Tour de France: avec Nicholas Dlamini, l’histoire des coureurs africains continue

Le cycliste sud-africain Nicholas Dlamini.
Le cycliste sud-africain Nicholas Dlamini. AP - Gian Ehrenzeller

Nicholas Dlamini sera le premier Sud-Africain noir à participer au Tour de France. Depuis 2015, la Grande boucle a accueilli plusieurs coureurs du continent africain avec plus ou moins de régularité. Deux autres Sud-Africains, Louis Meintjes et Stefan de Bod, représenteront aussi l'Afrique pour cette 108e édition. 

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Dans les rues de Brest, samedi 26 juin, Nicholas Dlamini devrait avoir la chair de poule. Le jeune homme de 25 ans sera le premier Sud-Africain noir à participer au Tour de France. Celui qui a grandi sans père dans un township (quartier pauvre) du Cap, qui est passé par le centre africain monté par l'Union cycliste internationale (UCI) à Potchefstroom, a déjà pris part à un grand Tour en étant sur la ligne de départ de la Vuelta à deux reprises (2019 et 2020). Sélectionné aux prochains Jeux olympiques de Tokyo, Nicholas Dlamini avoue que c’est « un rêve d’enfant » qui va se réaliser. « Maintenant que je suis sur le point de le vivre, cela me semble surréaliste », a-t-il réagi après avoir eu connaissance de la nouvelle.

Daniel Teklehaimanot, le plus médiatisé

Avant lui, d’autres coureurs africains se sont illustrés sur les routes de France pour marquer l’histoire. Comme son compatriote Daryl Impey, premier Africain porteur du maillot jaune de leader, durant deux jours, lors de l’édition 2013. Impey aura aussi le privilège de remporter la 9e étape en 2019, ce qui lui vaudra d’être élu quelques mois plus tard meilleur cycliste africain de l’année. La première victoire d’étape d’un représentant du continent remonte à 2007 avec le Sud-Africain Robert Hunter à Montpellier.

D’autres Africains ont fait les beaux jours du Tour, comme ceux de la formation MTN-Qhubeka à l’été 2015, première équipe africaine de l’histoire à être au départ. À l’époque, ils avaient défrayé la chronique comme l’Érythréen Daniel Teklehaimanot, premier Africain noir à prendre part à ce marathon cycliste de haut vol durant trois semaines, en ayant même l’occasion de porter le maillot à pois de meilleur grimpeur, quatre jours d’affilée.  

Issu d’une famille modeste et nombreuse, douze enfants, vivant dans les montagnes érythréennes, Daniel Teklehaimanot réussissait à sortir de sa condition grâce au cyclisme, sport numéro un chez lui, et à ses qualités exceptionnelles. Les médias relatent la belle histoire. Il était notamment accompagné par son compatriote Merhawi Kudus. L’année suivante, un autre Érythréen, Natnael Berhane, posait aussi ses roues sur le sol français.

En 2016, six Africains courent dans la Grande boucle : Daniel Teklehaimanot, son compatriote Natnael Berhane, les Sud-Africains Daryl Impey, Louis Meintjes, Reinhardt Janse van Rensburg et l’Éthiopien Tsgabu Grmay. Ce dernier, qui avait auparavant déjà découvert le Giro en Italie et la Vuelta en Espagne, inscrit le premier non d’un Éthiopien au départ du Tour. « Merci à vous de me rendre célèbre », nous avait-il lâché dans un hall d’hôtel très feutré du côté d’Andorre. Il avait commencé la compétition sur le tard, à 16 ans, dans sa ville natale de Mekele au nord de l'Éthiopie, à 2 000 mètres d’altitude, proche de l'Érythrée. « J’ai fait le plus difficile, quitter mon pays et venir en Europe. Aujourd’hui, je suis sur le Tour. Les moments compliqués sont derrière moi », avait confié l’ami des deux Érythréens, Daniel Teklehaimanot et Merhawi Kudus, se fichant pas mal des problèmes politiques entre les deux pays, avec une guerre qui s'est déroulée de mai 1998 à juin 2000. 

Natnael Berhane, dernier coureur Africain noir à avoir participer au Tour en 2019

Si on pensait que les coureurs africains noirs allaient commencer par s’imposer sur la Grande boucle, la fièvre est retombée très vite et il y aura finalement un vide après des débuts euphoriques. En 2017, Tsgabu Grmay, embauché par Bahrain-Merida, sera encore au rendez-vous avec les Sud-Africains blancs Louis Meintjes, Daryl Impey et Reinardt Janse van Rensburg. Puis Reinardt Janse van Rensburg sera le seul représentant du continent en 2018.

Natnael Berhane est en 2019, avec l’équipe Cofidis, le seul Africain noir à prendre part au Tour de France. MTN-Qhubeka, devenu Dimension Data, fait désormais confiance aux Européens et inscrit juste Reinardt Janse Van Rensburg sur sa liste. Mais Natnael Berhane, issu d’une famille orthodoxe aisée de bijoutiers, refuse de juger son ancien employeur. « Je regrette qu’il n’y ait plus de Noirs chez Dimension Data, mais je préfère ne pas m’exprimer là-dessus », dit-il au quotidien La Croix. « Beaucoup de jeunes comptent sur moi, si je fais un bon Tour, ce sera plus facile pour eux », avançait le rescapé.

Aujourd’hui, Nicholas Dlamini succède à Natnael Berhane en tant que coureur africain noir. À lui de laisser une trace indélébile sur la course la plus médiatique du monde, loin du Cap et de son bidonville natal.  

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