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Vendée Globe: toutes voiles dehors, contre vents et marées

Les bateaux du Vendée Globe lors du départ le dimanche 8 novembre 2020 aux Sables-d'Olonne
Les bateaux du Vendée Globe lors du départ le dimanche 8 novembre 2020 aux Sables-d'Olonne AFP/Archives
8 mn

Le Vendée Globe, course en solitaire, d'ouest en est, sans escale et sans assistance, a lieu tous les 4 ans. Cet événement, surnommé l'« Everest des mers », fascine le grand public. Le 8 novembre 2020, trente-trois concurrents ont pris part à sa neuvième édition. Le futur vainqueur pourrait bien faire tomber le record de 74 jours établi par Armel le Cléac’h il y a quatre ans.

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Le Vendée Globe ne vient pas de nulle part. « Cette course s’est appropriée la longue histoire des tours du monde comme celui de Magellan en 1522 », fait valoir Denis Horeau, directeur de course du Vendée Globe en 1989 et de 2004 à 2016.

Plus proche de nous, les tours du monde contemporains ont commencé en 1969 avec le Golden Globe, qui partait d’Angleterre. Et la première transatlantique en solitaire s’est élancée aussi d’outre-Manche en 1960. À l’époque, le Royaume-Uni faisait figure d’outsider dans la course au large. Avec la victoire de Tabarly lors de l’édition 1964, la France pointait le bout de son nez pour le plus grand plaisir du général de Gaulle.

Suivre les exploits et les déboires de chacun

En 1982, au départ du BOC Challenge, course en solitaire, par étapes et sans assistance, les Français se taillent la part du lion. Philippe Jeantot s’impose et crée ensuite, en 1989, le Globe Challenge qui deviendra, avec le succès croissant que l’on connaît, le Vendée Globe. La tradition maritime des Anglais est dépassée, les Français prennent le large sur les grandes courses autour du monde en solitaire, grâce notamment aux nombreux sponsors.

En 1989, ils seront treize à s'élancer des Sables d'Olonne lors de cette édition pionnière, deux semaines après la chute du Mur de Berlin. Quatre mois plus tard, ils sont dix à franchir la ligne d'arrivée, après le vainqueur Titouan Lamazou, alors que le monde vient de saluer la libération de Nelson Mandela en Afrique du Sud. 1989, année de liberté à travers la planète, sur laquelle, à travers les océans, Philippe Jeantot met sur pied l'une des dernières grandes aventures contemporaines.

Depuis, tous les quatre ans, le succès ne se dément pas. Le public se presse comme des sardines lors du départ, sauf cette année, marquée par la crise du coronavirus. La dernière édition avait rassemblé plus de deux millions de visiteurs entre le départ et l'arrivée. Une progression de 25% par rapport à 2012.

Mourir en mer comme mourir sur scène

Chaque jour, on suit les exploits et les déboires de ce que chacun considère comme étant l'« Everest de la mer ». En 1993, pour son premier Vendée Globe, Bertrand de Broc se coupe la langue. L’ancien scout consulte le médecin à distance. Comme le règlement l’indique, la course se déroule sans assistance médicale. Il doit se recoudre lui-même la langue sans anesthésie. On l’affuble du surnom de « Rambo ». En 2000, Yves Parlier casse son mât en trois morceaux. Il s’arrête pour réparer seul. Pour se nourrir, il avale des algues. Hors de question de faire appel à une assistance, synonyme de disqualification. Il devient « MacGyver » !

Sur le Vendée Globe, on peut y laisser aussi sa peau en levant l’ancre. Comme lors de l’édition 1992-1993, frappée par la disparition de l’homme d’affaires britannique de 50 ans, Nigel Burgess, qui passe par-dessus bord dans le golfe de Gascogne. Il déclenche sa balise de survie, mais son corps est retrouvé le lendemain au nord-ouest de l’Espagne. Lors de cette même édition, un autre skipper, Mike Plant, disparaît en mer en tentant de rejoindre le départ de la course. Son corps ne sera jamais retrouvé. Une autre époque.

