Football: levée de boucliers contre une Super Ligue européenne

Le Président de l'UEFA, Aleksander Ceferin.
Le Président de l'UEFA, Aleksander Ceferin. AFP - HAROLD CUNNINGHAM

De la Fédération internationale de football (FIFA) à la confédération européenne de foot (UEFA) en passant par les gouvernements français et britannique et des associations de supporters, nombreuses ont été institutions à rejeter à la création d’une Super Ligue rassemblant les clubs les plus riches du Vieux continent, comme le Real Madrid, Liverpool et la Juventus Turin.

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Ce 18 avril 2021, douze grands clubs européens de football ont lâché une bombe en annonçant la création d’une nouvelle compétition avec 20 équipes : La Super Ligue. Cette ligue réservée à une petite élite, lancée par des institutions comme le Real Madrid, le FC Barcelone (Espagne), Liverpool, Manchester United (Angleterre) ou la Juventus Turin (Italie), viendrait concurrencer la mythique coupe d’Europe organisée depuis 1957 par la confédération européenne (UEFA) et rebaptisée Ligue des champions en1992.

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La FIFA monte au créneau

De quoi provoquer la colère de l’UEFA, tout d’abord, qui a justement dévoilé ce 19 avril un nouveau format plus lucratif de la Champions League. Elle a publié un communiqué commun avec d’autres organisations comme la Fédération anglaise (FA), le Championnat national d’Angleterre (Premier League), la Fédération espagnole (RFEF), le Championnat d’Espagne (LaLiga), la Fédération italienne (FIGC) et le Championnat d’Italie (Serie A). « Nous souhaitons rappeler que nous – UEFA, Association anglaise, RFEF, FIGC, la Premier League, LaLiga, la Lega Serie A, mais aussi la FIFA et toutes nos associations membres – resterons unis dans le but de mettre un terme à ce projet cynique, un projet fondé sur l'intérêt personnel d'un petit nombre au moment où la société est plus que jamais en quête de solidarité. Nous envisagerons tous les recours possibles, à tous les niveaux, juridiques comme sportifs, afin d'empêcher cela. Le football repose sur des compétitions ouvertes et sur le mérite sportif ; il ne peut en être autrement. »

Quelques heures plus tard, la Fédération internationale de football (FIFA) est montée au créneau, mais avec un ton moins virulent. « La FIFA ne peut qu'exprimer sa désapprobation envers une "ligue séparatiste européenne fermée" en dehors des structures internationales de football […]. La FIFA défend toujours l'unité dans le football mondial et appelle toutes les parties impliquées dans des discussions animées à s'engager dans un dialogue calme, constructif et équilibré pour le bien du football et dans un esprit de solidarité et de fair-play. »

Les pouvoirs publics s’expriment aussi

Face aux enjeux financiers et politiques, les pouvoirs publics se sont également prononcés. « Nous devons défendre un modèle européen de sport fondé sur des valeurs, sur la diversité et l'inclusion, a tweeté Margaritis Schinas, vice-président de la Commission européenne. Il n'est pas question de le réserver aux quelques clubs riches et puissants qui veulent rompre les liens ».

Même Boris Johnson, le Premier ministre britannique, a critiqué cet événement auquel six clubs anglais comptent participer : « Les projets de Super League européenne seraient très dommageables pour le football et nous soutenons les autorités du football dans leur action. Ils frapperaient au cœur du jeu national, et concerneraient les fans de tout le pays. Les clubs concernés doivent répondre à leurs supporters et à la communauté footballistique au sens large avant de prendre des mesures supplémentaires. »

Côté français, le gouvernement a défendu la position des acteurs nationaux du ballon rond face à cette Super Ligue. « Le président de la République salue la position des clubs français de refuser de participer à un projet de super ligue européenne de football menaçant le principe de solidarité et le mérite sportif », indique l’Élysée dans un communiqué.

Des associations de supporters furieuses

Et les consommateurs de football, dans cette histoire ? Les plus passionnés et fidèles d’entre eux, rassemblés dans des associations de supporters, ont fait part de leur colère. Ceux de Chelsea ont découvert avec fureur l’implication du club basé à Londres : « Aujourd'hui, le Chelsea Supporters 'Trust (CST), nos membres ainsi que les supporters de football du monde entier, ont connu la trahison ultime. » Même rage chez des fans de Liverpool (le groupement Spirit Of Shankly) : « Embarrassés en tant que représentants des fans, nous sommes consternés et nous nous opposons complètement à cette décision. FSG [le propriétaire du club, Ndlr] a ignoré les fans dans sa quête acharnée et avide d'argent. Le football est à nous, pas à eux. Notre club de football est le nôtre, pas le leur. »

Et les acteurs dans tout ça ? Certains, comme le Congolais Yannick Bolasie, expriment leur dégoût sur les réseaux sociaux : « Quelques vrais mercenaires... Toutes les valeurs et l'histoire jetées par la fenêtre ! » Mais ce sont surtout d’anciens joueurs, comme l’ex-capitaine de Manchester United Garry Neville, qui ont fait part de leur rejet : « Je suis dégoûté. C'est une honte absolue. Nous devons lutter contre le pouvoir des clubs au sommet de cette ligue et cela inclut mon club. »

Les principaux concernés sont discrets

Quant aux joueurs et entraîneurs des clubs à l’origine de cette Super Ligue, ils se font discrets. L’Argentin Diego Simeone, coach de l’Atletico Madrid, est connu pour son caractère bouillant et son franc-parler. Interrogé sur cette nouvelle compétition, il a préféré une réponse très diplomatique : « Nous, les entraîneurs, sommes prêts à entraîner les clubs. Je suis convaincu que le club prendra la meilleure décision au sujet de ce qui est le mieux pour l’avenir du club. »

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