«Pelé», un documentaire sur la magnificence et la complexité du «roi» du football

Le Brésilien Pelé lors de la Coupe du monde 1966.
Le Brésilien Pelé lors de la Coupe du monde 1966. Mondadori via Getty Images - Mondadori Portfolio
6 mn

Le documentaire Pelé, consacré à la légende du football, a été mis en ligne par la plateforme Netflix ce 23 février 2021. Durant 1 heure 48, il retrace les exploits mais aussi les difficultés de la superstar brésilienne, de sa jeunesse jusqu’à la Coupe du monde 1970.

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Pelé se déplace péniblement à l’aide d’un déambulateur. Celui qu’on qualifie de plus grand footballeur de tous les temps s’installe avec difficulté sur une chaise peu confortable, au milieu d’une vaste pièce terne et sans apparat. C’est là que le « Roi » – son surnom – témoigne pour ce documentaire Netflix d’une histoire hors du commun : de son enfance modeste mais heureuse à son troisième sacre en Coupe du monde en 1970.

« Sur le moment, je ne voulais plus être Pelé, glisse-t-il le visage voilé par un mélange d’anxiété et de tristesse. Je n’avais plus envie de ce rôle. J’ai prié : "Mon Dieu, aidez-moi, c’est ma dernière Coupe du monde" ».

Une jeunesse pleine d’insouciance

Un discours qui contraste avec la candeur du jeune Edson Arantes do Nascimento, né en 1940 dans le sud-est du Brésil. Les temps sont durs mais il est alors plein d’énergie. « On était pauvres mais on pouvait travailler », explique celui dont le père, footballeur amateur, ne parvient alors pas toujours à joindre les deux bouts. Qu’importe, le futur Pelé lustre et cire des chaussures pour aider financièrement sa famille.

Le paternel, qui décèle tout le potentiel de son fils, l’emmène un jour passer un test au Santos FC. Les débuts en 1957 avec ce club, qu'il va conduire aux sommets, sont alors fracassants. Quelques mois plus tard, Pelé est convoqué en équipe nationale, puis appelé pour la Coupe du monde 1958 en Suède. « J’ignorais alors qu’il existait d’autres pays », s’amuse l’octogénaire.

Une icône mondiale

Durant le tournoi, Pelé enchaîne les exploits : un but décisif en quart de finale face au Pays de Galles, un triplé face à la France en demi-finales, puis un doublé face à la Suède en finale. Le voilà champion du monde à 17 ans. Le gosse, en larmes, est porté en triomphe par ses partenaires plus âgés.

Il devient la superstar dont le Brésil avait besoin après l’énorme échec du Mondial 1950 à domicile, vécu comme un drame national. « Grâce à lui, les Brésiliens s’aimaient à nouveau », glisse un observateur. « Il est devenu le symbole de l’émancipation brésilienne », ajoute le musicien Gilberto Gil.

En 1962, l’euphorie est à son comble. Même si le prodige se blesse dès le début du Mondial, la sélection brésilienne conserve son titre. Le pays, lui, émerge, s’industrialise et croit alors en son avenir. En parallèle, l’essor au Brésil de la télévision accompagne un Pelé, rayonnant, solaire.

Une période trouble

Mais en 1964, un coup d’État militaire instaure la dictature au Brésil. « Le football a continué comme avant, évacue un Pelé, encore mal à l’aise aujourd’hui. En tout cas, pour moi, ça n’a rien changé ». L’intéressé décide de garder les yeux braqués sur le ballon pour éviter tout problème et jouir d’une renommée internationale exceptionnelle pour l’époque. Pourtant, en-dehors des terrains, le joueur n’est pas toujours à la fête. Son premier mariage n’est pas une réussite et il multiplie les infidélités, comme il le confesse.

En 1966, lors de la Coupe du monde, il est attendu au tournant en Angleterre. Agressé sur les terrains, Pelé et la Seleçao quittent la compétition dès le premier tour. Lassé et usé prématurément, le numéro 10 veut mettre un terme à sa carrière internationale, à 25 ans seulement.

Au Brésil, la situation s’aggrave en outre. En 1968, la dictature prend des mesures violant encore davantage les libertés fondamentales. Arrestations, tortures et disparitions deviennent courantes. Pelé, lui, préfère rester dans une bulle. Interrogé dans le documentaire sur ses liens avec les différents gouvernements qui se succèdent, l’ancien joueur se recroqueville en défense, lui qui était alors quasiment intouchable. À cette époque, certains Brésiliens finissent par lui en vouloir de ne pas prendre position. Ils font le parallèle avec le boxeur américain Mohamed Ali, l’un des autres grands athlètes du 20e siècle, qui a refusé de combattre au Vietnam. « Je suis absolument certain que j’ai fait bien plus pour le Brésil avec mon football, en étant moi-même, que bien des hommes politiques payés pour le faire », assure-t-il.

Le retour du roi

La Coupe du monde 1970 approche et le dictateur d’Emilio Médici en fait une obsession. Les autorités locales mettent la pression sur Pelé pour qu’il sorte de sa réserve. Tiraillé, il finit par accepter. La préparation pour le tournoi s’avère toutefois difficile, car il ne s’entend pas avec le bouillant sélectionneur João Saldanha. Médici finit par faire virer le turbulent coach, qui laisse sa place à Mario Zagallo, ex-coéquipier de Pelé.

Lors du Mondial au Mexique, ce dernier vit une renaissance, multipliant les gestes de génie, alors qu’on l’annonçait sur le déclin. Peu avant une finale diffusée en mondovision, le « Roi » fond en larmes, submergé par l’émotion. Face à l’Italie, il marque de la tête et son équipe s’impose 4-1. Pelé devient le seul joueur à avoir gagné trois Coupes du monde, un record qui tient toujours. « Le plus beau cadeau qu’offre une victoire, ce n’est pas le trophée. C’est le soulagement », conclut toutefois cet astre à son crépuscule.

 

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