« Le Vendée Globe a évolué à vitesse grand V. Avant, l’honneur était de terminer ce tour du monde sans escale et en solitaire. On partait en terre inconnue et le marin signait un document par lequel il s’engageait à ne pas tricher. La presse spécialisée nous disait qu'un tel défi était impossible », raconte Denis Horeau.

Un défi humain mais aussi technologique

À partir des années 2000, les marins ingénieurs comme Michel Desjoyeaux ou Ellen MacArthur débarquent et rayent de la carte les navigateurs à l’ancienne qu’étaient Titouan Lamazou et compagnie, qui rêvaient avant tout d'évasion. « La sociologie change, les bateaux ont des tas de technologies. Depuis 2012, après les bons marins, après les ingénieurs, apparaissent les très bons marins ingénieurs et sportifs », explique Denis Horeau. Comme les concurrents actuels Kevin Escoffier ou Charlie Dalin, tous ont suivi l’évolution des bateaux, bardés d’électronique, de moyens de communication et surtout moins dangereux.

« Ils peuvent se photographier, se filmer et parler avec tout le monde grâce au wifi-fi à bord », souligne Denis Horeau. Comme le commun des mortels affalé sur son canapé, les marins sont désormais en contact 24 heures sur 24 avec la terre, smartphone à la main. L’évolution du métier de coureur au large ne cesse pas de surprendre, comme la première vision d’un dauphin. Mais ils ne barrent plus vraiment, sauf pour la photo. À peine 3% du temps ! Les pilotes automatiques sont passés par là.

Jéremie Beyou quitte les Sables d'Olonne, le 8 novembre 2020.
Jéremie Beyou quitte les Sables d'Olonne, le 8 novembre 2020. AFP - SEBASTIEN SALOM-GOMIS

La démesure de l’exploit se retrouve aussi dans les chiffres. Un bolide des mers peut coûter jusqu’à 6 millions d’euros. Une campagne de quatre années, qui comprend la fabrication du bateau et les 30 personnes de l’équipe technique, avoisine parfois les 20 millions d’euros. Les bateaux en lice sont tous des monocoques de la classe Imoca (18,28 m de long).

Vivre l'aventure par procuration

Mais pourquoi le grand public, qui rêve du passage du Cap Horn et des mers du sud, est-il autant fasciné ? « Je ne me sens pas bien ici, mais je m’y sens à ma place », confie Thomas Coville* en passant le Horn. « Il n’y a pas plus bel anniversaire qu'un anniversaire passé en mer », dit Alexia Barrier.

« Je crois que le Vendée Globe correspond bien aux aspirations du temps actuel. Nous, Terriens, qui vivons avec toutes nos problématiques, nous donnons procuration à un marin pour faire le tour du monde avec lui, souvent sans rien n’y connaître. On lui demande d'emmener avec lui un petit bout de soi pour affronter les mers difficiles. Il répond à notre grand désir de liberté. On pense que, contrairement à nous, il n’a pas de contrainte, qu’il est libre. Sauf que c’est faux, relativise Denis Horeau. Ils ont la contrainte du temps, de l’argent, du parcours et j’en passe ». Le Vendée Globe reste affreusement sympathique.

Sans une envie dévorante de chaque instant, aucun d’entre eux ne pourrait affronter un tel défi. L’obsession du marin est exacerbée.  « C’est un peu comme un homme politique qui veut être président de la République. Si tous les matins, en se rasant, il n’y pense pas, il n’ira jamais », conclut Denis Horeau.

* Mon Vendée Globe, par Denis Horeau / Éd. Francois Bourin, 424 p., 22 €.

* La quête de l'ultime, Bande dessinée, Alexandre Chenet (Scénario), Renaud Garreta (Dessin) Edition Dargaud.

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