolaire », explique Jean-François Lamour.

Selon l’ancien ministre du gouvernement Raffarin, personne n’a réussi cette alchimie, citant en exemple Guy Drut, intronisé ministre de l'Aménagement des rythmes scolaires par Jacques Chirac, qui avait tenté l’expérience avec François Bayrou comme ministre de l’Éducation nationale en 1995. Guy Drut souhaitait libérer trois après-midi dans la semaine pour faire du sport, de la danse, des arts plastiques, ou d’autres activités sous le modèle anglo-saxon. « Même en tant que ministre, Guy Drut s’est fait laminer par François Bayrou, et l'expérience s'est achevée avec l'arrivée de Marie-George Buffet qui ne voulait pas de problème avec les syndicats de l'Éducation nationale », expose Jean-François Lamour.

« Guy Drut s’est fait laminer par François Bayrou »

«  Si Roxana Maracineanu part avec cette idée et que les deux s’entendent, que le mouvement sportif associatif trouve sa place à l’école, alors je dis banco ! Surtout que le sport scolaire est un grand oublié pour le moment. Il faut voir ce qui va se passer », continue Jean-François Lamour, estimant de toute façon que les contours du ministère des Sports ont été largement réduits.

Il y a notamment l’absorption des directions départementales et régionales des sports par l'Éducation nationale à compter du 1er janvier prochain, et la question des cadres techniques. L’inspection générale des sports a déjà basculé du côté de l’Éducation nationale. Et l’Agence nationale du sport (ANS), lancée en 2019 par Roxana Maracineanu, devrait remplacer le ministère pour fixer les montants des subventions aux fédérations pour le haut niveau.

À l’époque, la création de cette agence dotée d’un budget de 347 millions d’euros, présidé par l’actuel Premier ministre Jean Castex, signifiait pour certains la disparition du ministère. Ministre des Sports, Roxanna Maracineanu avait dû gérer la crise des conseillers techniques sportifs (CTS), ces 1 600 agents de l'État qui interviennent dans les fédérations, considérés comme les chevilles ouvrières du sport français mais menacés de suppression par Matignon. Auront-ils un nouveau rôle à l'école ? En tout cas, vingt-deux mois plus tard, leur sort n'est pas officiellement réglé.

« Quand vous demandez aux uns et aux autres ce qu’apporte cette agence au niveau des territoires, il n’y a pas beaucoup d’élus capables de répondre », note Jean-François Lamour. Pour le moment, seul le travail de Claude Onesta, manager de la haute performance à l’Agence nationale du sport, est mis en avant.

« À quoi sert d’avoir un ministère des Sports s’il est isolé ? »

Avant ce remaniement, Denis Masseglia, président du Comité national olympique et sportif français (CNOSF), n'avait pas hésité, lors de l'Assemblée générale du Comité à ressortir le serpent de mer du ministère des Sports sous la tutelle de celui de l'Éducation nationale. Denis Masseglia, qui mise sur la jeunesse pour faire de la France une nation sportive, avait souhaité ardemment un rattachement des Sports à l'Éducation nationale.

« Le rapprochement entre Blanquer et Maracineanu va permettre de faire des projets en commun et c’est cela qui compte le plus. Il faut que l’on puisse s’adresser aux jeunes. À quoi sert d’avoir un ministère des Sports s’il est isolé ? », déclare Denis Masseglia, joint par téléphone au lendemain du remaniement.

Mais, contrairement à Jean-François Lamour, il ne souhaite pas voir les clubs entrer dans les écoles. « Chacun sa place, les clubs n’ont pas à prendre la place du professeur d’éducateur physique. Le club doit être opérationnel en dehors du temps scolaire. Mais si on aménage un peu de temps scolaire pour que les enfants aillent dans les clubs, nous sommes évidemment preneurs », argumente Denis Masseglia qui souhaite que les enfants soient aussi sensibilisés à la compétition.

« Aujourd’hui, à l’école, on apprend à connaître son corps et on évite la compétition, ça me saoûle, se désole en effet Jean-François Lamour. On dit que la compétition est mauvaise pour la santé mentale de nos jeunes. Refuser le principe de compétition encadré à l’école, je trouve cela dommageable. »

L'expérience malheureuse de Roselyne Bachelot et Rama Yade

Pour Denis Masseglia, il faut avant tout des passerelles entre le milieu éducatif et le milieu associatif. « Ce sont deux mondes qui s’occupent des jeunes et qui n’ont pas trop d’actions en commun. On attend des partenariats entre les clubs et l’école. Comme notre projet pour permettre à tous les jeunes de CM1 et CM2 d’aller un mois et demi dans le club de leur choix pour ensuite pouvoir s'engager dans une discipline. Cela sera plus facile si l’Éducation nationale est partie prenante », expose-t-il.  

L'attelage Maracineanu et Blanquer va-t-il fonctionner ? On se souvient qu’entre Roselyne Bachelot, ministre de la Santé et des Sports de 2007 à 2010, et Rama Yade, secrétaire d'État chargée des Sports, la mayonnaise n'avait pas bien pris.

Cette évolution souhaitée par certains, que d’autres considèrent comme une « relégation », posera en tout cas la question de ses moyens. Jean-François Lamour se souvient que pour défendre le budget des sports en France, même avec l’appui de son Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, il fallait être sacrement armé lors des réunions avec le ministère de l’Économie et des Finances. Roxana Maracineanu pourra-t-elle s’imposer comme ministre déléguée aux Sports et obtenir les moyens nécessaires à l’élaboration de ce rapprochement avec l’Éducation nationale ? Sans compter les autres projets.

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