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Vendée Globe: Jean Le Cam, Poséidon contemporain

Le navigateur français Jean Le Cam, à bord de son monocoque "Yes we cam", le 22 octobre 2020 aux Sables-d'Olonne.
Le navigateur français Jean Le Cam, à bord de son monocoque "Yes we cam", le 22 octobre 2020 aux Sables-d'Olonne. Loic VENANCE AFP/Archives
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À 61 ans, Jean Le Cam, qui vient de sauver Kevin Escoffier, fait figure de vétéran sur le Vendée Globe. Mais la passion reste intacte pour ce marin formé par Eric Tabarly, admiré et respecté à l'unisson.

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« Il aurait pu faire tous les métiers du monde, sauf diplomate ! C’est notre Depardieu à nous, un vrai ténor. Il fait l’unanimité. Sa faculté d’adaptation est incroyable. Il va à l’essentiel, il est  tellement humain ». Denis Horeau*, ancien directeur de course du Vendée Globe en 1989 et de 2004 à 2016 ne cache pas son admiration pour ce marin à « l’ancienne », né à Quimper, qui a pris la mer très jeune avec son père et qui a hérité du surnom de « Roi Jean ».

Héritier de Tabarly

Jean Le Cam peut tout faire. Son parcours débuté auprès de Éric Tabarly impressionne. Son palmarès fait de victoires dont trois sur la Solitaire du Figaro, de records et d’un titre de champion du monde Imoca 2005 parle pour lui.

Dans la nuit du 1er décembre, Jean Le Cam va récupérer dans une mer agitée Kevin Escoffier (PRB), en détresse dans un radeau de survie au large du Cap de Bonne-Espérance après que son bateau se soit coupé en deux. La solidarité entre marins est un principe cardinal de la voile et les sauvetages ont contribué à la légende de cette course en solitaire. Jean Le Cam a rendu la monnaie de sa pièce. En 2009, il faisait naufrage dans le Pacifique, au large du Cap Horn. Le voilà enfermé sous son bateau retourné, mât dans l'eau et quille à l'air, amputée de son bulbe. Vincent Riou arrive sur place et le récupère, dix-neuf heures après le chavirage, lors d'une opération de sauvetage mouvementée. L'histoire s'inverse donc onze ans plus tard pour Jean Le Cam (Yes We Cam!), qui passe en mode sauveteur.

Pour le cinquième tour du monde en solitaire du navigateur hors pair, Titouan Lamazou, vainqueur du Vendée Globe en 1990, a croqué son visage et ses cheveux bouclés sur l’avant du bateau. Un fameux voilier, vieux de treize ans, loin des bolides de dernière génération équipés de « foils » qui leur permettent de « voler ».

Humour décalé, absence totale de langue de bois

Depuis le 8 novembre, Jean Le Cam a remis le ciré et est aux avant-postes de la neuvième édition du Vendée Globe.  « Il est comme un soliste qui improvise. Il est capable de partir en deuxième rideau, réfléchir à sa trajectoire et avaler un à un ses concurrents », dit Denis Horeau. Jean Le Cam affronte brillamment les vents les plus violents, et les murs de vagues. Le grand public l’aime pour sa manière d’expliquer la course au large avec des mots de tous les jours. Il apprécie son humour décalé, son absence totale de langue de bois, son envie de partager les émotions, sa générosité. Les montres Rolex gagnées lors de la Solitaire du Figaro, il les distribuait à des amis !

Pourtant, il y a moins d'un an, il n'avait pas les fonds nécessaires pour rempiler sur une course qu'il a terminée à la deuxième place en 2005. « Le Vendée Globe, c'est une aventure humaine qui amène des gens avec toi. Quand tu fais rêver les gens, tu les rends plus positifs, ça devrait être remboursé par la sécurité sociale ! », avait lancé le marin peu prolixe lors du départ.

Le skipper français Jean Le Cam au départ du Vendée Globe aux Sables-d'Olonne le 8 november 2020.
Le skipper français Jean Le Cam au départ du Vendée Globe aux Sables-d'Olonne le 8 november 2020. AFP/Archives

Âme d’enfant

Infatigable, homme de conviction au visage buriné, Jean Le Cam n’est pas du genre à renoncer. En 2017, il a dû vendre son bateau - celui sur lequel il navigue aujourd'hui - à son banquier, le Crédit Agricole, pour rembourser des dettes. Il verse désormais un loyer à la banque pour continuer sa passion. Sa femme le soutient depuis 30 ans dans son obsession pour la course au large. « Sur le bateau c'est un pur génie, il est démoniaque, réellement », confie celle qui a tout vécu, des galères financières au naufrage au large du Cap Horn.

« Cette course, c’est un monument historique où à chaque édition, on vit des histoires humaines intéressantes, qu’elles soient heureuses ou difficiles », raconte celui sur qui le temps n’a pas de prise.

Pourtant, le budget de Jean Le Cam n’est que de 800 000 euros pour le Vendée Globe, bien loin des 13 à 15 millions d’euros d’un projet gagnant. Mais il garde son âme d’enfant, heureux d’être encore là avec ce bateau assorti du slogan « Yes we Cam ! ».

« Je voulais naviguer avec lui depuis très longtemps. D'abord parce que c'est un grand marin et puis parce qu'il y a un feeling qu'on n'explique pas. Il est talentueux, c'est un Breton brut de brut avec, en plus, beaucoup de sensibilité. Au départ, je savais qu'on allait vivre des moments de qualité », narrait en 1996 dans Libération Florence Arthaud lors de la Lorient-Saint-Barth' où les deux phénomènes de la voile française faisaient équipage. 

* Mon Vendée Globe, par Denis Horeau / Éd. Francois Bourin, 424 p., 22 €.

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