Portrait

Tokyo 2020: dernier défi pour le marcheur Yohann Diniz

Yohann Diniz roi du 50 km des Mondiaux de Londres, le 13 août 2017
Yohann Diniz roi du 50 km des Mondiaux de Londres, le 13 août 2017 AFP

Le Français Yohann Diniz, 43 ans, vivra l’été prochain son dernier 50 kilomètres marche lors des JO de Tokyo après plus de quinze années de haut niveau. Vice-champion du monde en 2007 à Osaka, Diniz a marqué l’histoire de la marche française avec un titre mondial en 2017 et un record du monde.

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Rio 2016. Presque inconscient, en allant au bout de soi-même, Yohann Diniz avait vécu un calvaire en mondovision. Sous la chaleur brésilienne, le corps ne voulait plus répondre, il devait faire face à des problèmes intestinaux. Terminant à la 8e place, le voilà évacué à l'hôpital. La marche athlétique reste un sport terrible, les images avaient bouleversé son entourage. « J'étais devant la télé, j'ai dû dire aux enfants d'arrêter de regarder. J'appelais tout le monde, personne ne répondait. Je me disais qu'il était mort, qu'on n'osait pas me le dire », avait raconté son épouse au quotidien Libération.

Enfance cabossée

Esprit libre, Yohann Diniz a toujours lutté contre soi-même. La faute à une enfance cabossée, avec des parents trop jeunes, seulement 16 ans, qui se sont séparés très rapidement. Souffre-douleur, il se réfugie chez ses grands-parents. L’adolescence est difficile, il se réfugie cette fois dans la drogue, les bêtises.

Pour ne pas effectuer son service militaire, l’ancien militant à la Ligue communiste révolutionnaire, qui a beaucoup milité contre le Front national,  effectue son service civil au club d’athlétisme de Reims et s’occupe des jeunes dans les quartiers difficiles. Il s’essaye à la marche, obtient très vite des résultats. L’histoire est connue de tous, ce père de famille n’a jamais rien caché. Le premier de ses titres de champion d’Europe en 2006 lui ouvre les portes d’un contrat avec la Poste, comme sportif de haut niveau détaché. « Je peux dire aujourd'hui que l'athlétisme m'a sauvé et permis de me remettre dans les rails », a confié l’athlète au Parisien.

2017, l'année du sacre mondial

Le détenteur du record du monde du 50 km marche en 3 heures 32 avait repris de la hauteur avec un titre de champion du monde une année après Rio, où il avait imposé à Londres en 2017 un rythme effréné à la concurrence, signant ainsi la deuxième meilleure performance de tous les temps (3h 33 min et 11 sec) sans pour autant réussir à effacer son record mondial réalisé en 2014. Il était devenu pour l’occasion le plus vieux champion du monde de l'histoire de l'athlétisme, à 39 ans et 224 jours. Avec plus de huit minutes d'avance sur Hirooki Airai, Yohann Diniz avait créé le vide derrière lui avec le plus gros écart sur le 50 km marche aux Mondiaux.

Désormais, à 43 ans, c’est vers le Japon que l’ambassadeur français de la marche à pieds porte son regard, pour une dernière danse à Sapporo qui sonne comme un adieu à sa discipline. Le triple champion d’Europe participera au dernier 50 km des Jeux. En décembre dernier, le Comité international olympique a radié de Paris 2024 cette épreuve, au programme des JO depuis 1932. Elle sera remplacée a priori par une marche mixte encore à déterminer.

Le marcheur français Yohann Diniz (c) soutenu par deux officiels après le 50 km aux JO de Rio, le 19 août 2016.
Le marcheur français Yohann Diniz (c) soutenu par deux officiels après le 50 km aux JO de Rio, le 19 août 2016. AFP/Archives

Retrouver l'émotion de Londres 2012

Heureux baskets aux pieds comme il l’a raconté à Libération, « tu te retrouves en sous-bois, il n'y a personne. J'ai les odeurs, mon souffle, mon pas sur le bitume, le vent dans les feuilles, les oiseaux… Ça permet de m'échapper, de me retrouver seul face aux éléments », Yohann Diniz espère vivre à Tokyo ce qu’il avait ressenti à Londres aux JO de 2012, « la plus grosse émotion » de sa carrière. « J'aimerais réussir au moins une fois mes Jeux Olympiques de A à Z. Même si Rio n'a pas été un échec, je suis allé au bout de moi-même. Il me manquait juste le petit métal qui allait avec la course », explique-t-il à France Télévision.

« Je ne ferai pas de course avant les Jeux », vient de déclarer Diniz dans les colonnes de L’Équipe. « C’est vrai que je n’ai pas terminé de 50 km depuis la Coupe d’Europe 2019, où j’ai réalisé les minimas, et qu’avant cela, le dernier datait de mon titre mondial de 2017. Mais ça ne me fait pas peur. Je n’ai pas besoin de repères, j’ai même toujours été meilleur sans repère. J’ai suffisamment d’expérience pour arriver directement sur la ligne de départ à Sapporo. Cette distance, je la connais par cœur. Les certitudes, ça ne m’a jamais trop réussi. Je préfère avoir la boule au ventre sur la ligne, que d’arriver avec la gouache, en me disant que je vais tout déchirer, et qu’il ne se passe rien derrière », ajoute l’homme toujours en mouvement. Diniz avait abandonné lors des Mondiaux à Doha au Qatar en 2019.

Tokyo 2020, pour Yohann Diniz, sonnera comme la fin d’une histoire, sa dernière course et le dernier 50 km aux JO qu’il espère vivre à toute allure. « Plein de choses font que la motivation va être décuplée ». Diniz s’accroche au Jeux comme un oiseau à sa branche. Une médaille viendrait couronner cette carrière si bien remplie.

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