Decryptage

Malgré la crise du coronavirus, Paris 2024 souhaite garder son équilibre budgétaire initial

Thomas Bach (g.) et Emmanuel Macron à l'Élysée, le 8 juillet 2020.
Thomas Bach (g.) et Emmanuel Macron à l'Élysée, le 8 juillet 2020. Ludovic Marin/Pool via REUTERS

Thomas Bach, président du Comité international olympique, a rencontré, mercredi 8 juillet, le président de la République Emmanuel Macron, la maire de Paris Anne Hidalgo et le président du Comité d’organisation des Jeux olympiques (Cojo), Tony Estanguet. Au cœur des discussions, une nouvelle revue des coûts de Paris 2024 d'ici la fin de l'année, liée à la crise du coronavirus, sur fond d’équilibre budgétaire.

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Avec les risques de surcoûts engendrés par la crise du Covid-19, l’été devrait être studieux pour les équipes de Paris 2024. Il va falloir faire « évoluer le projet dans un nouveau contexte », comme l’indique Tony Estanguet après les discussions avec Emmanuel Macron, Thomas Bach et Anne Hidalgo.

Le CIO ne veut plus de surcoût

« Collectivement, nous allons travailler ensemble dans les prochains mois pour étudier, analyser et faire évaluer le projet Paris 2024. Nous sommes frappés par une certaine forme d’incertitude par rapport à la crise économique qui arrive. Il va falloir être prudent et trouver des solutions pour se préparer et anticiper des choses auxquelles on n’aurait pas pensé jusqu’à présent », explique Tony Estanguet. Le budget total de Paris 2024 s'élève pour l'instant à 6,8 milliards d'euros, dont 3,8 pour le Cojo. Le nouveau projet doit être mis sur la table d’ici la fin 2020.

D’ores et déjà, le CIO, qui souhaite renouveler le modèle des Jeux olympiques pour l’adapter au monde actuel (Agenda 2020 du CIO), s'est aussi dit prêt à discuter du nombre d'athlètes (10 500) et de disciplines lors de l'édition parisienne. Le CIO n’a pas l’intention d’augmenter sa participation financière au budget du Cojo (1,5 milliard d'euros) mais pourrait être moins exigeant sur les services imposés au comité de Paris 2024 dans son cahier des charges.

« Il peut y avoir un débat que le CIO est prêt à entendre sur le nombre d'athlètes qu'il envoie aux Jeux et sur la manière selon laquelle un certain nombre de disciplines sont organisées », rapporte une source élyséenne, en précisant que « le nombre de qualifiés dans une discipline » a des conséquences sur les coûts ou « la taille du village olympique ».

Un matelas de sécurité pour faire face à l'imprévu

Le chiffre de 10% du budget du Cojo, soit 300 à 400 millions d'euros, a été évoqué, de source élyséenne, mais davantage comme « des options qu'on est susceptible d'activer si on voyait que la situation économique se détériorait ». « Ce n'est pas forcément ce type de somme qui sera à économiser », a insisté cette source.

Tony Estanguet parle lui de « marge de manœuvre et d’échelle de grandeur » pour être « responsable vis-à-vis de la situation actuelle ». Le triple champion olympique évoque un matelas de sécurité pour faire face aux aléas de la crise du coronavirus. « On ne dépensera que ce qu’il y aura dans les caisses », assure-t-il par la même occasion. Selon la même source à l'Elysée, pour Emmanuel Macron, il est nécessaire de « respecter l'engagement initial pris auprès des Français de tenir l'enveloppe budgétaire ». Tout en conservant une des recommandations du CIO : la durabilité.

« On souhaite démontrer que ce projet va laisser un héritage environnemental et urbain important dans le pays. Il n’est pas question de diminuer l’ambition en matière d’héritage », certifie Tony Estanguet. La Seine-Saint-Denis, le département le plus pauvre de France qui doit accueillir une grande partie des Jeux, pourrait-il être concerné par les économies ? « Il n’en est pas question. Le choix de la Seine-Saint-Denis comme territoire hôte des Jeux olympiques est un choix volontaire, affirmé et assumé. On veut vraiment que ce territoire puisse bénéficier de la dynamique des JO », clame Tony Estanguet. Environ 78% des sommes engagées par l’État dans cet évènement planétaire iront vers ce territoire.

Réduire le pourcentage de sites temporaires

D'ici l'automne, il devrait y avoir des discussions avec les acteurs locaux pour optimiser et agir sur les niveaux de service (hébergement, restauration et transport) et sur les sites de compétition. Actuellement, le concept est d’utiliser 70% de sites existants, 25% de sites temporaires et 5% de construction. L’idée serait de réduire le pourcentage de sites temporaires et de basculer sur des sites existants pour trouver des économies. « Les marges de manœuvre financières sont aujourd’hui principalement sur les sites temporaires », expose Tony Estanguet. Problème, désormais plusieurs villes de Seine-Saint-Denis s'inquiètent de perdre des épreuves.

Autre source d'incertitude financière : le transport, qui n’arrivera pas sur les sites en Seine-Saint-Denis comme prévu lors du projet initial. Deux lignes du Grand Paris Express (16 et 17) ne seront certainement pas livrées à temps, notamment pour desservir le village olympique et le village média. Qui prendra en charge le plan B ? Les discussions devraient être tendues entre le Cojo, qui ne souhaite pas gérer ce surcoût, l’État et les acteurs locaux.

Comment faire pour que la promesse initiale de Paris 2024, qui consiste depuis le départ à maintenir les coûts budgétaires, ne se perde pas en route avec la crise du coronavirus ? Telle est la question de l’été pour les membres du Cojo.

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