Portrait

JO de Tokyo: Elena Zdrokova, l’étoile filante du rugby russe

Elena Zdrokova et l'équipe féminine russe de rugby à sept participeront aux Jeux olympiques de Tokyo.
Elena Zdrokova et l'équipe féminine russe de rugby à sept participeront aux Jeux olympiques de Tokyo. © Fédération russe de rugby à sept

Elle a fait de la danse jusqu’à l’âge de seize ans et rêvait de ballets et de chorégraphies. Elle est devenue joueuse de rugby à sept et représentera la Russie aux Jeux de Tokyo ! Redoutable machine à marquer des essais, Elena Zdrokova peut compter sur sa vitesse, mais aussi sur les réflexes acquis, selon elle, grâce à la danse classique.

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De notre correspondant à Moscou,

La première fois qu’Elena Zdrokova a touché à un ballon de rugby, elle avait seize ans et n’avait jamais vu à la télé une seule image de ce sport plutôt méconnu en Russie. À Novossibirsk où elle a grandi, en plein cœur de la Sibérie, c’est en général de gymnastique, de patinage artistique ou de ballet classique dont rêvent les petites filles. « En Russie, les parents inscrivent leurs enfants à la danse dès la maternelle, c’est dans notre culture, s’amuse-t-elle. En Nouvelle-Zélande, ils jouent au rugby dès qu’ils sont tout petits, et nous c’est la danse ! Moi, je ne rêvais pas de danser au Bolchoï, mais peut-être de devenir chorégraphe, ou d’enseigner la danse. »

Le destin d’Elena bascule au collège. Alors âgée de 13 ans, la jeune fille participe, presque par hasard, à une compétition d’athlétisme. « Il n’y avait personne pour courir le 600 mètres. La prof’ est venue et m’a dit : "tu ne gagneras pas mais c’est pas grave !" Il fallait boucher un trou et j’ai dit : "Ok je vais y aller…" J’ai couru, et finalement j’ai gagné la course ! »  Fini le ballet et la danse classique, Elena participe, dès lors, à des courses régionales puis nationales. Elle est ensuite remarquée, toujours pour sa vitesse, par le club de rugby à sept de Krasnoïarsk, l’un des plus réputés du pays. Puis, c’est la sélection au sein de l’équipe russe.  

Un sens du rythme et de l’esquive

« Quand elle nous a rejoint, elle courait vite, mais elle n’était pas prête au contact, et c’est important au rugby, se souvient Andreï Korzine, entraîneur de l’équipe féminine russe de rugby à sept. Mais elle a beaucoup travaillé, beaucoup progressé et aujourd’hui c’est l’une des meilleures joueuses de l’équipe. Son boulot, c’est de marquer des essais, et avec sa vitesse, elle le fait très bien ! »

À 15 ans, Elena courait le 100 mètres en 12 secondes, et aujourd’hui encore, sa pointe de vitesse en fait une ailière redoutable, une machine à marquer des essais qui a largement contribué à la qualification de la Russie aux Jeux de Tokyo. Mais Elena ajoute une autre qualité à sa pointe de vitesse : un sens du rythme, et de l’esquive qui lui viennent tout droit, selon elle, de ses années de danse. « La danse m’a donné la coordination et la souplesse qui me sont nécessaires pour certains mouvements au rugby, explique la joueuse. À la danse tu te dis : "maintenant il faut faire tel ou tel mouvement." Et le rugby, c’est pareil : quand tu reçois le ballon, il faut esquiver, passer à droite ou à gauche… Pour moi le rugby, c’est une forme de chorégraphie ! »

Ballon ovale à la russe

Pour se consacrer entièrement au rugby à sept, Elena Zdrokova a dû convaincre ses parents, qui la destinaient à une carrière de scientifique. Elle a dû également affronter les nombreux préjugés qui entourent en Russie le rugby en général, et le rugby féminin en particulier. « L’autre jour, à Novossibirsk, le taxi m’a regardé avec des yeux tous ronds quand il a vu mon sac et les mots "Rugby Russe" marqués dessus. Il m’a dit : "tu fais du rugby toi ?" Et il avait vraiment du mal à le croire. Si une femme doit jouer au rugby, les gens pensent que c’est forcément une armoire à glace ! »

Elena s’en amuse, mais déplore le manque d’intérêt de son pays pour le rugby. Car le ballon ovale n’a jamais été prisé par les Russes – un désamour qui remonte à l’époque soviétique, lorsque les dirigeants lui préféraient des sports considérés comme plus « populaires ». « Ici, quand c’est l’hiver tout le monde fait du hockey, et quand c’est l’été, c’est le football ! Mais c’est dommage, car le rugby correspond parfaitement aux qualités des Russes : le courage, l’abnégation, l’audace. Mon rêve serait que le rugby devienne le troisième sport préféré des Russes, après le foot et le hockey. »

Sanctionnée pour les affaires de dopages, la Russie devra participer aux Jeux sans son hymne et sans son drapeau. Mais Elena Zdrokova espère que cette première participation aux Jeux Olympiques permettra à son sport de mieux se faire connaître en Russie. La joueuse n’ose croire à une médaille, mais elle espère tout de même sortir de son groupe. La concurrence s’annonce féroce : la Russie affrontera la Nouvelle-Zélande, championne du monde en titre, la Grande-Bretagne et le Kenya.

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